SOLIDARITÉ MAGAZINE

Bulletin Semestriel

de la Commission de la Solidarité Internationale

de Voir Ensemble

 

Numéro 41                                                 second semestre 2013

 

Siège : Voir Ensemble, Solidarité Internationale,

15 rue Mayet, 75006, Paris

 

Téléphone (Président) : 09 50 73 98 90

 

Adresse électronique : y.dunand@free.fr

 

CCP : Voir Ensemble, Solidarité Internationale, 5755065L020

 

Équipe de Rédaction : Yves Dunand, Caty Cavaillès,

Cécile Guimbert, Robert Divoux

 

 

« L'avenir, tu n'as pas à le prévoir, mais à le permettre. »

 

Antoine de Saint-Exupéry

 

Ce bulletin est distribué gratuitement, mais en raison des frais élevés qu'il engendre, les dons à la Commission de la Solidarité Internationale sont les bienvenus. Ces dons peuvent être adressés directement au Siège de l’association, Voir Ensemble, Commission de la Solidarité Internationale, 15 rue Mayet, 75006 Paris. Les chèques doivent être libellés à l'ordre de "Voir Ensemble, Solidarité Internationale". Nous enverrons en retour un reçu fiscal car tout don effectué à une association reconnue d'utilité publique donne droit à une déduction fiscale d’au moins 50% de son montant.


Au sommaire

L’avenir, tu n’as pas à le prévoir, mais à le permettre par Caty Cavaillès, vice-Présidente de la CSI

Nos trois vœux  par Dominique Quinio

Nouvelle composition du Comité de la CSI

Angélisme, ou volonté de se faire frère par Robert Divoux

Rassemblement de la CSI à Clermont-Ferrand par Yves Dunand, Président de la CSI

Historique des structures de  déficients visuels au Tchad par Noubadoum Mayengar

Projet de création d’une fondation panafricaine dédiée à l’innovation dans la promotion des personnes en situation de handicap (FIPHA) par Dr. Gaoussou Diarra, consultant et chercheur indépendant  en économie politique internationale

La Solidarité Internationale fait  salle comble à Voir Ensemble ! par Yves Dunand

La voix de l'amitié (poème de Véronique Laurès)

« L’union fait la force » par Christian Kwessi Deutia

Rapport pour l’année scolaire 2012-2013 par Medakouang Tchoupou Herman, enseignant spécialisé au Centre des Jeunes Aveugles de Dschang

Bilan de 5 années de fonctionnement  des centres d’Alphabétisation  par Guy Yameogo, Président de l’UN-ABPAM

Célébration de la Journée Internationale de  la Canne Blanche au Togo :  une journée portes ouvertes  pour impliquer la population par AYASSOU Komivi, Président de  l’Association Togolaise des Aveugles (ATA)

À la croisée des chœurs : un CD où  aveugles de France et du Cameroun  chantent pour la même cause par Jean-Paul Millier, membre de la  CSI et Président d’Aveugles Sans Frontières

La déficience visuelle en Afrique

Ensemble faisons fleurir nos différences  par Soeur Véronique Margron

Une aide concrète pour  57 handicapés visuels en Haïti

Courrier du Sud

Rubrique humour

Recette italienne : Le Tiramisu

 

 


L’avenir, tu n’as pas à le prévoir, mais à le permettre
par Caty Cavaillès, vice-Présidente de la CSI

 

Lorsqu’au fil de mes lectures, au détour d’une page de l’ouvrage si porteur d’espérance du sociologue Jean-Claude Guillebaud, « Une autre vie est possible », je suis tombée sur cette pensée au caractère éminemment prophétique d’Antoine de Saint-Exupéry, « L’avenir, tu n’as pas à le prévoir, mais à le permettre », j’ai immédiatement eu l’impression d’avoir entre les mains une perle magnifique. J’en suis restée sans voix, bouleversée, interdite. Pourquoi ? Parce que le père du Petit Prince, avec la sagesse et la délicatesse de cœur qui le caractérisent, dessine de façon lumineuse une petite clé d’or pour la bonne compréhension de l’évolution de notre monde, celle d’un visionnaire. Il nous invite à entrer dans une disposition d’esprit empreinte à la fois d’un optimisme à toute épreuve et d’une humilité salutaire. Nous ne savons pas de quoi sera fait l’avenir, mais ici et maintenant, nous pouvons poser un regard positif, l’accueillir, agir, réagir résolument, avec d’autres, préparer demain, nous atteler inlassablement à le construire sans faillir.

