SOLIDARITÉ  MAGAZINE

Bulletin Semestriel

de la Commission de la Solidarité Internationale

de Voir Ensemble

 

Numéro 40                                                 premier semestre 2013

 

Siège : Voir Ensemble, Solidarité Internationale,

  15 rue Mayet, 75006, Paris

 

Téléphone (Président) : 09 50 73 98 90

 

Adresse électronique : y.dunand@free.fr

 

CCP : Voir Ensemble, Solidarité Internationale, 5755065L020

 

Équipe de Rédaction : Yves Dunand, Caty Cavaillès,

Cécile Bertram, Cécile Guimbert, Robert Divoux

 

 

« Vous aurez un avenir, si vous habitez le présent. »

 

Père Marie-Dominique Chenu

 

Ce bulletin est distribué gratuitement, mais en raison des frais élevés qu'il engendre, les dons à la Commission de la Solidarité Internationale sont les bienvenus. Ces dons peuvent être adressés directement au Siège de l’association, Voir Ensemble, Commission de la Solidarité Internationale, 15 rue Mayet, 75006 Paris. Les chèques doivent être libellés à l'ordre de "Voir Ensemble, Solidarité Internationale". Nous enverrons en retour un reçu fiscal car tout don effectué à une association reconnue d'utilité publique donne droit à une déduction fiscale d’au moins 50% de son montant.

Avec nos plus chaleureux remerciements.

AU SOMMAIRE

 

Solidaires dans le recueillement comme dans l’action par Yves Dunand, président de la CSI

Vous nous avez quittés… mais vous êtes toujours à nos côtés par Caty Cavaillès (vice-présidente de la CSI

Message à ma petite sœur par Caty Cavaillès

Vivant espoir (poème de Véronique Laurès)

Synthèse de l’activité de la CSI  pour l'année 2012 par Yves Dunand

Chemins de femmes et d’hommes... par Robert Divoux

Ubuntu (conte d’Afrique australe)

Intervention de Guy Aurenche, président du CCFD-Terre Solidaire

Grande première dans l’histoire  des organisations des aveugles en Afrique francophone par Paul Tezanou, président de l’Union Francophone des Aveugles

Tapis rouge (poème de Véronique Laurès)

Une chance pour notre monde, pour notre Église,  pour Voir Ensemble par Roger Lordong, aumônier national

Présentation de l’espace des non et mal voyants  de l'Université de Biskra (Algérie) par Salim Khentouche

Un traité met fin à la « famine de livres » des aveugles par Marcus Low

Mauritanie : la quête d’une dignité

Une révolution dans la culture du riz ?

Courrier du Sud

Rubrique humour

Recette : Le poulet DG

 


Solidaires dans le recueillement comme dans l’action
par Yves Dunand, président de la CSI

 

Notre bulletin se voulant avant tout le reflet de la vie de notre instance sous toutes les latitudes concernées par notre action solidaire, ce numéro 40 ne dérogera pas à cette règle. Or, comme vous pourrez le découvrir, l'actualité de ces derniers mois - dont nous nous faisons l'écho - a été sensiblement assombrie par des disparitions qui nous ont profondément affectés, tout particulièrement celle de notre amie et militante si débordante de générosité, Véronique Laurès, survenue le 30 mai 2013. Âgée d’à peine 47 ans, Véro a lutté jusqu'au bout de ses forces contre la maladie, avec à ses côtés son mari Rémy, exemplaire de courage et de dévouement. En écrivant ces lignes, l'émotion me gagne à nouveau au souvenir de ses obsèques, auxquelles j'ai assisté avec trois autres membres de notre équipe, et qui furent célébrées au cours d’une cérémonie vivante et chaleureuse, à l'image de celle qui était plus que jamais présente parmi nous. Ces adieux magnifiques n'ont certes rien enlevé à notre chagrin, mais ils nous ont redonné de la force pour le surmonter et pour poursuivre le chemin, dans l'espérance. Rémy ne nous a-t-il pas montré la voie, lui qui nous a subjugués d'émotion en transcendant sa douleur pour nous en faire un don d'amour, de force et de sérénité ! Rémy qui, dans les semaines qui ont suivi, a continué ses actions solidaires au bénéfice de la CSI, principalement autour de la vente du recueil des poèmes de Véro, également toujours disponibles  à la demande en braille, en imprimé et bientôt en version audio (1).

Pour vous permettre de retrouver ou de découvrir celle dont l'enthousiasme et la générosité continueront à inspirer notre engagement au côté de nos frères et sœurs aveugles des pays les plus démunis, nous publions plus loin le témoignage à la fois émouvant et coloré que Caty Cavaillès, sa « grande sœur » en humanité et en solidarité, lui a dédié en guise de dernier adieu. Et bien sûr, comme dans chacun de nos bulletins depuis déjà bien des années, nous vous offrons dans ce numéro et continuerons à vous offrir ses poèmes que vous êtes si nombreux à apprécier.

Mais hélas, comme je vous le laissais entendre en préambule, d’autres amis et partenaires nous ont également quittés au cours des derniers mois. Nous avons tenu à nous arrêter un instant pour évoquer la mémoire de ces chers disparus, de France ou d’Afrique, qui ont ouvert la voie, chacun à sa manière, et qui nous ont quittés dans l’espoir que nous saurions à notre tour reprendre le flambeau. Aux huit personnalités qu’évoque pour nous Caty Cavaillès, qui les a bien connues, je me permettrai d’ajouter ici Siméon Tsoléfack, frère cadet de Paul Tezanou, premier non-voyant diplômé de l’École Normale Supérieure de Yaoundé, décédé le 2 mars 2013, ainsi qu’Eugène Magloire Eyaman, frère du directeur de l’école intégratrice de Douala pour laquelle il travaillait avec dévouement en tant qu’accompagnateur scolaire, décédé le 22 février 2013.

Fort heureusement, des événements plus positifs ont tenu eux aussi une place importante dans notre actualité de ce premier semestre, à commencer par l’accession de Paul Tezanou à la présidence par intérim de l’Union Francophone des Aveugles. Voir Ensemble ayant joué un rôle moteur dans les années 90 en vue de fédérer les associations des pays francophones, nous nous devions de relayer le message que Paul Tezanou, notre plus ancien et fidèle partenaire qui plus est, souhaite faire passer pour exhorter les responsables africains d’associations typhlophiles à saisir cette chance qui leur est offerte pour mener tous ensemble des actions de grande envergure au sein d’une union francophone rénovée.

Un autre moment important dans la vie de la CSI a été la rencontre avec Guy Aurenche, président du CCFD-Terre solidaire, à Lourdes, le 8 mai 2013, dans le cadre de notre pèlerinage, à l’occasion de  Diakonia. Comme à l’accoutumée, des membres de notre équipe ont présenté les actions menées par la CSI au cours de l’année écoulée, et ils ont aussi remis à Guy Aurenche un document récapitulatif des aides apportées par la CSI à de nombreuses structures camerounaises depuis les années 1970, afin d’essayer de mettre en place un partenariat inédit avec le CCFD à destination des aveugles et malvoyants de ce pays pionnier. À cette occasion, Guy Aurenche a gratifié l’assistance d’une intervention extrêmement riche et pertinente que nous nous sommes permis de retranscrire pour vous la faire partager.

Bien évidemment, nous nous attachons aussi toujours à vous immerger autant que possible au cœur de nos actions, dont vous retrouverez les éléments concrets dans la synthèse que j’ai rédigée pour le rapport d’activité annuel de Voir Ensemble. Je dois cependant apporter un bémol à ce bilan puisque la mission que l’un de nos membres devait effectuer au Cameroun a finalement été ramenée de trois à une semaine. Celle-ci a tout de même été largement mise à profit grâce à des rencontres qu’il avait organisées pour que des membres du Bureau de l’Association Nationale des Aveugles du Cameroun (ANAC) puissent entrer en contact avec des ONG locales, dont ils ignoraient jusqu’alors l’existence. Selon les messages que nous avons reçus depuis,  plusieurs de ces ONG pourraient apporter de précieux coups de pouce à certains de nos partenaires porteurs de projets générateurs de revenus.

Pour en revenir au contenu de ce bulletin, vous constaterez qu’il accorde aussi une large place à des textes de réflexion, proposés l’un par Robert Divoux, ancien aumônier de la CSI (qui continue de nous accompagner fidèlement), et l’autre par Roger Lordong, aumônier national de Voir Ensemble qui nous est aussi très proche. S’y ajoutent deux articles ayant pour point commun la lutte contre la famine, à ceci près que l’un évoque un moyen de lutter contre la famine alimentaire par le biais d’un procédé de culture révolutionnaire du riz, alors que l’autre fait état d’une avancée prometteuse pour mettre fin à la famine de livres pour les personnes aveugles et malvoyantes.

Ce numéro est complété enfin par un article traitant de la situation des aveugles en Mauritanie, par une présentation de l’espace pour non et malvoyants de l’université de Biskra (Algérie), par un conte d’Afrique australe et par nos rubriques humoristique et culinaire habituelles.

Avant de vous souhaiter une bonne fin d’été, ne me reste qu’à espérer vous retrouver aussi nombreux que possible pour notre Rassemblement solidaire des 21 et 22 septembre prochain à Clermont-Ferrand autour du thème « Les aveugles du Sud acteurs de leur propre développement ». Que ce soit au travers des échanges que nous aurons à cette occasion, ou par la lecture de ce bulletin,  ou encore par le hasard des rencontres, je forme le vœu que de nouveaux militants « briseurs de solitudes », pour reprendre l’expression utilisée par Guy Aurenche à Lourdes, nous rejoignent et prennent leur place dans cette chaîne solidaire, vivante et source de vie, qui ne demande qu’à s’étendre !

 

Villejuif le 3 août 2013

 

1) Les commandes du recueil des poèmes de Véronique Laurès, vendus au prix de 15 euros, sont à adresser à
Caty Cavaillès, 20 rue de la Guinguette 09700
Saverdun
ou par courrier électronique à caty.cavailles@orange.fr. Les chèques sont à libeller à l’ordre de "Voir Ensemble, Solidarité Internationale".

 

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Vous nous avez quittés… mais vous êtes toujours à nos côtés
par Caty Cavaillès (vice-présidente de la CSI

 

Depuis plus de 40 ans, nous sommes nombreux à avoir cheminé, à un moment ou à un autre, au sein de la Commission Internationale de Voir Ensemble ou en partenariat avec elle, sur la belle route de la solidarité, désireux de participer à l’émergence d’un monde meilleur, d’un monde plus équitable, plus fraternel, d’un monde plus ouvert, plus accueillant aux personnes déficientes visuelles. En Afrique, en Europe, en Asie, en Amérique, sur tous les continents, par-delà les mers, les océans, défiant les frontières, des hommes, des femmes, des enfants se sont levés pour apporter leur pierre, si infime soit-elle, afin que les aveugles, les malvoyants soient partout réellement acteurs de leur propre développement. L’éducation, l’alphabétisation, la formation, le soutien à des projets générateurs de revenus sont les chemins que nous avons prioritairement empruntés. « Apprendre au pêcheur à pêcher », voilà le moteur de nos actions au fil de toutes ces années.

 

Des militants de tous âges, de tous bords, handicapés ou non, se sont mobilisés. Certains nous ont hélas quittés, fauchés en plein vol, après avoir donné le meilleur d’eux-mêmes sans compter. Nous souhaitons aujourd’hui nous arrêter quelques instants pour évoquer huit d’entre eux qui nous ont plus particulièrement marqués. Nous le ferons bien simplement, avec respect et tendresse, sans nous appesantir, délicatement, brièvement, mais très chaleureusement.

 

Siaka Diarra, Président de l’Association Burkinabè pour la Promotion des Aveugles et Malvoyants (ABPAM), Président de l’Afrique de l’Ouest Francophone de l’Union Africaine des Aveugles (UAFA), dirigeant charismatique unanimement salué pour son humanisme et son engagement déterminé, décédé dans un accident d’avion au Cameroun en 2007, en mission dans le cadre de l’Union Francophone des Aveugles (UFA).

Frère Fabien Declercq, Secrétaire Général de Voir Ensemble, atypique, généreux, homme de relation fantastique, militant enthousiaste, convaincu du bien fondé de l’adhésion et de la participation de notre association au Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement (CCFD-Terre Solidaire).

Nicolas Zoumanigui, fondateur et Président de l’Association Guinéenne pour la Promotion des Aveugles, intrépide promoteur du braille, de notre génial système d’écriture et de lecture, alors totalement méconnu dans son pays, souffrant lui-même de cécité à la fin de sa vie.

Frère Henri Magadur, enseignant spécialisé pour les jeunes aveugles et malvoyants, formateur chevronné auprès des instituteurs pour déficients visuels, animateur de sessions de formation dans une dizaine de pays africains.

Élie Ayilo, Président du Groupement Catholique des Aveugles du Bénin (GCAB), association membre de la Fédération Internationale des Associations Catholiques d’Aveugles (FIDACA), Président de l’Association pour la Promotion et l’Insertion Sociale des Aveugles et des Amblyopes du Bénin (APISAAB), ayant eu le mérite d’impliquer la CSI dans la création de l’institut des aveugles de Parakou.

Père François Meyer, fondateur et Président de « Lunettes sans frontière » (LSF), après un inoubliable voyage d’immersion au Burkina Faso en 1974, vrai départ en mission, initiatique, prophétique, aux retombées insoupçonnées.

Jean-Pierre Louya, Président de la Fraternité Chrétienne des Aveugles du Congo (FCAC), association membre de la FIDACA.

Véronique Laurès, chantre infatigable de la solidarité internationale, lumineuse et talentueuse poète des « sans voix », débordante d’amour, chantant ce « chacun pour tous » qui nous rend irrémédiablement frères, inlassable artisane avec son mari de ventes solidaires.

 

Vous, nos amis, pionniers de la solidarité, qui nous avez accompagnés chacun à votre façon, chacun si fécond dans votre sillon, vous êtes toujours à nos côtés, en synergie, en communion. Solides maillons de notre chaîne, vous avez semé, et aujourd’hui encore, nous récoltons, nous recueillons les fruits de vos moissons. Comment vous exprimer toute cette gratitude qui nous habite, qui nous anime, nous rayonnons. Avec vous, grâce à vous, nous continuons, à notre mesure nous bâtissons. Forts de votre soutien, nous avançons, malgré les embûches sur le chemin, tissant infatigablement de nouveaux liens. Vous nous poussez, vous nous dynamisez, nous sommes rejoints par d’autres militants qui prennent le relais. Ils nous enrichissent de ce qu’ils sont, de ce qu’ils font, prenant leur part dans nos projets, contribuant à leur donner vie, forme, dimension. Nous éprouvons l’exaltante sensation d’être, comme vous, passerelle, trait d’union. Travaillant en réseaux, passant petit à petit le flambeau, nous savons qu’ainsi nous oeuvrons pour que, d’une manière ou d’une autre, se poursuive notre action, même quand nous n’y serons plus, même quand nous aurons à notre tour disparu.

 

En ces instants de méditation où nous nous recueillons, le cœur tourné vers vous, nos huit amis, d’Afrique et de France, l’esprit empli de vos gerbes d’or à foison, mais où, malgré tout, nous ressentons cruellement votre absence, si douloureusement, une jolie métaphore indienne, venue du fond des âges, jaillit brusquement : « Il y a toujours mille soleils à l’envers des nuages. » Et peu à peu, nous sommes éblouis, une joie ineffable, insondable nous envahit, et nous vous disons humblement et très sincèrement Merci.

 

Saverdun, le 29 juillet 2013

 

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Message à ma petite sœur
par Caty Cavaillès

 

Véro, petite sœur, je suis très émue de prendre la parole aujourd’hui, en cette église  de Marguerite où tu as été baptisée. Je suis là, bouleversée, près de Rémy, ton cher mari, entourée de ta famille, au milieu de tes amis.  Les mots se bousculent ; la peine me submerge ; j’ai tant et tant à te dire. Saurai-je le traduire ?

J’ai eu la chance d’être ton institutrice, à Marseille, à l’Arc-en-Ciel. Tu as été l’une de mes premières élèves. Tu avais huit ans, j’en avais vingt ou à peu près. Enthousiaste, je découvrais et j’apprenais mon métier : celui de transmettre, de conduire, d’éduquer, d’enseigner. Et toi, petite sœur, tu m’y aidais. Toi, une petite fille toujours en éveil, lumineux rayon de soleil, curieuse, joyeuse, espiègle, rieuse, intelligente, brillante, pétillante, virevoltante, vive, spontanée, active, réactive… C’est fou, comme tu t’intéressais à tout. Un gai petit feu follet ! Il faut voir avec quelle ardeur, quelle facilité tu apprenais. J’avais l’impression de semer dans une terre si fertile que tout y poussait, tout y grandissait, tout y fleurissait, tout y fructifiait.

Ce que tu préférais, - tu me l’as confié, bien des années après -, c’était quand nous chantions. Petite révolution pour l’époque, je jouais de la guitare en classe, en toute occasion. Et les fabulettes d’Anne Sylvestre n’ont plus eu bientôt pour vous de secret : la maison pleine de fenêtres, les flocons papillons, le sapin, la tortue, les champignons, le hérisson, la fusée… jusqu’à ce chant de Noël que nous interprétions en duo. Super, émouvant, si beau !

Puis, nos routes se sont séparées, chacune débroussaillant son chemin. Des nouvelles, de temps à autre, de loin en loin, par l’Amicale des anciens.

En 2002, je découvre soudain que tu viens d’enregistrer un CD avec une amie, Anne, « Des tropiques au nord », tout un programme ! Je l’écoute, je suis émerveillée, subjuguée. Un heureux coup de fil à ta maman, et voilà, nous nous retrouvons. De la joie à profusion !

 

 

 

 

 

 

Tu es mariée, je fais la connaissance de Rémy, vous êtes en harmonie, je suis ravie de vous sentir aussi épanouis. Tu aspires à devenir enseignante à ton tour. Tu écris des poèmes, composes des chansons, joues avec talent de multiples instruments (piano, percussions…). Une vraie petite troubadour ! Nous vibrons au même diapason.

Mais nous n’en restons pas là. Ouverte comme tu l’es, tu souhaites emprunter avec moi les sentiers de la solidarité envers nos frères et sœurs aveugles et malvoyants de pays plus défavorisés. Rémy et toi, vous vous engagez à Voir Ensemble, mouvement chrétien pour les personnes déficientes visuelles, au sein de sa Commission de la Solidarité Internationale.

Immédiatement, vous vous donnez sans compter. Passionnément, vous militez. Inlassablement, vous partagez. Vous aimiez déjà voyager, vous continuez plus que jamais, en Afrique en particulier. Généreux, vous allumez autour de vous des foyers de générosité. Vous multipliez, au fil des ans, les ventes solidaires d’artisanat. Vous n’avez de cesse, en tout temps, de créer des liens, d’informer, de sensibiliser, de collecter du matériel, des fonds, de soutenir, d’aider, de susciter des dons… Avec entrain, dans la bonne humeur, avec humilité, dans la discrétion, vous répandez à foison des gestes de fraternité. En toute circonstance, vous témoignez de ce « chacun pour tous » que tu as si bien chanté.

Véro, petite sœur, permets-moi de te dire et de te redire du plus profond de mon cœur : Merci, grand merci.

 

Caty, ta grande sœur pour la vie

 

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Vivant espoir
(poème de Véronique Laurès)

 

Que nos cœurs deviennent libres réceptacles

Où le moindre espace accueille l'amour,

Pour le redonner, sans aucun détour,

Pour le rayonner, sans bruit ni spectacle.

 

Que nos cœurs deviennent riantes clairières,

Où justice et paix, ivres de lumière,

Déroulent ensemble des tapis de fleurs,

Baumes guérissant tumultes et pleurs.

 

Que nos cœurs deviennent profonde musique,

Instruments au sein d'une symphonie,

Respirant au souffle de l'infini,

Goûtant le bonheur, présent magnifique.

 

Décembre 2005

 

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Synthèse de l’activité de la CSI
pour l'année 2012
par Yves Dunand

 

Au cours de l'année écoulée, la CSI a poursuivi son action à destination des structures partenaires des pays francophones en voie de développement autour de ses deux grands axes privilégiés, à savoir l’aide à l’éducation et à la formation, et le soutien aux activités génératrices de revenus.

 

L’aide à l’éducation et à la formation est apportée sous diverses formes :

 

- La rémunération d’accompagnateurs scolaires, d’enseignants spécialisés ou de transcripteurs braille : ces aides sont limitées dans le temps (3 ans) et modestes (800 à 900 euros par an pour un enseignant). Les soutiens de ce type sont financés depuis plusieurs années grâce à la subvention que la CSI reçoit de « l’Association des Amis des Aveugles et Déficients Visuels » présidée par Jacques Charlin, qui s’est montée à 4 000 euros en 2012. Ce soutien concerne actuellement trois écoles camerounaises, à Yaoundé, Bafoussam et Bafang, ainsi qu’une école à Sokodé au Togo.

- L’envoi de matériel spécialisé, de papier et d’ouvrages en braille : les colis sont envoyés tout au long de l’année par des bénévoles des Groupes de Paris et de Lyon, et occasionnellement par des membres du Groupe de Toulouse, soit un total de plus de 300 colis pour 2012. Les structures demandeuses reçoivent ainsi tablettes et poinçons, ramettes de papier braille et feuilles imprimées au recto, cubarithmes et boîtes de cubes, bouliers, calculatrices parlantes, matériel de géométrie, jeux de société, cannes blanches, ouvrages littéraires ou religieux, revues, dictionnaires, documents d’aide à l’apprentissage du braille, machines Perkins ou autres, magnétophones, livres enregistrés sur cassettes ou sur CD-ROM etc... En outre, grâce à l’action engagée d’Alain Déparnay, 12 ordinateurs de bureau ont été envoyés au Bénin, au Burkina Faso et au Togo, ainsi qu’un ordinateur portable au Cameroun.

- Actions en collaboration avec d’autres associations : cofinancement avec l’AVH d’un projet de promotion de la notation mathématique braille au Bénin, pour 1 500 euros, cofinancement avec l’Union Francophone des Aveugles de l’achat d’une thermoformeuse pour l’École des Jeunes Aveugles de Ouagadougou (Burkina Faso), également pour 1 500 euros.