Si la pertinence de cette disposition ne m’a pas échappé dans le domaine de ma vie personnelle, professionnelle, j’en ai saisi en même temps toute la portée pour le vivre ensemble, l’insertion dans la société, la dimension du bien commun, et, plus particulièrement, dans notre engagement au sein de la Commission de la Solidarité Internationale de Voir Ensemble, pour un monde plus juste, plus humain.

Depuis plus de vingt ans que nous militons au sein de notre instance, combien de fois ne nous sommes-nous pas interrogés fort légitimement sur le choix de nos actions, par souci d’utiliser le plus judicieusement possible tous ces généreux dons que nous recevons. Ainsi avons-nous vu souvent affleurer bien des questions : « Aujourd’hui, nous répondons favorablement au financement de cette école, de ce centre d’alphabétisation, de ce projet générateur de revenus, de ce séminaire ; pour « apprendre au pêcheur à pêcher », nous initions même la formation d’enseignants, de formateurs ; à la lecture de courriers, de courriels, nous aidons ce groupement, cette association, par le partage d’expériences, de savoir-faire, ou par l’achat de matériel… Enfin, après une étude approfondie, une réflexion bien mûrie, nous prenons la décision de soutenir en totalité ou plus fréquemment partiellement tel ou tel projet d’un partenaire. Mais sommes-nous bien assurés que ce projet est fiable, viable, qu’il va perdurer ? Est-ce bien raisonnable ? Avons-nous bien pesé, soupesé le pour et le contre, les chances de succès ? » 

Au fil des ans, pour endiguer le flot de nos interrogations, nous tentons de rationaliser notre soutien à nos frères et sœurs déficients visuels par le choix de critères de sélection ; nous nous dotons de procédures pour mieux cheminer avec nos partenaires ; nous nous attachons à garder le cap, à ressaisir le sens de nos actions solidaires, si modestes soient-elles. Toutefois, en dépit de tout le sérieux avec lequel nous nous efforçons d’agir, nous savons bien que nous ne sommes pas des démiurges : impossible de forger par notre seule volonté l’avenir ! Nous influons si peu, minuscules fourmis laborieuses, sur la Création. Nos doutes persistent et persisteront. Les projets que nous soutenons aujourd’hui, subsisteront-ils encore demain ? Tous nos efforts, quelles que soient les précautions que nous prenions, n’auront-ils pas été vains ?

Cet implacable constat se vérifie régulièrement dans tous les pays où nous intervenons, dont l’économie est si fragile, la politique sociale et médico-sociale quasi inexistante, l’engagement de l’État vis-à-vis des personnes handicapées trop souvent balbutiant. De plus, cette réalité se révèle encore plus prégnante dans les contrées traumatisées par une catastrophe naturelle comme en HaÏti avec son terrible séisme dévastateur, ou dans des régions tout juste sorties des affres de conflits armés, en Côte d’Ivoire par exemple, au Kivu en RDC, au Congo Brazzaville, ou bien encore actuellement dans la Centrafrique au bord de la guerre civile. Ne perdons pas de vue que, dans de tels contextes, les personnes handicapées sont parmi les plus vulnérables, sans défense, laissées-pour-compte, abandonnées.

Ainsi, fort de notre expérience, convaincus que, quoi que nous fassions, nous ne serons jamais assurés de la pérennité de nos actions de solidarité, loin d’être découragés, nous sommes galvanisés. C’est que, depuis longtemps, nous ouvrons toute grande la fenêtre que nous désigne Antoine de Saint-Exupéry. Oui, indéniablement, nous ne pouvons prévoir l’avenir, mais, indubitablement, nous nous efforçons de le permettre. Nous ignorons si les projets que nous soutenons vont tenir, mais ce qui est pris est pris et n’a pas de prix. Avec nos partenaires, en confiance, en fraternité, dans un mutuel respect, nous bâtissons au quotidien. Nous semons et nous espérons que d’autres récolteront, avec ou sans nous, demain, voire après-demain.