 

Le second axe important pour l’action de la CSI est le soutien à des projets générateurs de revenus, au bénéfice de groupements de personnes aveugles ou malvoyantes ou d’écoles spécialisées en quête de ressources pour assurer leur autosubsistance. 10 300 euros ont ainsi été consacrés en 2012 au soutien à des activités telles que la fabrication de craie, la formation à la menuiserie, la formation à la commercialisation du miel naturel, la plantation d’une bananeraie, ainsi qu’à la réfection d’un poulailler et à l’équipement d’un atelier d’artisanat, les pays concernés étant le Cameroun, le Togo et le Tchad.

 

Consciente de ce que ses moyens financiers déjà bien modestes pourraient devenir encore plus précaires à court ou moyen terme, la CSI s’efforce de voir avec ses partenaires comment utiliser de façon optimale les ressources disponibles. Un accompagnement pour tenter d’affiner les projets se fait ainsi tout au long de l’année par l’échange de courriers électroniques et des missions sur le terrain nous semblent tout à fait nécessaires afin d’aider concrètement sur place au renforcement des structures que nous soutenons. En outre, un groupe de travail s’est attelé à l'élaboration de documents types pour la présentation des projets et pour les comptes rendus d'exécution, afin d’aider nos partenaires à se conformer à ce qu'attendent des ONG dont elles pourraient solliciter l'appui.

 

Un troisième volet de l’action de la CSI concerne l’information et la sensibilisation. Notre bulletin semestriel Solidarité Magazine, lu avec intérêt aussi bien par des sympathisants et donateurs potentiels que par les partenaires du Sud, reste à cet égard un vecteur essentiel de communication.

 

Le Pèlerinage de Lourdes, organisé cette année autour de Diaconia, est un moment important de rencontre avec les militants de Voir Ensemble, mais aussi d’autres mouvements chrétiens et du CCFD-Terre Solidaire, dont le président, Guy Aurenche, était présent en personne pour exprimer les préoccupations actuelles.

 

Signalons aussi que deux membres de l’équipe, Marie-Claude Cressant et le frère Marcel Bonhommeau, ont présenté Voir Ensemble et l’action de la CSI dans une émission qu’ils ont enregistrée pour une radio marseillaise.

 

En outre, il convient de souligner plus que jamais les actions remarquables de sensibilisation et de vente d’artisanat menées par Véro et Rémy Laurès, qui ont encore fourni en 2012 des recettes de plus de 3 700 euros, des dons que nos amis si débordant de générosité ont continué à apporter à la CSI tout au long de la douloureuse épreuve de la maladie de Véro, et même au-delà puisqu'une partie de l'argent collecté lors de ses obsèques était destinée à soutenir nos actions. Sans oublier son recueil de poésie, Sève odorante, désormais en vente au prix de 15 euros en braille et en imprimé, et peut-être bientôt en version audio, au bénéfice de la CSI.

 

Enfin, notre instance est déjà mobilisée pour la préparation de son Rassemblement des 21 et 22 septembre 2013 à Clermont-Ferrand, tout comme Christiane Audebert, qui en tant que présidente du Groupe local s’est déjà totalement investie pour que cet événement se déroule dans les meilleures conditions et qu’il recueille une audience aussi large que possible. Le thème choisi, « Les aveugles du Sud acteurs de leur propre développement », promet de donner lieu à des interventions et à des échanges vivants et riches d’enseignements.

 

Rappelons que des postes seront à pourvoir pour le renouvellement du Comité, notre équipe étant toujours ouverte à l’accueil de nouveaux membres prêts à s’engager activement dans cette action solidaire qui reste l’une des spécificités de Voir Ensemble dont nous pouvons être fiers.

 

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Chemins de femmes et d’hommes...
par Robert Divoux

 

Lorsque nous regardons la vie des femmes et des hommes, non seulement à notre époque mais aussi dans le passé - les archéologues ainsi que les historiens remontent de plus en plus loin dans celui-ci - nous découvrons que nous avons tous les mêmes besoins fondamentaux à satisfaire pour vivre de façon équilibrée, pour ne pas risquer la déshumanisation. Un psychologue américain, Abraham Maslow, a répertorié ces besoins :

- À la base, il a mis les besoins matériels, comme le manger et le boire... Ils font partie du domaine du physiologique, et par voie de conséquence ils sont également du domaine de l'économique. L’expression « gagner sa croûte » illustre à elle seule ce lien.

- Puis il a repéré les besoins de sécurité (sécurité sociale, sécurité de l’emploi, sécurité dans les déplacements...) et de protection (tel que le toit au-dessus de sa tête).

Si la capacité de pouvoir répondre à ces besoins matériels, et à ceux de sa sécurité, est essentielle pour vivre normalement, il faut aller plus loin pour l’épanouissement des personnes.

- Viennent alors les besoins de relations sociales : besoins qui reflètent la volonté de faire partie d'une famille, d'un groupe, d'une tribu... On désire y trouver la solidarité (avec ses « coups de main »), l’amitié, l’amour... ; mais on risque par contre d’y récolter bien des misères : l’abandon, l’isolement, ou à l’inverse la dilution de sa propre personnalité dans la pensée unique, dans l’uniformité (physique et mentale).

- Il y a également les besoins d'estime de soi, de considération. Être quelqu’un que l’on respecte, dont on reconnaît la dignité. Pouvoir être fier de soi. Cela permet de se regarder dans le miroir le matin.

Ces besoins affrontent bien des écueils, de l’orgueil personnel - qui est "le négatif" de la fierté – à la marginalisation, au sexisme, au racisme, à l’âgisme...

- Enfin Abraham Maslow termine son énumération avec les besoins de réalisation, besoins d'auto-accomplissement qui renvoient au désir de se réaliser soi-même à travers un engagement familial (une famille, des enfants...), un engagement dans la cité, une œuvre (depuis le sport avec ses récits et ses coupes jusqu’à l’œuvre d’art, ou encore le patrimoine à léguer)...

Les types de réponses à tous ces besoins sont variables en fonction des personnalités, des cultures, de l'environnement de chaque personne, et ils sont tributaires de leur histoire individuelle et communautaire. Par exemple on ne se nourrit pas tous de la même façon. Mais ces réponses rentrent dans les mêmes catégories pour tout le monde au cours des siècles, sur toute la surface de la Terre. Cela explique que nous nous retrouvons dans des textes écrits il y a des milliers d’années, et à des milliers de kilomètres de nous.

 

*  *  *

 

Abraham Maslow s’est arrêté là dans son regard sur l’homme dans la société. Michel Dagras, avec le regard à la fois scientifique et contemplatif du théologien (faculté de théologie de Toulouse), a discerné après réflexion une sixième catégorie de besoins, qu’il a nommée :

- Les besoins de sens.

Car toute personne humaine, sous des formes extrêmement diverses, et très souvent sans le dire, est amenée à certaines époques de sa vie à se poser les questions pourquoi ? (pour quelle raison ?), et pour quoi ? (dans quel but ?). Par exemple : Pourquoi, et pour quoi vivre ?

Nous avons tous rencontré des personnes désorientées dans leur vie. Elles sont comme des brebis sans berger ; elles peuvent avoir la chance d’arriver quand même au bon pâturage ; ou elles ont la malchance de s’avancer sur des chemins escarpés et stériles, sans issue.

Nous avons aussi rencontré des personnes façonnées par une idéologie, un dogmatisme sans failles ; ou bien éduquées dans une "foi de charbonnier". Dans les deux cas les conséquences sont les mêmes : c’est le refus de réfléchir. On exécute, sans se poser de questions. Le résultat est en général catastrophique, pour la personne elle-même et pour son entourage. Hannah Arendt a longuement étudié cet aspect de la psychologie, et un film récent développe sa pensée à ce sujet.

Ces contre-exemples aident à réaliser qu’il faut prendre les moyens de réfléchir par soi-même à ces questions du pourquoi et du pour quoi de notre vie ; tout en sachant que les réponses ne sont pas faciles à trouver, et que chez chacun de nous, elles peuvent varier – parfois très profondément – au cours du temps. Mais ne pas se fermer les yeux sur ces deux questions est essentiel pour répondre à l’ensemble de nos besoins, car de la réponse donnée à ce besoin de sens dépendra aussi notre réponse à tous les autres besoins : biens matériels, relations sociales, réalisation de soi...

Pour notre propre épanouissement il est donc fondamental de consentir aux questionnements, aux débats d’idées, en acceptant que ceux-ci puissent nous amener à changer de cap. Ceux qui font du ski savent comment on nomme un tel retournement : on appelle cela une conversion. Elle se réalisera dans un sens ou dans un autre, l’important étant qu’elle se fasse dans une totale liberté, sans pression extérieure, mais aussi sans pression intérieure due à l’ignorance acceptée, ou à la passion non maîtrisée.

Cette réflexion, ce débat d’idées vont se mettre en place déjà au niveau de notre raison. Le travail de la raison vaut par lui-même. Le pape Benoît XVI, encore récemment, a fortement affirmé la haute valeur de la raison humaine « qui participe à la recherche de la vérité ». Et pour les chrétiens, même la connaissance de Dieu dans la foi ne se fait pas sans la raison.

Avec la Bible, explicitée en Église, le chrétien va aussi prendre conscience que « l’amour dans la vérité dont Jésus s’est fait le témoin dans sa vie terrestre [constitue] la force dynamique essentielle du vrai développement de chaque personne et de l’humanité tout entière... » (encyclique "Caritas in veritate" (Amour dans la vérité) du pape Benoît XVI). Il y a dans la Bible une boussole à la disposition de tous ; il faut simplement apprendre à s’en servir pour ne pas se tromper sur ses indications !

Pour terminer cette réflexion sur nos propres chemins, tournons-nous vers Saint Augustin, un africain qui avait lui-même une forte expérience de vie :

« Une fois pour toutes t’est donc donné ce commandement concis :

« Aime, et ce que tu veux, fais-le ! »

Si tu te tais, tais-toi par amour ; si tu parles, parle par amour ; si tu corriges, corrige par amour ; si tu pardonnes, pardonne par amour. Aie au fond du cœur la racine de l’amour ; de cette racine ne peut rien sortir que du bon. »

Commentaire de la première épître de Jean, (traité VII, 8.)

 

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Ubuntu (conte d’Afrique australe)

 

Un anthropologue a proposé un jeu aux enfants d'une tribu d’Afrique australe : organiser une course. Et pour les motiver il a posé un panier plein de fruits au pied d'un arbre.

« Celui qui arrivera le premier gagnera le panier ! »

Les enfants se sont mis sur la ligne de départ, et l’anthropologue a donné le signal : 1... 2... 3 !

Tous les enfants se sont alors élancés... en se donnant la main !

Arrivés à l’arbre, ils se sont assis en rond en riant, et ils ont dévoré les fruits ensemble.

Lorsque l'anthropologue leur a demandé pourquoi ils avaient couru en se donnant la main, alors que l'un d'entre eux aurait pu avoir tous les fruits pour lui, ils ont répondu : "UBUNTU".

« Comment un seul pourrait être heureux, si tous les autres sont tristes... ? »

 

"UBUNTU" dans la culture Xhosa d’Afrique australe signifie : "Je suis parce que Nous sommes."

 

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Intervention de Guy Aurenche, président du CCFD-Terre Solidaire

(retranscrite par Cécile Guimbert, secrétaire de la CSI)

 

Voici, en substance, ce que nous a dit Guy Aurenche, lors de la rencontre que nous avons eue à Lourdes à l'occasion du Pèlerinage Diakonia le 8 mai 2013. Marie-Claude Cressant venait de lui remettre le projet de renforcement de l’Association Nationale des Aveugles du Cameroun (ANAC) pour lequel Voir Ensemble sollicite une participation du CCFD.

 

Chers amis, je compte sur vous pour dire que l’espérance nous permet de trouver des solutions aux difficultés que nous rencontrons, que ce soit dans notre vie personnelle, dans la société française actuelle, autour de l’Église, etc., que cette espérance vient de la capacité de réaction que nous avons les uns et les autres, mais surtout de la mise en commun de ces capacités de réaction.

Je commencerai par quelques mots sur le CCFD.

Dans les années 60, il y a eu tout d'abord l’appel de la FAO. Il fallait répondre à l’appel au secours de ces millions d’hommes et de femmes qui avaient faim. C’était vrai il y a cinquante ans, c’est vrai encore aujourd’hui puisqu’un milliard d’hommes, de femmes et d’enfants souffrent gravement de malnutrition alors qu’on pourrait nourrir jusqu’à 9 milliards de personnes sans problèmes. Après, il faudra réfléchir à autre chose. Cet appel, Voir Ensemble a décidé de l’entendre avec nous. Car la richesse du CCFD, c’est de ne pas agir seul. Aujourd’hui ce sont 29 mouvements et services d’Église regroupés qui constituent cette association d’origine chrétienne pour essayer d’inventer des solutions nouvelles pour des problèmes qui sont toujours nouveaux.

Il y a trois grands axes dans la mission du CCFD :

Le premier axe, c’est de soutenir des projets de développement, c’est ce qu’on appelle le partenariat international. Nous n’envoyons pas d’experts qui auraient des solutions que l’on va dire « plus intelligentes » que celles que devront trouver les hommes et les femmes qui se heurtent à ces problèmes. Nous faisons confiance à des associations locales (et c’est comme cela que je conçois votre dossier de l’ANAC au Cameroun), avec qui nous faisons des alliances, des partenariats. Ce sont les associations locales qui, ayant étudié les besoins, essayent d’inventer les réponses à ces besoins, et nous accompagnons ces réponses.

Le deuxième axe, c'est celui de l’éducation au développement en France. S’interroger sur le développement, c’est analyser les solutions que l’on peut trouver, car les êtres humains ont l’intelligence pour trouver ces solutions, encore faut-il qu’ils fassent marcher cette intelligence. Et puis ensuite, c’est décider de partager. Le partage, ce n’est pas naturel - je pense à mes cinq petites-filles... C’est vrai à l’âge de nos petites-filles, c’est vrai à nos âges aussi ! Ce n’est jamais naturel ! il faut sans cesse s’accrocher pour redécouvrir la richesse du partage.

Il est important que, à travers votre prochain Rassemblement, vous redisiez non seulement à vous-mêmes, mais autour de vous, l’importance d’éduquer, de former, d’éveiller au développement des peuples aujourd’hui.

Le troisième axe, c’est ce qu’on appelle en jargon « le plaidoyer ». Le plaidoyer, c’est se donner la capacité d’influencer les décideurs. C’est ainsi que, depuis des années, au CCFD, à côté de nos 450 projets de développement, il y a aussi des gens qui travaillent  sur la question des paradis fiscaux. Je m’arrête un moment ici. Souvent les gens disent : « qu’est-ce que le CCFD va faire dans les paradis fiscaux ? Que des catholiques s’occupent du paradis, on comprend à peu près, mais qu’ils viennent nous titiller sur la fiscalité, là ils sortent de leur rôle ! » Dans ces lieux très spéciaux qui s’appellent des paradis fiscaux, c’est-à-dire des lieux, des institutions mi-bancaires, mi-rendez-vous d’affaires et totalement opaques où l'on ne doit pas savoir qui a l’argent, d’où vient l’argent, on ne saura pas non plus comment il est utilisé. Il y a cent trente milliards  d’euros qui proviennent de taxes  qui n’ont pas été payées par les entreprises qui travaillent dans les pays du Sud et qui, comme toute entreprise, devraient payer des impôts, des taxes. Mais ça n’est pas difficile : j’exploite le minerai dans tel ou tel pays, je suis une grande société internationale, et puis j’ai créé localement, là où j’exploite le nickel, une petite société. Mais je n’ai pas mis un siège social, c’est-à-dire le lieu officiel de cette société dans le pays où j’exploite le nickel, je l’ai mis dans les Îles Vierges britanniques. Aux Îles Vierges britanniques, il y a 27 000 habitants et il y a 800 000 sièges sociaux ! Pourquoi ? Parce qu’une société qui est immatriculée aux Îles Vierges britanniques ne paye pas d’impôts...

Nous travaillons sur ce dossier non pas parce que nous sommes contre les banques, nous en vivons aussi, ni contre les entreprises, nous en vivons aussi, mais nous sommes contre l’opacité qui tue. Car voler 130 milliards aux plus pauvres, ça tue ! Et c’est ainsi qu’il faut aujourd’hui poser les problèmes. Quand on nous dit : « vous faites de la politique », peut-être, mais choisir d’aider ces pays à récupérer ces 130 milliards qui ne leur ont pas été payés, ça n’est pas de la politique de droite, ça n’est pas de la politique de gauche, ça n’est pas la politique qui tue, c’est de la justice et c’est ce qu’on appelle « le plaidoyer », c’est-à-dire la capacité que nous avons à former des dossiers  qui vont être ensuite proposés à l’Union Européenne, ou dans les rassemblements internationaux. Vous me direz : « vous n’avez pas réussi beaucoup ». Nous avons réussi au moins à ce que le sujet soit évoqué et à ce que les responsables politiques se sentent au moins obligés de faire semblant de l’avoir ignoré et de le déplorer.

Le plaidoyer, nous le faisons sur le problème de la terre : l’accaparement des terres, des pays très riches, et puis des pays émergents, dont la Chine. Ils ont trouvé comme solution assez commode d’aller « louer » des centaines et des milliers d’hectares, surtout en Afrique et sur d’autres continents, et d’y faire cultiver des produits qui vont être immédiatement rapatriés dans le pays qui a loué ces terres. Le résultat, c’est que les plus mal nourris de la planète, ce  milliard de personnes, ce sont des paysans ! Il est tout de même hallucinant que des hommes et des femmes qui passent leurs heures à faire pousser, à produire de quoi manger, soient ceux qui mangent le moins bien aujourd’hui sur la terre !

 

J’en viens à l’esprit du CCFD-Terre Solidaire.

Je vais souligner trois points.

Premier point : nous vivons une époque absolument nouvelle qui s’appelle « la mondialisation ». Vous allez me dire qu’on a toujours su cela : bien sûr, les penseurs grecs pensaient à la mondialisation. La seule différence, c’est qu’aujourd’hui la mondialisation entraîne l’interdépendance. Nous sommes interdépendants les uns des autres. Je vous donne un exemple : qui dans cette salle aurait pensé il y a 15 ou 20 ans que les finances des États-Unis d’Amérique, première puissance au monde, dépendraient des banquiers chinois ? Nous le savons, la vie de nos jeunes, le travail ou le non travail, la paupérisation, cela se décide à Bruxelles, à Washington, à Brasilia, à Pékin, etc. Il ne s’agit pas de dire que c’est bien ou que c’est mal, c’est ainsi.

Comment allons-nous réagir à cette interdépendance ? Il y a trois attitudes possibles.

- La première attitude : face à celui dont je dépends, je le détruis.   c’est la concurrence extrême. C’est ce qu’on fait en économie, c’est ce qu’on fait aussi parfois en pédagogie quand on dit à nos jeunes : « si ça n’est pas toi qui le manges, c’est lui qui va te manger ». Lorsqu’on est dépendant, on a parfois des envies de suppression de l’autre.

- Une autre attitude possible face à l’interdépendance, c’est de dire : « mes frères, mes sœurs, mes amis, que le meilleur gagne ! ». Mais dire « que le meilleur gagne », cela veut dire « que le plus faible soit écrasé » ; c’est la société de l’exclusion, de la discrimination, où il y a des « vrais humains », et où il y a des « un petit peu moins vrais humains ». Il ne faut pas s’étonner si le mouvement ATD Quart-monde nous dit qu’en France, ce sont entre 12 et 14 millions d’hommes, de femmes et d’enfants qui vivent en marge...

- La troisième possibilité, si je refuse l’écrasement de l’autre, si je refuse cette espèce de fausse liberté - que chacun se débrouille -, c’est le partenariat. C’est ce que le CCFD-Terre Solidaire a choisi. Nouer des alliances avec ces groupes dont je vous parlais, cela s’appelle un petit début de solidarité, de fraternité. C’est le rendez-vous de la survie, le rendez-vous de la vie ou de la mort de nos enfants, de nos héritiers, de ceux qui viendront après nous.

 

Le deuxième point concerne le sens. Nous vivons dans un monde déboussolé. Moi, quand j’étais un peu plus jeune, pour faire un choix de vie, j’avais la possibilité entre trois ou quatre formules. Ma petite-fille, si elle tape sur son clavier d’ordinateur, elle en a 450, les meilleures et les pires ! Tout lui est proposé ! Le monde est déboussolé, et arrêtons de dire « c’est bien » ou « c’est mal », ça ne sert à rien ! C’est ainsi, tout simplement.

Je crois que, plus que jamais, la solidarité est le lieu, l'un des axes, l'une des boussoles pour redonner sens. Redonner sens, à partir de choix religieux, idéologiques, philosophiques très profonds, mais parfois cela vient tout simplement du bon sens.

Retrouver sens, c’est parfois, dans nos difficultés de vie, savoir laisser monter en nous ce « il faut qu’on y aille, on ne peut pas faire autrement, il faut aider nos amis aveugles camerounais, on n’a pas de grands moyens, mais on va y aller, on ne peut pas faire autrement. "

La deuxième autre grande source, bien sûr, pour retrouver sens, c’est le message pour moi, et je vous le partage, c’est la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. « J’étais en prison, dit un texte de saint Matthieu au chapitre XXV, et tu m’as visité ». Voilà que le rendez-vous avec le prisonnier est le même rendez-vous que celui que nous acceptons ou que nous n’acceptons pas avec Dieu.

 

Un monde interdépendant, un monde déboussolé, et pour terminer, un monde qui doit apprendre à accueillir des autres ce message d’espérance. Je vous ai dit en commençant pour vous en remercier que je recevais ce soir de votre part un coup à l’espérance, un coup au cœur : ce n’est pas une formule. Je pense que c’est la même chose que nous devons faire entre peuples, entre cultures, entre civilisations. Parce que nous sommes liés par cette mondialisation, même si elle est injuste, même si elle est compliquée et même si elle est dure, même si on a du mal à envisager vers quoi elle nous mène. Parce que nous sommes dans une situation de dépendance, nous avons à apprendre à recevoir les uns des autres. J’ai été très heureux d’entendre le pape François inviter l’Église à aller à la périphérie, c’est-à-dire à savoir aussi sortir de sa sacristie pour aller là où le monde joue sa vie. [...]

En vous redisant merci, je voulais vous dire l’importance, la force, le sens de ce travail de solidarité internationale, et il a un sens pour Voir Ensemble.