Pour vous en persuader, si ce n’est déjà fait, je vous invite à tourner les pages de notre 41ème numéro de Solidarité Magazine. Feuilletez-le avec cet éclairage. Son contenu y prendra une tonalité singulière, une perspective toute particulière, nimbée de lumière.

Vous y trouverez des pistes de réflexion qui, dans les pas du Christ notre frère, contribuent à donner du sens, de la dimension à nos gestes solidaires ; vous les suivrez sur les traces de Dominique Quinio, Robert Divoux et Véronique Margron. Vous verrez comment concrètement notre équipe tâche de mettre en musique, sous la baguette de son infatigable et emblématique chef d’orchestre Yves Dunand, les diverses partitions solidaires de notre Commission. Vous découvrirez la composition du Comité partiellement renouvelé de la CSI après les dernières élections. Vous lirez le compte rendu fort détaillé de notre 11ème rassemblement de la solidarité à Clermont, où nous avons été merveilleusement reçus par Christiane Audebert, Présidente du groupe, qu’avec ses collaborateurs, une fois encore, avec chaleur, nous remercions ; de plus, vous serez captivés par les interventions de nos partenaires, Noubadoum Mayengar du Tchad et le Docteur Gaoussou Diarra du Burkina Faso. Vous apprendrez avec joie qu’un concert de soutien à nos actions a été donné avec succès par Meryem Dogan et ses amis en novembre au Siège même de Voir Ensemble. De chants, il en sera aussi question avec Jean-Paul Millier et les enfants du Centre des Aveugles de Dschang au Cameroun et de l’Institut Départemental d’Éducation Sensorielle de Paris, par la réalisation d’un album, vrai trait d’union entre le Sud et le Nord, petit trésor. Les témoignages de Christian Kwessi Deutia et de Medakouang Tchoupou Herman du Cameroun, de Guy Yameogo du Burkina Faso, d’Ayassou Komivi du Togo, de même que les articles du Nouvelliste, journal haïtien relatant deux initiatives prometteuses pour les travailleurs handicapés de ce pays, sans omettre le courriel de remerciement de Nabédé Paoubadi, directeur d’une école d’aveugles à Sokodé au Togo, attesteront de l’incroyable vitalité si communicative de nos partenaires. Un poème de Véro, un zoom sur les causes de la cécité en Afrique, les habituelles rubriques « Humour » et « Recette », (aujourd’hui, celle du tiramisu), complèteront agréablement ce numéro. Prenez tout votre temps pour le savourer bien comme il faut.

Puissiez-vous, à la lecture de ce bulletin, appréhender un peu mieux combien en faisant nôtre la devise de Gandhi, « Un pas à la fois me suffit », ensemble nous travaillons humblement à faire naître demain, dans l’espérance si radieuse et lumineuse du petit matin.

 

Saverdun, le 27 janvier 2014

 

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Nos trois vœux
par Dominique Quinio

 

Joie, santé, paix. Trois mots qui éclairent les vœux que nous échangeons avec tendresse quand une année, épuisée, passe le relais à la suivante, toute frémissante d’espoirs et de promesses. Un tiercé à décliner dans l’ordre ou le désordre, peu importe. À vous lecteurs, donc, La Croix souhaite joie, santé, paix. Pour vous-mêmes et pour tous ceux qui vous sont chers.

Dans un journal quotidien que nourrit l’actualité du monde, formulons ensemble des vœux semblables pour notre planète et notre pays, des vœux qui n’oublient pas les malheurs et les souffrances vécus – la pauvreté, les violences, le chômage, l’exil… – mais qui espèrent en des lendemains plus lumineux. Joie pour les peuples?: qu’ils sachent trouver dans la fraternité les ressorts d’une vie meilleure. Santé pour les institutions, les démocraties, les États?: pour qu’ils retrouvent la confiance des citoyens et construisent une société plus juste, ouverte à la vie, moins égoïste, moins matérialiste… Et paix entre les nations, entre les religions, entre les générations, entre les sexes, entre les milieux sociaux, pour que, par l’union des intelligences et des volontés, soient recherchées des solutions innovantes aux problèmes contemporains.