 

En réponse à une question posée par un membre de la délégation de la CSI, Guy Aurenche a ajouté :

 

Il y a des hommes et des femmes qui font le choix de croire que l’espérance, on peut la construire, et que cela n'est pas grand ou petit, que c’est tout simplement le propre de l’être humain. Il faut se dire : « avec mes capacités, je peux faire avancer les choses. » [...]

La solidarité, ce n’est pas d’abord régler le problème, nous n’avons pas réglé le problème de la faim dans le monde ! mais nous avons travaillé ensemble, et nous continuons, pour le résoudre. Nous sommes tous, quelle que soit notre situation, des hommes et des femmes capables de briser la solitude d’un autre et d’une autre. C’est une démarche, un petit rappel, c’est une rencontre, c’est un petit mot, une présence. Bien sûr, il faut travailler sur les causes, pour que les injustices disparaissent, mais en même temps, je choisis ou je ne choisis pas d’être un briseur de solitude. Par vos actions, vous brisez la solitude dans laquelle se trouvent un certain nombre d’enfants aveugles. La CSI est un lieu pour le faire, il y a parfois des actions qui sont peu spectaculaires, et qui sont néanmoins admirables. Et je pense que ceux qui partagent la foi chrétienne passent le message de cette foi lorsqu’ils se font briseurs de solitude.

  

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Grande première dans l’histoire
des organisations des aveugles
en Afrique francophone
par Paul Tezanou, président de l’Union Francophone des Aveugles

 

"Le courage est une arme qui ne s'use jamais."

(Proverbe peul)

 

Depuis le 18 février 2013, j’ai la joie et l’honneur de présider aux destinées de l’Union Francophone des Aveugles, suite à la démission de Madame Françoise Madray-Lesigne.

Qui est donc ce nouveau président de l’UFA, issu du continent africain ?

Je suis né aveugle à Bafou, dans un petit village situé à 18 km de la ville de Dschang au Cameroun, le 30 mai 1953, aîné d’une famille de sept enfants, dont trois atteints de cécité. Mes parents, un couple de paysans, n’ayant aucun profil académique, nous donnent le meilleur d’eux-mêmes : l’amour paternel et maternel, tendre, plein de chaleur, soucieux de l’avenir de leur progéniture. C’est par amour pour leurs trois enfants aveugles, pensant bien faire, qu’ils nous gardent avec eux à la maison : nous envoyer à l’école serait nous rendre doublement handicapé visuel, car nous ne verrions rien au tableau.

De ce fait, je suis autodidacte. J’ai cependant bénéficié d’une formation en braille, grâce à sœur Agnès Guyot, une religieuse française de Saint Vincent de Paul, soutenue par la Croisade des Aveugles, (devenue Voir Ensemble). Je rends aussi un vibrant hommage à ma tante maternelle pour le petit poste de radio qu’elle m’a offert en 1969, me permettant d’accélérer mon apprentissage du français, et dans une certaine mesure de l’anglais, ravi d’écouter des matchs de foot.

Déterminé, quoi qu’il en soit, à m’insérer dans la société pour me sentir utile, désireux d’assumer ma famille, aspirant à être citoyen à part entière, je me suis efforcé très tôt de prendre une part active à la vie des  non-voyants de la grande région de l’ouest Cameroun. Pour ce faire, j’ai ouvert une première école d’aveugles à Dschang, le 1er mai 1975, avec le  soutien financier, matériel et moral de la Commission « Tiers monde » de Voir Ensemble, (aujourd’hui Commission de la Solidarité Internationale). J’aime à dire que je suis fier d’en être moi-même en quelque sorte « le premier fruit ». N’oublions pas que « les fleurs de l’avenir sont les semences d’aujourd’hui ».

Dans mon pays, je préside l’Association Nationale des Aveugles du Cameroun (ANAC) depuis 1985.

Sur le plan continental, j’ai été président de l’Union Africaine des Aveugles pendant deux mandats consécutifs, de 2000 à 2008. J’ai également été, auprès de cette organisation, Immediate Past President, ainsi que président du comité des finances et appel de fonds, de 2008 à 2012, (banque mobile africaine qui recherche des financements et collecte des cotisations d’organisations typhlophiles, membres de l’UMA ou non). Parallèlement, j’ai présidé le Conseil d’Administration de la Décennie Africaine des Personnes Handicapées de 2004 à 2008.

Sur le plan intercontinental, j’ai successivement été membre du Comité Exécutif de l’Union Mondiale des Aveugles de 1996 à 2000, puis membre du bureau de l’UMA de 2000 à 2008, et enfin, vice-président de l’Union Francophone des Aveugles de 2011 à février 2013, date à laquelle les membres du CE m’ont à l’unanimité confié la présidence par intérim de cette union, charge combien exaltante, enthousiasmante.

À présent, quelques mots sur l’UFA, en bref.

Le projet de création d’une telle instance est né en août 1996 à l’issue de l’Assemblée Générale de l’Union Mondiale des Aveugle, à Toronto au Canada, suivie d’une réunion de réflexion à Montréal au Québec. Mettre sur pied une union francophone des aveugles nous semble alors non seulement souhaitable, mais indispensable. Cette Union prend finalement corps en 2001, grâce à l’hospitalité légendaire du gouvernement marocain, lors de la première Assemblée Générale constitutive à Casablanca.

Aujourd’hui, l’UFA regroupe 25 pays et 35 associations ayant la langue française en partage, issus d’Afrique, d’Europe et d’Amérique du Nord, des Caraïbes et du Pacifique.

Je forme le vœu que tous ensemble, nous oeuvrions pour que l’Union Francophone des Aveugles, belle mosaïque diverse et colorée, réponde toujours mieux aux besoins des personnes déficientes visuelles. Je lance tout spécialement un appel à mes frères et sœurs africains. Sans vous, je ne puis rien. Je vous demande de vous engager résolument à mes côtés. Soyons unis pour relever le défi que j’ai accepté en notre nom, en toute fraternité. Montrons à tous que l’on a eu raison de nous faire confiance. Assumons cette lourde responsabilité, pleinement, en toute conscience. Conjuguons au présent solidarité et espérance.

 

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Tapis rouge
(poème de Véronique Laurès)

 

Sur le tapis de paille, le tout petit enfant

Tourbillonne et pirouette, inlassablement.

Plus léger qu'une plume, plus léger que le vent,

Il danse, et danse, et danse, riant, jubilant.

 

Dans la belle insouciance du printemps de sa vie,

Dans la chaude douceur qui nous tient réunis,

Tandis qu'entre nos mains se prolonge le soir,

L'enfant danse, et danse, au rythme du "mbalar".

 

Aujourd'hui je repense, émerveillée encore,

À ces moments précieux dont le cœur et le corps

Se trouvent revigorés ; à la vivante Afrique,

Dont je garde à l'esprit la clarté magnifique…

 

Mars 2010

 

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Une chance pour notre monde, pour notre Église,
pour Voir Ensemble
par Roger Lordong, aumônier national

 

L’Esprit a donné au monde un pape qui, par son origine géographique, peut être   la voix des pauvres du Sud malmenés par la tyrannie de l‘argent.

Nous avons à faire une démarche qui entraîne un changement de regard posé sur les plus fragiles.

Chaque fois qu’elles sont possibles, la parole et l’expression des personnes qui vivent des fragilités permettent de casser bien des clichés.

Ces plus fragiles nous en rencontrons dans les établissements que gère Voir Ensemble.

Mais il y a encore de plus fragiles parmi nos frères des pays les plus pauvres. C’est auprès d’eux et avec eux que nous agissons, et nous pouvons voir les merveilles qui se réalisent dans leur vie et dans leurs actions parmi nos frères des pays les plus défavorisés, d'Afrique notamment.

Un défi de fraternité, c’est une action qui permet à la fraternité de se vivre là où elle est absente ou menacée.

Nous sommes invités à aller vers ceux qui sont loin des centres de décisions économiques et politiques.

Un geste symbolique c’est le lavement des pieds que le prêtre fait le soir de la célébration du jeudi saint. Jésus signifie ainsi à ses disciples qu’il est au service de l’Homme par ce geste d’humble service.

Le pape François a voulu donner ce sens au geste en allant dans une prison romaine ; il nous invite ainsi à vivre la fraternité, fraternité qu’il a vécue lui-même lorsqu’il était archevêque en Argentine.

C’est à nous, qui que nous soyons, que cette invitation est faite de vivre la fraternité au milieu de nos frères les hommes. « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». Ce que Jésus nous dit, c’est que tous les hommes, quelles que soient leurs religions, leurs opinions, peuvent mettre la fraternité au centre de leur vie.

Ce pape est un encouragement pour notre action pour qu’elle puisse atteindre tous les hommes.

 

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Présentation de l’espace des non et mal voyants
de l'Université de Biskra (Algérie)
par Salim Khentouche

 

L’espace des non et malvoyants au sein de la bibliothèque centrale a été inauguré le 25 avril 2009 à l’occasion du neuvième Salon du Livre organisé chaque année par l’université Mohammed Khidher de Biskra.

Se situant au rez-de-chaussée, à quelques mètres de l’entrée principale, la salle réservée à cet espace accueille des étudiants et des enseignants non et malvoyants de l’université et un public de l’extérieur, notamment le personnel de l’école des jeunes aveugles « Taha Hussein » qui se trouve dans la même vile, ainsi que les stagiaires du centre de formation du personnel pour handicapés « CNFPH ».

Il accueille aussi les étudiants préparant des stages ou des mémoires en psychologie et dont les thèses sont en relation avec le monde des non-voyants.

La salle dispose de 6 tables de 4 personnes, et de 5 postes d’ordinateurs avec tables et chaises. Les ordinateurs sont équipés de la revue d’écran JAWS dotée d'une synthèse vocale en arabe, d’un logiciel de grossissement Zoomtext, ainsi que du logiciel de recherche bibliographique permettant d'accéder au fonds documentaire via le réseau interne de la bibliothèque centrale. Les postes sont aussi connectés à Internet, ce qui permet au public de surfer sur la toile en toute autonomie.

Étant responsable de l’espace, je suis chargé de sa gestion sur le plan documentaire, humain et technique. J’aide les  étudiants et les enseignants à se servir de l’outil informatique en les initiant à des principes de base : apprentissage du clavier, navigation sur le web, rédaction et sauvegarde des documents.

 

En mars 2013, j'ai pu effectuer un voyage de travail à Paris grâce au concours de la Commission de la Solidarité Internationale de Voir Ensemble. Le but de cette mission était d’échanger avec nos amis de la CSI sur d’éventuelles aides en matière de fonds documentaire (livres braille ou audio) et, dans la mesure du possible, sur le plan matériel.

Les membres de la CSI m'avaient organisé deux visites, dont une à la Bibliothèque Publique d’Information (BPI) du Centre Georges Pompidou, et une deuxième à l’Institut National des Jeunes Aveugles (INJA). J'ai ainsi pu en apprendre davantage sur le mode de gestion de ces espaces pour non et malvoyants, sur les techniques de prêt des livres et sur l’organisation du fonds documentaire.

À la fin de mon séjour j'ai aussi pu assister aux travaux du Comité de la CSI qui se réunissait le samedi 13 avril 2013, réunion au cours de laquelle j’ai eu l’occasion de présenter l’espace non-voyants de l’université de Biskra, et de solliciter l'aide de la CSI par l’envoi de livres.

J'ai également exprimé notre souhait d'acquérir une imprimante braille qui serait d'une grande utilité au public qui fréquente notre espace.

Je remercie Mohamed Azzouz, le président de la CSI et le président de Voir Ensemble pour leur appui dans l'organisation de cette mission qui a été très utile et très fructueuse. Je remercie aussi le Frère Marcel Bonhommeau de nous avoir envoyé des livres en braille dont les premiers colis nous sont parvenus dans un délai très court.

 

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Un traité met fin à la
« famine de livres » des aveugles
par Marcus Low

 

Marcus Low a assisté à la conférence diplomatique de l’OMPI à Marrakech comme conseiller principal de la Civil Society Coalition, un réseau d’organisations et d’individus unis par un même intérêt pour le traité. Il est rédacteur au magazine Equal Treatment et à la NSP Review, à Cape Town, Afrique du Sud.

Cet article a été initialement publié sur le site GroundUp le 22 juin, et traduit par Le Monde diplomatique.

 

Le 22 juin, l’élaboration d’un traité en faveur des aveugles semble courir à la catastrophe ; les négociateurs cherchent à gagner du temps et refusent de revoir leurs positions. Trois jours plus tard, l’un d’eux annonce enfin à une foule d’observateurs tendus et épuisés : « Nous avons un texte ! ». Les larmes et la danse qui suivirent ne sont pas exactement ce que l’on imagine quand on pense à la naissance d’une loi internationale.

« Nous avons un texte ! » Le 25 juin, des acclamations jaillissent d’un groupe constitué de militants, avocats et représentants d’associations pour aveugles, tous tendus et épuisés. Il est près de 23 heures, et dans l’hôtel Atlas Medina de Marrakech, les gens pleurent et se tombent dans les bras. La rumeur courait depuis quelques heures que les discussions allaient bon train, et que les points-clefs du texte avaient été tranchés en notre faveur. Nous avions un traité, et bien que nous n’ayons pas vu le texte, nous savions alors qu’il nous conviendrait.

Ce moment était le dénouement d’un combat mené depuis cinq ans, après une première rencontre organisée par Knowledge Ecology International (KEI) et l’Union mondiale des aveugles (UMA) pour discuter d’un éventuel traité permettant aux aveugles de lire des livres. Cette idée avait déjà émergé dans les années 1980, sans suite. Il y a seulement un an, beaucoup considéraient encore le traité comme utopique.

Pour moi, le voyage à Marrakech a commencé il y a six mois, lors d’une nuit enneigée, à Berlin. J’assistais à une réunion sur l’accès aux soins, en tant que représentant de la campagne pour l’accès aux traitements (Treatment Action Campaign, TAC, Afrique du Sud). De retour à l’hôtel où nous séjournions, James Love, de KEI, qui avait remarqué ma mauvaise vue, commença à me parler de ce projet de traité pour les aveugles. Je connaissais très bien le problème qu’il m’exposait, mais n’avais aucune idée du travail de titan qui était mené pour le résoudre. Après la conversation avec James, je n’avais d’autres choix que de m’y impliquer.

On estime que seulement 5% à 7% des livres sont disponibles dans des formats lisibles par les aveugles. Dans les pays en développement, où vivent la grande majorité de ceux-ci, ce pourcentage atteint à peine 1%. Nous avons donné un nom à cette insuffisance, la « famine de livres ».

Cette famine a deux causes, liées entre elles. Tout d’abord, les éditeurs n’ont tout simplement pas pris la peine de rendre leurs livres accessibles aux aveugles. La planète compte de 285 à 340 millions de personnes aveugles ou malvoyantes — pas assez, semble-t-il, pour justifier l’investissement en matière d’accessibilité. Face à cette défaillance du marché, on aurait pu penser que des bibliothèques aurait pris le relais. Mais, et c’est la seconde cause de cette famine, le droit d’auteur restreignait sévèrement les possibilités des bibliothèques en la matière. Un problème que ce traité vise à résoudre.

La solution sur laquelle KEI et l’UMA ont commencé à plancher en 2008 était simple. Ils ont cherché à concevoir un traité international qui établirait des exceptions au droit d’auteur pour les déficients visuels. Autrement dit, un traité qui ne relâcherait pas le droit d’auteur pour tout le monde, mais uniquement pour ceux-ci. Dans son essence, ce traité assouplirait cet instrument plutôt grossier qu’est le droit d’auteur, afin de l’adapter aux besoins réels d’un groupe humain particulier.

Cette idée fut bientôt reprise par un certain nombre de pays latino-américains, qui la présentèrent devant l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), à Genève. Après une série de discussions étalées sur plusieurs années, une conférence diplomatique pour parachever le traité fut finalement annoncée pour décembre 2012. Cette conférence a pris fin vendredi 26 juin 2013, lorsque cinquante-et-un pays signèrent le « Traité de Marrakech visant à faciliter l’accès des aveugles, des déficients visuels et des personnes ayant d’autres difficultés de lecture des textes imprimés aux œuvres publiées », du nom finalement retenu pour cet accord.

Les détails de ce traité relèvent du droit, et nous devrons attendre de voir comment certaines de ses clauses sont interprétées, mais, en bref, il devrait ouvrir les possibilités suivantes :

- permettre aux « entités autorisées » d’un pays (généralement des bibliothèques) d’envoyer directement des ouvrages accessibles aux « entités autorisées » ou aux aveugles d’autres pays. Avant ce traité, une telle pratique était souvent illégale, et donnait lieu à une immense accumulation de livres accessibles pris au piège des frontières nationales. En conséquence, les mêmes ouvrages devaient être rendus accessibles, en partant de zéro, dans chacun des pays où un aveugle sollicitait leur consultation.

- Le traité permet également le déblocage des verrous numériques (connus sous le nom de Digital Rights Management, DRM) sur les livres électroniques, au bénéfice des aveugles. Autrement dit, un livre Kindle (Amazon) ou un iBook (Apple) avec des DRM pourra être libéré, et imprimé en braille, sans passer par une demande d’autorisation auprès des titulaires des droits.

- De façon décisive, vers la fin des négociations, toute la partie du traité qui concernait la disponibilité commerciale a été abandonnée. Cette partie aurait requis des « entités autorisées » qu’elles vérifient si les livres étaient disponibles dans le commerce sur le marché local, avant de pouvoir apporter une version accessible de ceux-ci. Cela aurait introduit des formalités administratives substantielles, qui auraient eu un effet dissuasif sur la mise en œuvre du traité. Cela aurait également imposé des normes plus élevées pour les aveugles que pour les bibliothèques, ces dernières n’étant pas soumises à une telle obligation lorsqu’elles désirent mettre un livre à disposition de leur public (cette obligation de vérification de la disponibilité dans le commerce reste cependant optionnelle dans certains pays qui le prévoient dans leur législation, et choisissent de l’appliquer).

Ce traité a le potentiel de grandement améliorer les perspectives éducatives et professionnelles de millions de personnes visuellement déficientes partout dans le monde. Cependant, il n’entrera en vigueur que lorsqu’il aura été ratifié par vingt pays, ce qui pourrait prendre des mois, voire des années. Qui plus est, de nombreux pays seront sans doute obligés de revoir leur législation nationale avant de pouvoir utiliser les dispositions du traité. Aussi important soit-il, ce traité est juste un moyen pour atteindre un objectif encore lointain, la fin de l’inégalité d’accès aux livres pour les aveugles.

 

Des négociations difficiles

 

Le soulagement et l’émotion de ce mardi s’expliquent par le fait que, trois jours plus tôt, les négociations semblaient courir à la catastrophe. Samedi, le président de la conférence avait annoncé que les discussions étaient au point mort et avait menacé, en plaisantant, de fermer les aéroports. Son récit n’était pas injustifié. Durant les premiers jours de la conférence, certains négociateurs avaient fait preuve d’un cynisme remarquable.

En qualité d’observateurs, nous avions la possibilité d’écouter une retransmission des négociations depuis une salle voisine. Nous ne sommes autorisés à rien dévoiler de ce que nous avons entendu. Certains négociateurs étaient en désaccord avec d’autres tout en refusant d’expliquer pourquoi. D’autres délibéraient sur les clauses les plus fondamentales du traité, puis laissaient tomber. C’était de la politique politicienne de la pire espèce.

Au même moment, j’étais déçu de voir que certains lobbyistes de l’industrie côtoyaient si facilement les principaux négociateurs, surtout ceux des États-Unis. Ils le faisaient ouvertement dans les salles du Palais des Congrès où étaient menées la plupart des négociations, ainsi qu’à l’hôtel Atlas Medina où avaient lieu des discussions non-officielles. Durant la conférence, le Washington Post et le Guardian se sont inquiétés de l’ampleur du lobbying mené par les négociateurs américains de la Motion Picture Association of America (MPAA).

Malgré l’opposition initiale de la plupart des lobbyistes, le traité est cependant parvenu à s’imposer. Aucun pays n’était prêt à quitter la table des négociations d’un traité en faveur des aveugles. La seule question qui se posait était celle de savoir s’il serait suffisamment bon pour soulager la famine de livres. Les États-Unis et l’Union européenne, qui, suivant en cela leurs groupes de pression industriels, ne voulaient pas d’un traité aussi favorable aux aveugles que celui que nous avons obtenu, devront faire contre mauvaise figure bon cœur.

Notre reconnaissance va aux excellents négociateurs des pays en développement, qui ont défendu les intérêts des aveugles et refusé de céder aux pressions énormes des États-Unis et de l’Union européenne. Nombreux sont les pays et les négociateurs à avoir contribué, mais les délégations du Nigeria, de l’Équateur, de l’Inde, du Brésil et de l’Algérie se sont particulièrement distinguées. Leur professionnalisme et leur humanisme furent un antidote bienvenu au cynisme des Américains et des Européens. Tout ce que nous pouvons espérer maintenant, c’est qu’un tel mouvement se répercute sur d’autres négociations multilatérales.

Si ce traité devrait permettre d’améliorer significativement le quotidien des personnes malvoyantes, ce n’est pas là son seul intérêt. Il s’agit, pour la première fois, d’un traité sur le droit d’auteur qui prend en compte les droits des usagers, au titre des droits humains, plutôt que les seuls intérêts privés des titulaires de droits. C’est un traité qui introduit des exceptions à la propriété intellectuelle plutôt qu’une énième extension de celle-ci. C’est une sorte de traité des droits humains et d’auteur que les plus cyniques d’entre nous n’auraient jamais cru possible.

La cause des aveugles était certainement la plus « évidente » en matière de droits humains. Un échec, sur un sujet aussi moralement incontestable, aurait mis en pièces la crédibilité des Nations unies et de l’OMPI. Aussi petite soit-elle, cette victoire au royaume de la politique et du commerce internationaux est celle de l’humanité et de la décence sur le cynisme politique. Cela, au moins autant que le traité lui-même, mérite d’être célébré.

 

Le Monde diplomatique - jeudi 4 juillet 2013

 

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Mauritanie : la quête d’une dignité

 

Victimes de préjugés, les Mauritaniens handicapés répugnent à être des sujets de discussion ou de reportage, et n'aiment pas que l'on évoque leurs conditions de vie misérables, tant la douleur qui les tenaille est indicible.