Paroles verbales?? Causes désespérées?? Ne laissons pas le dernier mot au scepticisme. Le premier des vœux à formuler est que nous retrouvions foi en notre capacité à changer le monde, à agir. Le sort de la planète ne dépend pas seulement des « grands » de ce monde, mais de l’addition d’engagements minuscules et majuscules. Partout, des « militants » de la solidarité en font la preuve. Il est aujourd’hui, au sein d’une actualité tragique, trois hommes qui refusent de se résigner : un archevêque, Mgr Dieudonné Nzapalainga, un pasteur évangélique, Nicolas Guerekoyame-Gbangou et un imam, Omar Kobine Layama. En Centrafrique, ils refusent contre vents et marées de voir leur pays englouti dans une « guerre de religions » et s’allient pour qu’un jour leur terre commune retrouve un avenir de coexistence sereine. Pour 2014, souhaitons que se lèvent, partout, de ces hommes et de ces femmes qui croient que rien n’est jamais perdu pour la paix et la justice.

La Croix, Éditorial du mardi 31 décembre 2013.

 

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Nouvelle composition du Comité de la CSI

 

Suite aux élections qui ont eu lieu à l’occasion de la dernière Assemblée Générale de la Commission à Clermont-Ferrand, le 22 septembre 2013, voici la nouvelle composition de l’équipe. Toutes et tous, nous sommes à votre service.

 

Composition du Bureau

 

Président : Yves Dunand (non-voyant, Villejuif)

Vice-Présidente : Caty Cavaillès (non-voyante, Saverdun)

Vice-Président : Mohamed Azzouz (non-voyant, Champigny)

Trésorier : Martial Lesay (voyant, Paris)

Secrétaire : Cécile Guimbert (non-voyante, Paris)

Secrétaire adjoint : Nicolas Kokouma (non-voyant, Villeurbanne)

Déléguée nationale au CCFD : Marie-Claude CRESSANT (non-voyante, Montereau)

 

Autres membres du Comité :

 

- Gilles Alliouz (mal-voyant, Saverdun)

- Michel Fradin (voyant, Saint-Pons de Thomières)

- Bernadette Uhrès (mal-voyante, Varrennes-Vauzelles)

- Jean-Paul Millier (non-voyant, Talant)

- Valérie Haccart (mal-voyante, Villeneuve d'Ascq)

 

Membres de droit :

 

- Jacques Charlin, Président de l’Association (non-voyant, Villeurbanne)

- Marion Montessuy, Directrice Générale de l’Association (voyante, Paris)

- Père Roger Lordong, Aumônier national (voyant, Lyon).

 

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Angélisme, ou volonté de se faire frère
par Robert Divoux

 

Récemment un journaliste de France-Culture, Philippe Meyer, centrait sa réflexion sur l’accusation d’angélisme portée contre les partisans de la réforme pénale.

Pourtant, disait-il, ne faut-il pas s’efforcer de tempérer le réalisme, qui commande - à juste titre - de contenir et de réprimer le crime et les criminels, par un humanisme qui se refuse à dépouiller les délinquants des droits, de la dignité et de l’espoir d’une seconde chance que nous avons appris à reconnaître à tout être humain.

Cet humanisme, continuait-il, n’est certes pas une politique, c’est un surmoi, une orientation, un idéal, un impératif moral, un degré de civilisation. Mais ce degré de civilisation est bien fragile, sans cesse menacé par l’égoïsme, par le cynisme qui choisit de flatter les préjugés du moment pour donner l’exclusivité à son intérêt personnel.

Ne peut-on élargir cette réflexion du journaliste aux centaines de millions de personnes en situation difficile dans le monde ? Serait-ce de l’angélisme, de l’utopie que de chercher les causes (si nombreuses !) des dysfonctionnements de nos sociétés, de notre vivre-ensemble, et de mettre en œuvre des moyens pour y remédier ? Ne faudrait-il pas en premier lieu donner une plus grande place à la notion de bien commun dans notre vie sociale, économique, politique ? Ce bien commun dont le concile Vatican 2 nous dit qu’il doit prendre en compte l’ensemble des besoins et des légitimes aspirations de la famille humaine (L’Église dans le monde de ce temps n° 26).

Cet effort commence par les choix personnels de chacun de nous. Georges Brassens un jour a eu cette phrase : « La seule révolution possible, tu vois, c’est d’essayer de s’améliorer soi-même, en espérant que les autres feront la même démarche ; le monde ira mieux alors. » Il avait choisi le bon chemin. Mais il n’avait pas bien estimé ses dimensions ! Car cette goutte d’eau indispensable doit rejoindre d’autres gouttes d’eau pour s’unir, devenir fleuve et vivifier la Terre sur laquelle se déroulent nos vies.

À sa place, le mouvement Voir Ensemble, et donc la CSI au sein de ce mouvement, rassemble nos gouttes pour constituer un petit ruisseau qui alimentera ce courant.

Récemment le pape François s’est entretenu avec Eugenio Scalfari (fondateur de « La Repubblica », quotidien italien de centre-gauche). Ce dernier rapporte dans son journal :

Le Pape François me dit : "Les maux les plus graves qui affligent le monde aujourd'hui sont le chômage des jeunes et la solitude dans laquelle sont abandonnés les vieillards. Les personnes âgées ont besoin de soins et de compagnie ; les jeunes de travail et d'espérance, mais ils n'ont ni l'un ni l'autre et, hélas, ils ne les recherchent même plus. Ils ont été écrasés par le présent. Dites-moi : peut-on vivre écrasé par le présent ? ... Voilà, selon moi, le problème le plus urgent auquel l'Église est confrontée."

Je lui dis alors : "c'est avant tout un problème politique et économique qui concerne les États, les gouvernements, les partis, les associations syndicales..."

"Oui, vous avez raison, mais ce problème concerne aussi l'Église, je dirai même surtout l'Église car cette situation ne blesse pas seulement les corps, mais aussi les âmes. L'Église doit se sentir responsable des âmes, comme des corps."

 

Revenons à notre point de départ : est-ce de l’angélisme que de viser le monde entier quand nous voulons participer à son évolution en l’orientant en ce sens ? Est-ce irréaliste de vouloir privilégier les personnes qui sont dans les situations les plus difficiles, ceux qu’on nomme en général "les plus pauvres" ? Soyons persuadés du contraire : c’est le seul chemin qui débouche sur un monde fiable. Et il est en plus commun à toutes les femmes et tous les hommes de bonne volonté, qu’ils croient au ciel ou qu’ils n’y croient pas.

Les premiers peuvent s’appuyer sur cette parole du Christ :

« En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ! » (Matthieu 25, 40)

Et rien n’empêche les seconds d’accepter, pour éclairer leur chemin, cette source de lumière parmi les autres sources qui les guident.

 

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Rassemblement de la CSI à Clermont-Ferrand
par Yves Dunand, Président de la CSI

 

Le onzième rassemblement de la Commission de la Solidarité Internationale de Voir Ensemble s’est déroulé à Orcines, près de Clermont-Ferrand, les 21 et 22 septembre 2013, autour du thème « Les aveugles du Sud acteurs de leur propre développement ». En premier lieu, nous tenons à féliciter une fois encore Christiane Audebert et toutes les personnes qui l'ont assistée dans l'organisation remarquable de ce week-end qui a tenu toutes ses promesses ! Le choix du lieu d'accueil s'est avéré parfait à tous égards, et plus encore grâce au soin que nos amis ont eu d’ajouter l’inscription des numéros de chambres en braille sur les portes et de nous distribuer la description des locaux transcrite à notre intention.

La journée du samedi a débuté par une visite guidée du Puy de Lemptégy, un volcan à ciel ouvert, issu de l’extraction pendant 60 ans des scories et de la pouzzolane. Une visite commentée par un guide passionnant, sous un chaud soleil d'automne, qui a remporté un succès unanime auprès des participants !

Au cours de l’après-midi, temps fort du rassemblement, Caty Cavaillès et Nicolas Kokouma ont apporté leurs témoignages riches et vivants autour des expériences vécues au Cameroun et au Togo, exposés qu'est venu compléter notre partenaire tchadien Noubadoum Mayengar, retraçant l'historique des écoles et associations typhlophiles de son pays, mettant aussi en exergue le soutien apporté par la CSI aux activités du GDVFP qu'il préside (Groupement des Déficients Visuels pour la Formation Professionnelle).

Puis Gaoussou Diarra, jeune malvoyant d’origine burkinabé, docteur en économie de développement, nous a fait part, d’abord, de ce qu’il a pu connaître dans son pays en tant que membre de l’Association Burkinabé pour la Promotion des Aveugles et Malvoyants, puis de ses réflexions autour des thèmes de la recherche de partenariat et de l’employabilité des personnes aveugles dans les pays en développement.