 

La Mauritanie est située dans la partie nord-ouest de l'Afrique. Sa superficie équivaut à deux fois celle de la France, pour une population estimée à 3 500 000 habitants, composée de maures et de négro-africains. Elle est classée parmi les pays pauvres très endettés (PPTE). Le climat est sahélo-saharien, chaud et sec, particulièrement dans le nord qui est essentiellement un désert aride, la désertification y avance de 6 km par an. La vallée du fleuve constitue la terre la plus fertile, des plaines inondables y offrent des possibilités de cultures. Mais les sécheresses consécutives ont provoqué un exode rural massif vers les grandes villes, principalement Nouakchott, la capitale. Cet exode est marqué par une forte présence de personnes handicapées, plus grandes victimes des effets de ces sécheresses. Au moins 30% des femmes enceintes sont anémiques, d'où le faible poids des enfants à la naissance, avec des risques élevés de handicap. La mortalité infantile est très élevée, 144 pour 1 000 naissances en général, et 225 pour 1 000 enfants de moins de 5 ans. L'espérance de vie est de seulement 45 ans. Les maladies handicapantes sont omniprésentes : poliomyélite, otite aiguë, maladies oculaires cécitantes, troubles psychiatriques graves.

La plupart des personnes devenues handicapées l'ont été à la suite de maladies mal soignées. Mises au banc de leurs propres familles, elles vivent dans la marginalisation et le dénuement. Dénuement qu'affronte chaque jour Ousmane Guissé, 42 ans, handicapé moteur depuis l'enfance, paralysé des deux jambes après une injection mal faite suite à une chute. "Je suis le lead vocal de l'orchestre "Daande Lenol" [en français : "La Voix de la Communauté"] un groupe musical composé de personnes handicapées. Comme nous ne jouissons pas de la considération de la société et des organisateurs d'événements musicaux, nous sommes dans l'impossibilité de vivre de notre art. Les gens n'acceptent même pas d'assister à nos concerts ! Les préjugés à notre égard sont tenaces. Je suis donc obligé de travailler comme cireur et réparateur de chaussures pour nourrir ma famille de quatre personnes, et aussi l'habiller, la soigner et payer le loyer de ma chambre."

 

Trente années d'attente.

 

Les personnes handicapées en Mauritanie ont commencé à s'organiser dans les années 1970, avec la création de l'Union Nationale des Handicapés Physiques et Mentaux (UNHPM) rassemblant l'ensemble des catégories de handicaps. En 1990, cet ensemble se désintègre, les différentes catégories de handicaps créèrent des associations spécifiques qui se regroupèrent, par la suite, en une Fédération Nationale des Associations Nationales de Personnes Handicapées (FEMANPH). Depuis lors, cette structure, à travers un bureau exécutif, coordonne les actions communes. Le revers de la médaille est que seules les personnes handicapées des villes bénéficient du peu d'avantages accordés par les autorités publiques. Celles qui vivent dans les campagnes sont pratiquement oubliées.

Le Gouvernement n'a commencé à s'intéresser à la problématique du handicap dans le pays que trente ans après l'avènement du mouvement national des personnes handicapées. En 2006, l'Ordonnance n° 043/2006, portant promotion et protection des personnes handicapées, énonce des mesures audacieuses, dont l'accès à l'éducation et à l'information, la prévention, l'accès aux soins, la rééducation et la réadaptation, l'accessibilité aux édifices publics et aux moyens de transport, l'accès à la formation professionnelle et à l'emploi. Malheureusement, depuis cette date, le processus est au point mort, les décrets et arrêtés d'application se font toujours attendre. Ce qui fait qu'à l'heure actuelle les personnes handicapées ne disposent d'aucune prise en charge, et ne perçoivent aucune allocation. La création d'une structure de lutte contre la mendicité au sein du Commissariat aux droits de l'homme a lamentablement échoué, parce qu'elle ne reposait pas sur une vision pertinente.

 

Une vie extrêmement difficile.

 

"La vie des personnes handicapées est extrêmement difficile, reprend Ousmane Guissé. Nous sommes des laissés pour compte. Nous ne bénéficions d'aucune prise en charge de la part de l'État. La discrimination est très répandue, personne n'accepte d'employer des personnes handicapées. Ainsi, chacun se débrouille pour vivre. Même les diplômés n'arrivent pas à trouver du travail. La plupart d'entre nous sont obligés de s'adonner à la mendicité pour survivre. Je ne comprends pas pourquoi les personnes handicapées sont considérées ici comme des incapables. Il faut leur permettre de montrer la preuve contraire. Pour cela, il faut les former dans des métiers qui leur permettent de travailler à leur compte, en les aidant aussi à trouver des appuis financiers pour cela."

Abdoulaye Oumar Sy, 53 ans, a vécu une situation très différente. Le handicap ne l'ayant atteint qu'après ses études et alors qu'il avait un emploi, il a eu les capacités de se reclasser et de relever la tête : "Je suis actuellement Directeur administratif et financier de l'Association Nationale des Aveugles de Mauritanie (ANAM). J'ai écourté mes études au lycée pour me lancer, en 1981, dans la vie ouvrière pour subvenir aux besoins de ma pauvre famille, en passant par le Centre de formation de maîtrise de la Société Nationale Industrielle et Minière de Mauritanie (SNIM). J'en suis sorti avec un diplôme d'électromécanicien qui m'a permis de travailler jusqu'en 1992 avant d'être classé parmi les personnes handicapées, car j'étais en phase de devenir aveugle : par ignorance de ma part et négligence des médecins traitants, un glaucome m'a gagné."

Dix ans plus tard, alors qu'Abdoulaye Oumar Sy était devenu aveugle, il a intégré des organisations de personnes handicapées : "J'ai suivi une formation locale en braille, en informatique adaptée, en standard administratif et en gestion. Ce qui m'a permis de former plusieurs de mes concitoyens gratuitement, car ils sont laissés à eux-mêmes comme toutes les autres couches de personnes handicapées qui restent et demeurent les plus vulnérables, malgré le slogan du Président de la République qui stipule qu'il est "le président des pauvres"... À quoi peut servir le diplôme d'un aveugle en Mauritanie si sa personnalité n'est pas prise en considération dans les institutions publiques et privées ? À quoi bon ratifier les traités relatifs aux droits des personnes handicapées s'il n'y a pas d'application ?"

 

La mendicité comme moyen de survie.

 

Les statistiques concernant les personnes handicapées sont très rudimentaires, car non fondées sur un recensement fiable à partir de bases scientifiques bien définies. Mais selon l'Organisation Mondiale de la Santé, les personnes vivant avec un handicap représenteraient 7% de la population, soit 245 000 individus.

Cette population vit dans des conditions très difficiles. Beaucoup s'adonnent à la mendicité, tandis que d'autres se débrouillent pour vivre dignement, tant bien que mal. Et les plus chanceuses, lorsqu'elles trouvent un emploi, sont sujettes à l'hostilité de leurs collègues imbus de préjugés tenaces. Les malades mentaux sont laissés à eux-mêmes, végétant dans les rues ou au milieu de places publiques jonchées de débris de toutes sortes, vivant d'expédients alimentaires tirés des détritus. Aucune structure ne les prend en charge, malgré un foisonnement d'ONG dans le pays. Les rues et routes des grandes villes sont envahies par une nuée de personnes handicapées mendiantes. On y croise des aveugles implorant les automobilistes de leur faire l'aumône, des personnes en chaise roulante au milieu des voies de circulation automobile, tendant la main pour quelques piécettes. Au péril de leur vie. Et aussi quelques sourds-muets faisant des gestes de la main pour attirer la compassion des passants.

La Mauritanie est une République islamique. L'islam est la religion d'État, donc de tous les Mauritaniens. Dans ses enseignements, l'Islam commande tolérance, solidarité et fraternité entre tous les êtres humains. Mais sur le plan strictement social, le fossé entre ces enseignements et la pratique est béant. Il n'est jamais question de recommandations d'appuyer les individus vulnérables, en particulier les personnes handicapées, pendant les prêches ou les conférences publiques. Les droits de l'Homme sont les derniers soucis des érudits, la plupart étant des conservateurs endurcis. Ces érudits ne mènent aucune activité dans la promotion des droits humains des personnes handicapées. Et pourtant, certains d'entre eux sont très écoutés. Les fidèles profitent de la grande prière du vendredi pour glisser l'aumône aux nombreux mendiants qui envahissent les mosquées ce jour-là, dont une majorité de personnes handicapées, plus par superstition car, dans leur esprit, il s'agit de sauver leurs âmes. Passé cela, le respect des enseignements du Coran ne préoccupe pas grand monde..

 

Mamadou Alassane Thiam, avril 2012
(publié dans le Bulletin de la CFPSA).

 

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Une révolution dans la culture du riz ?

 

À l’heure où l’on se pose beaucoup de questions sur la capacité de la Terre à nourrir l’humanité, il existe une méthode de culture du riz qui apparaît très prometteuse. Elle a vu le jour au début des années 1980, à Madagascar et depuis, elle s’exporte dans le monde entier. Les paysans sont sceptiques au départ, mais une fois qu’ils voient leurs rendements augmenter, ils persévèrent et font tout pour diffuser cette méthode.

Le SRI ou Système de riziculture intensive porte un nom trompeur. Ce n’est pas un mode de culture intensive. Dans les pays où il est pratiqué les paysans l’ont rebaptisé, « riz de huit jours » ou « plants de deux tiges », noms beaucoup plus adaptés pour désigner cette méthode de culture du riz. Elle a été découverte par hasard en 1983, par l’ingénieur agronome et Père jésuite Henri de Laulanié. Cette technique va à l’encontre de croyances bien ancrées sur la culture du riz et, grâce à elle, les rendements sont meilleurs. Elle repose sur deux points essentiels : la gestion de l’eau dans la rizière et le repiquage des plants jeunes.

Une formule économe en eau…

 

Pour la plupart des gens, riziculteurs ou non, le riz est une plante aquatique. Il pousse traditionnellement dans des champs inondés. Or, le Père de Laulanié a découvert qu’une bonne gestion de l’eau dans la rizière, en alternant des périodes humides et sèches, favorise le développement des racines et la vigueur du plant. Les racines sont davantage stimulées par une terre aérée que lorsqu’elles sont noyées. La démonstration par l’exemple est flagrante, comme le montre sur une vidéo, Edline, paysanne malgache qui pratique le SRI. Elle arrache un de ses pieds de riz pour le comparer à celui d’un champ mitoyen. La taille des racines, beaucoup plus longues et touffues et la grosseur de son plant, qui a développé de nombreuses tiges, n’ont rien de comparable avec le plant du voisin. Elle témoigne : « un grain peut produire plus de 100 tiges avec le SRI ». Au début, la perspective de résultats aussi encourageants la faisait douter. Après avoir testé ce procédé sur une petite parcelle, elle a été convaincue et l’a appliqué à l’ensemble de ses terres. Elle est ainsi passée d’un rendement de deux tonnes à l’hectare, en méthode traditionnelle, à 12,5 tonnes à l’hectare grâce au SRI. Les résultats obtenus ne sont pas toujours aussi spectaculaires mais, il est courant qu’un riziculteur qui adopte cette méthode parvienne à multiplier par deux, voire plus, ses rendements, tout en faisant des économies. Cette gestion mesurée de l’eau, en fonction des besoins du riz, permet d’en utiliser environ deux fois moins    que le système irrigué traditionnel.                             