En outre, la participation du représentant du CCFD local a été fort appréciée, de même que celles du maire d’Orcines et de l’archevêque de Clermont-Ferrand, Monseigneur Hippolyte Simon, qui nous ont fait l’amitié d’assister à une partie de nos travaux. Notre président Jacques Charlin, tout en les remerciant chaleureusement, a su, comme à son habitude, dresser à leur intention une présentation claire et circonstanciée de Voir Ensemble et de la CSI.

Quant à la soirée, elle nous a donné l'occasion de partager des moments particulièrement intenses et émouvants, grâce à la lecture des poèmes de notre regrettée militante et amie Véro, que nous ont faite Caty Cavaillès, Marie-Claude Cressant, Cécile Guimbert et Marie-Françoise Colin. Nous avons saisi cette occasion pour faire à nouveau la promotion du recueil « Sève odorante » disponible en braille abrégé, en imprimé et sur CD audio. Notre ami tchadien Noubadoum Mayengar nous a quant à lui permis d’apprécier son réel talent de poète et de conteur, fruit de l'enseignement reçu du Père Jean Williet, dont il constitue un vivant hommage.

Le dimanche matin, les élections, tenues à main levée selon la volonté unanime de l'assistance, ont donné une égalité de voix quasi parfaite entre les 4 candidats, sortants et nouveaux. Nos amis Gilles Alliouz, Michel Fradin, Valérie Haccart et Jean-Paul Millier ont donc tous été élus pour un mandat de six ans, bravo à eux ! Et bien sûr, nous n'avons pas manqué de rendre hommage à Marcel Bonhommeau et à Cécile Bertram, qui se retirent tous deux de notre Comité après de longues années "de bons et loyaux services", oserai-je dire, mais qui continueront à prendre part au travail et à l'action de notre équipe.

Notre week-end s'est clôturé par la messe à laquelle les participants ont assisté dans la paroisse locale, où ils se sont rendus à pied, par un chemin parfois difficile mais parfaitement négocié par les bons marcheurs, à nouveau sous un chaud soleil. Et autant dire que la présence du groupe de la CSI de Voir Ensemble ne sera pas passée inaperçue puisque Caty a pu présenter en quelques mots les activités de l'association et de notre Commission, tandis que notre Aumônier national Roger Lordong était sollicité pour concélébrer la messe. Voilà qui devrait être du goût de notre Directrice Générale, Marion Montessuy, qui souhaite, à juste titre, que nous fassions tous de la communication l'un de nos axes prioritaires !

Je tiens enfin à saluer deux gestes solidaires qui ont contribué à alléger le coût de ce Rassemblement pour notre CSI : celui du Groupe de la Drôme, qui a choisi de ne pas se faire rembourser les frais d’inscription de 110 euros d’un délégué qui finalement n’a pas pu être présent, et celui du Groupe du Puy-de-Dôme, qui a décidé de prendre à sa charge le déficit de 250 euros que notre Commission aurait normalement dû financer pour la participation de nos invités tchadiens.

Voilà résumé brièvement ce week-end qui nous a réunis dans un climat particulièrement convivial et fraternel, et rendez-vous est pris pour septembre 2015 à Saint-Étienne, où le Groupe local est déjà mobilisé pour nous accueillir.

 

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Historique des structures de
déficients visuels au Tchad
par Noubadoum Mayengar

 

C’est dès le début des années 1960 que la première structure d’accueil et de formation des déficients visuels vit le jour au Tchad, à Mongo, dans le Guera, au centre du pays. Cette oeuvre de la mission protestante suisse avait pour objectif d’initier les handicapés visuels à l’écriture et à la lecture du braille afin de leur permettre de pénétrer la Bible.

Cette ambition limitée ne rendit pas possible la formation proprement dite des personnes déficientes visuelles, car la structure ne dépassait pas le cap du cursus primaire. Les élèves qui la fréquentaient n’avaient donc pas la chance d’entreprendre de longues études.

En 1988, à l’initiative du père Jean Williet, un prêtre jésuite français, sera créée une nouvelle structure de formation pour les déficients visuels dénommée Centre de Ressources des Jeunes Aveugles (CRJA) à N’djamena. Bien plus ambitieux, le centre s’est assigné la mission de former les jeunes vivant avec un handicap visuel afin de les intégrer dans les écoles et universités ordinaires où, au moyen du braille, ils se frottent aux élèves et étudiants voyants.

En 1993, toujours à l’initiative du père Jean Williet, sera créée une association des non-voyants appelée Association Nationale des Déficients Visuels au Tchad (ANDVT). Cette association a été créée en faveur des adultes aveugles pour leur permettre de suivre quelques formations et d’apprendre à lire et à écrire en braille.

En 1998, deux jeunes élèves issus du CRJA ont stoppé leurs études pour créer une école des non-voyants à Moundou, au Sud du Tchad.

En 2009, quelques anciens pensionnaires du CRJA vont créer le Groupement des Déficients Visuels pour la Formation Professionnelle (GDVFP).

En effet, ayant fait le constat que d’une part le CRJA privilégie essentiellement la formation scolaire et que d’autre part, tous les jeunes n’ont pas de ressources intellectuelles ou simplement d’envie pour la réussite scolaire, ces anciens pensionnaires se fixent l’objectif de créer un cadre dont le point focal est la formation professionnelle. Par "formation professionnelle", nous entendons l’apprentissage des métiers manuels dans l’optique d’insérer dans la vie active. Ainsi le GDVFP met l’accent sur des apprentissages artisanaux tels que la vannerie, le tissage de bracelets, sacs à main, paniers, pots de fleurs, chaises, tabourets, lits, ceintures… ainsi que la formation en dactylographie et en menuiserie. Toutes ces formations ont été rendues possibles grâce à l’appui financier de la Commission de la Solidarité Internationale de Voir Ensemble (CSI).

Pour le proche et lointain avenir, le GDVFP se fixe quelques perspectives :

- ouvrir un cursus scolaire primaire permanent au courant de l’année 2014 en vue d’alphabétiser ses membres non initiés au braille;

- initier des formations spécialisées pour mettre à la disposition des aveugles des outils informatiques ;

- ouvrir une bibliothèque sonore afin de donner aux déficients visuels un accès aux livres, un point qui est l’une des problématiques les plus préoccupantes pour les élèves et étudiants tchadiens en général, et pour les élèves et étudiants non-voyants en particulier.

Pour rendre possible ce volet de nos projets, nous espérons rallier à notre cause les instances gouvernementales de la République du Tchad. En vue d’offrir une plus large gamme de choix des métiers pratiques, le GDVFP ambitionne d’initier des formations dans les domaines suivants : reliure, artisanat, maroquinerie, pratique et entretien des instruments de musique, art culinaire. De même, afin d’assurer son indépendance financière au moins partielle, le GDVFP projette de mener des activités d’élevage et de maraîchage.

Voilà pourquoi notre ambition pour les années à venir sera d’élargir la structure sur le territoire tchadien, car les difficultés pour les handicapés visuels sont encore bien plus criantes à l’intérieur du pays.

 

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Projet de création d’une fondation panafricaine dédiée à l’innovation dans la promotion des personnes en situation de handicap (FIPHA)
par Dr. Gaoussou Diarra, consultant et chercheur indépendant
en économie politique internationale

 

1. Motivations et origines d’une idée

 

L’idée de la création d’une fondation panafricaine dédiée aux personnes handicapées émane d’un long processus de réflexion et de la combinaison d’un certain nombre de facteurs et faits ayant jalonné le parcours privé et professionnel de son initiateur. En effet, après une décennie de militantisme et réflexion dans le milieu associatif des personnes handicapées en général, et des personnes handicapées visuelles en particulier, je me suis toujours senti concerné, et par conséquent animé d’une ferme intention d’apporter ma contribution à l’édification d’un monde d’espoir pour les personnes vivant avec un handicap. Toutefois, il est évident que l’intention ne suffit pas pour faire changer les choses si elle n’est pas épaulée par une abnégation et une conviction sans faille.