Et en semences

 

Le deuxième point important du SRI est le repiquage. Habituellement, celui-ci s’opère au bout de 45 jours, quand la tige est déjà haute. Avec la technique du Père de Laulanié, on peut le repiquer au bout de huit jours seulement. Là encore, cela va à l’encontre de bien des idées reçues et c’est ce qui rend méfiants de nombreux paysans. De plus, la manière de planter ces jeunes pousses est très importante. Alors qu’elles ne dépassent pas la hauteur de la main, il faut les mettre en terre de façon espacée (au moins 30 centimètres) et en ligne. Cela permettra de désherber la rizière par la suite, en la sarclant. Là où le système traditionnel met plusieurs plants âgés dans le même trou, le SRI préconise de replanter les jeunes pousses une par une. De cette façon, les tiges principales sont préservées et elles permettent à la plante de se développer et de produire de nombreuses autres tiges. Ainsi, un grain de riz produit bien plus et les paysans peuvent économiser les semences. Comme le dit si bien Edline, « un minimum de semences pour un maximum de rendement, contrairement à la méthode traditionnelle ». Aujourd’hui, en pratiquant le SRI, elle consomme dix fois moins de semences. Elle est donc entièrement convaincue et elle essaye de persuader les femmes de son village d’adopter ce procédé. Mais le poids des traditions et les habitudes restent très présents et il n’est pas facile de faire accepter aux cultivateurs de nouvelles méthodes. En outre, l’adoption de ce système n’est possible que lorsque l’on peut gérer l’eau dans la rizière, en mettre à certains moments et l’évacuer à d’autres. Cela se fait généralement grâce à un système de canaux, les rizières étant souvent en fond de vallée, l’eau arrive des hauteurs. De plus, la rizière doit être bien plane, pour que tous les pieds de riz puissent avoir autant d’eau. Les détracteurs du SRI avancent l’argument du travail supplémentaire que cela représente. Mais la preuve est là, les paysans qui l’ont choisi ne font pas machine arrière. Au Cambodge, où le gouvernement soutient le SRI, plus de 100 000 fermiers l’ont adopté en huit ans, mais ils ne représentent encore que 5% des agriculteurs du pays.
Économe en eau et en semence, le SRI est une méthode naturelle, puisqu’elle permet d’éviter l’usage de pesticides et utilise le compost pour enrichir les terres et non les engrais chimiques. Ceux-ci sont trop chers et l’engrais naturel les remplace avantageusement. Les paysans qui décident de mettre en place cette technique doivent changer leurs habitudes et faire une formation. L’association Tefy Saina est là pour les aider et les accompagner dans leur démarche.


        La découverte du SRI

Le Père de Laulaniè vivait déjà depuis plus de 20 ans à Madagascar, où il pratiquait le Système de riziculture amélioré (SRA), quand survint une période de sécheresse en 1983. Il suggéra alors aux étudiants du centre de formation agricole d’Antsirabe, où il travaillait, de repiquer les jeunes plants de 15 jours pensant qu’ils seraient suffisamment grands quand la pluie viendrait. S’attendant à une maigre récolte, il fut surpris de voir son champ si productif cette année-là. En plus de sauver sa récolte, le Père a ainsi découvert une manière de cultiver le riz qui semblait prometteuse. Il poursuivit ses travaux et ses essais et c’est ainsi qu’il mit au point le SRI, avec un âge de repiquage des plants abaissé à huit jours. Cette méthode de culture du riz aux rendements exceptionnels ne s’est pas éteinte avec le décès du Père, en 1995. Au contraire, grâce à ses écrits et à l’action de l’association Tefy Saina, le SRI a continué d’être diffusé. Le nom de l’association, créée en 1990, signifie littéralement « forger les esprits » en malgache. Un travail de longue haleine pour ses membres qui rencontrent bien des résistances. Ce sont notamment les amis du père disparu, convaincus par le système de riziculture intensive, qui ont repris le flambeau et oeuvrent pour le promouvoir. Cela se fait aussi grâce à la mise en place de projets pilotes qui permettent de vulgariser cette technique. « Nous, nous adoptons les techniques de l’agriculture biologique », témoigne M. Edmond, membre actif de l’association qui a créé un champ-école. Ses terres sont un lieu d’apprentissage où les enfants viennent s’initier aux techniques agricoles, pendant les vacances.

 

Un procédé qui voyage


Depuis qu’il a vu le jour, ce système s’est exporté dans plus de 32 pays producteurs de riz, en Afrique, en Asie et en Amérique. Les paysans ne l’acceptent pas d’emblée, mais ce travail sur le long terme et la démonstration par l’exemple permettent de convaincre de plus en plus de riziculteurs de l’efficacité de cette méthode naturelle. En dehors des champs, des chercheurs se sont aussi penchés sur ces exploits, notamment le professeur Norman Uphoff de l’Institut Cornell de New York, CIIFAD. Dans son pays de naissance, le SRI fait des prouesses, des paysans récoltent jusqu’à 20 tonnes à l’hectare, dans les meilleurs des cas, quand la moyenne nationale est d’environ deux tonnes à l’hectare.

Un autre exemple est l'Inde. Les principaux fers de lance du SRI dans l’Andhra Pradesh sont l’ONG internationale WWF et l’Institut de recherche international sur les cultures dans les régions semi-arides (Icrisat), qui collaborent en vue de promouvoir une utilisation plus rationnelle de l’eau dans l’agriculture. La Banque mondiale est un autre champion du SRI. Œuvrant avec le Tamil Nadu à l’amélioration du réseau d’irrigation, elle a contribué à la mise en application du SRI sur 450 000 hectares. Son raisonnement : “Toute croissance significative de l’agriculture passe par une augmentation du rendement et une rationalisation de l’usage de l’eau.” Et elle met en garde que, d’ici à 2020, la demande indienne d’eau excédera toutes les sources d’approvisionnement. Le pays devant accroître sa production de riz de 2,5 millions de tonnes par an, il ne peut espérer y parvenir par les méthodes de culture conventionnelles, qui engloutissent 4 000 à 5 000 litres d’eau par kilo de riz. L’Inde ne peut pas non plus porter ses superficies irriguées au niveau requis en raison d’une insuffisance de terres et d’eau. Le Tamil Nadu promeut le SRI parce qu’il figure parmi les États les plus arides du pays, ne recevant que 925 millimètres de précipitations annuelles.

 

Sources : http://lagedefaire-lejournal.fr

 

http://www.courrierinternational.com

 

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Courrier du Sud

 

Courriel reçu le 16 mai 2013 du directeur
du Centre d’Enseignement Spécialisé pour Aveugles de Lomé (Togo)

 

Monsieur le président,

Nous sommes très heureux de réceptionner votre colis contenant : la méthode d’apprentissage du braille abrégé, le nouveau Code Braille Français Uniformisé, en braille et en imprimé, et les deux livres de musicographie braille.

Nous venons, à travers cette lettre, remercier très sincèrement votre Commission de la Solidarité Internationale pour cette aide précieuse.

Vous venez par ce beau geste d’enrichir notre centre des outils dont il a besoin pour une éducation complète de nos élèves. Désormais nous utiliserons les mêmes symboles braille que les autres écoles, surtout en mathématique, en abrégé et en musique.

Nous nous réjouissons de compter parmi vos partenaires et nous ferons tout pour consolider cette relation d’amitié.

Recevez nos sincères salutations.

Le Directeur, AMEGADZIE Koffi Mawunyo

 

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Rubrique humour

 

Quelques subtilités linguistiques :

 

1. Le plus long palindrome de la langue française est « ressasser ».

2. « Squelette » est le seul mot masculin qui se finit en « ette ».

3. « Institutionnalisation » est le plus long lipogramme en « e ». C'est-à-dire qu'il ne comporte aucun « e ». Ni aucun « w », mais la chose est déjà nettement moins remarquable.

4. L'anagramme de « guérison » est « soigneur ».

5. « Où » est le seul mot contenant un « u » avec un accent grave ; or le ù a aussi une touche de clavier à lui tout seul.

6. Le mot « simple » ne rime avec aucun autre mot. Tout comme « triomphe », « quatorze », « quinze », « pauvre », « meurtre », « monstre », « belge », « goinfre » ou « larve ».

7. « Endolori » est l'anagramme de son antonyme « indolore », ce qui est paradoxal.

8. « Délice », « amour » et « orgue » ont la particularité d'être de genre masculin et deviennent féminin à la forme plurielle. Toutefois, peu sont ceux qui acceptent l'amour au pluriel. C'est ainsi.

9. « Oiseaux » est, avec 7 lettres, le plus long mot dont on ne prononce aucune des lettres : [o], [i], [s], [e], [a], [u], [x]. « Oiseau » est aussi le plus petit mot de la langue française contenant toutes les voyelles.

 

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Recette : Le poulet DG

 

Cette recette nous est proposée par Christian Kwessi, militant de la CSI. Le poulet DG est le plat de référence au Cameroun ! DG pour "Directeur Général" car c'est un plat qui est souvent cuisiné pour recevoir les personnalités. Un véritable délice qui fait toujours l'unanimité. Facile !

 

Préparation : 45 minutes.

Cuisson : 20 minutes.

 

Pour 6 personnes :

 

- 1 gros poulet de 2 kg,

- 8 bananes plantains mûres,

- 2 gros oignons,

- 3 tomates moyennes,

- 2 cuillères à soupe d'huile,

- 200g de coulis de tomates,

- 2 gros poivrons (1 rouge et 1 vert),

- 2 petits piments (facultatif),

- 4 grosses carottes,

- Paprika,

- Gingembre en poudre,

- 4 épices,

- 1 bouquet garni,

- Sel, poivre.

 

1. Nettoyer le poulet et le découper en morceaux.

Cuire le poulet pendant 10 minutes dans un grand volume d'eau avec du sel et du poivre. Une fois cuit, faire dorer les morceaux à la friteuse ou la poêle sur toutes les faces.

 

2. Éplucher 6 des 8 bananes plantains. Les couper en deux dans le sens de la longueur, puis en petits cubes épais dans le sens de la largeur.

Saler légèrement et faire frire dans une friteuse jusqu'à ce qu'ils soient bien bruns. Réserver.

 

3. Préparer les légumes. Éplucher les carottes et les couper en diagonales pour obtenir des morceaux épais et esthétiques. Réserver.

 

4. Émincer les oignons. Réserver.

 

5. Laver, évider et couper les poivrons en quartiers épais. Réserver.

Laver et détailler les tomates en petits morceaux. Réserver.

 

6. Dans une grande casserole, faire sauter les oignons dans l'huile chaude. Dès qu'ils sont translucides, incorporer les autres légumes et les tomates. Couvrir et laisser cuire à feu moyen pendant 5 minutes.

Incorporer ensuite le coulis de tomates, le bouquet garni et toutes les autres épices. Couvrir et laisser cuire 10 à 15 minutes (en fonction du degré d'acidité de la tomate).

Ajouter les morceaux de poulet. Bien les mélanger à la sauce aux légumes.

Incorporer enfin les cubes de plantain frits. Mélanger délicatement pour ne pas les émietter (2 minutes), puis éteindre le feu.

Éplucher et couper les deux plantains restants en diagonales, faire frire les morceaux et servir avec le poulet DG.