Au tout début de mon engagement dans le milieu associatif du handicap, au sein notamment de l’Association Burkinabé pour la Promotion des Aveugles et Malvoyants (ABPAM), j’ai très vite été touché par le don de soi dont faisaient montre les responsables ainsi que les partenaires financiers de cette association. En particulier, ce fut le cas de son charismatique président de l’époque, le regretté Docteur Siaka DIARRA qui allait perdre la vie au Cameroun en 2007 suite à un accident d’avion en partance pour une mission de l’Union Africaine des Aveugles. Son plaidoyer avait permis d’obtenir des bourses de l’État burkinabé pour tous les nouveaux entrants handicapés visuels à l’université au Burkina. J’ai donc pu bénéficier de cette énorme opportunité pour entreprendre dans de bonnes conditions mes quatre années d’études en sciences économiques.

Après l’obtention de la maîtrise, j’ai été lauréat d’un concours international en 2005 qui m’a permis de bénéficier d’une bourse du gouvernement français pour poursuivre mes études de troisième cycle à Clermont-Ferrand. Ces études ont pris fin en 2012 avec l’obtention du grade de docteur en économie.

C’est précisément au cours de mes études de master en développement économique et analyse des projets en 2006 que les prémices de l’idée de la création de cette fondation ont vu le jour. En effet, avec deux de mes camarades de classe (un Guinéen et un Tchadien) que j’avais convaincus du bien-fondé de cette idée, nous avons développé comme projet de fin d’étude la création d’une association internationale baptisée « Vision Sans Frontière » (VSF). Cette association devait mettre en place en Afrique un projet dénommé « Voir Sans Voile » (VSV). En plus de ce projet d’étude, j’ai effectué, dans le cadre de mon master, un stage à Bruxelles lors duquel je fus envoyé en mission au Burkina pour mener une étude diagnostique sur les associations de personnes handicapées visuelles.

Après avoir défendu avec succès ce projet de fin d’étude, les membres de cette équipe ont finalement laissé cette idée en sommeil car leurs chemins se sont séparés, mes deux camarades de classe entamant des carrières professionnelles dans leur pays respectif, tandis que j’allais commencer mes études de doctorat.

Mes recherches en économie et sciences politiques m’ont permis de devenir un « globe trotteur » et de donner davantage de considération à la dimension internationale au cours de mes raisonnements sur la plupart des phénomènes contemporains. C’est donc en faisant le bilan de mes voyages dans différents pays que je me suis posé la question de savoir s’ils avaient pu être accessoirement bénéfiques à mon engagement pour la cause des personnes handicapées. La réponse fut « pas assez ». À partir de ce constat, j’ai profité de l’invitation de la Commission de la Solidarité Internationale de Voir Ensemble, à travers son président Yves Dunand, pour partager, lors de leur rencontre à Clermont-Ferrand en septembre 2013, mes idées sur la création de la Fondation pour l’Innovation dans la Promotion des Personnes Handicapées en Afrique (FIPHA).

 

2. Mission et ambitions

 

La FIPHA aura pour mission de promouvoir les pratiques innovantes dans le domaine du handicap, son ambition étant de devenir un partenaire de choix pour les associations du continent africain. Elle apportera des appuis et conseils dans divers domaines tels que la recherche de partenaires techniques et financiers, l’employabilité et l’entreprenariat des personnes handicapées, la défense de leurs droits, l’éducation, la recherche et l’innovation en lien avec le handicap, ainsi que la prévention.

 

3. Moyens

 

La FIPHA entend mobiliser divers moyens humains et financiers pour la réalisation de sa mission. Étant à but non lucratif, elle mobilisera un réseau de partenaires financiers à l’échelle africaine et internationale. Elle pourra également tarifer certaines de ses prestations afin de tendre vers une autonomie et durabilité financières. La FIPHA pourra mettre à la disposition des associations un répertoire mondial des institutions œuvrant de près ou de loin dans le domaine du handicap. Étant donné que la FIPHA met l’accent sur les pratiques innovantes, elle s’attellera à suivre les développements récents sur le handicap à l’échelle mondiale. Elle mobilisera également un réseau de moyens humains à l’échelle internationale pour bâtir son expertise, plaidoyer et lobbying en faveur des personnes handicapées.

 

4. Forces et faiblesses

 

Les atouts en faveur de la création et de la pérennité de la FIPHA sont nombreux. Parmi eux il y a le besoin que cette fondation viendra combler en Afrique, car nous n’avons pas connaissance de l’existence d’une telle structure. Un autre atout serait la qualité de ses moyens humains, issus des contacts que j’entretiens avec des collègues et amis dans une grande partie de l’Afrique et de la mise en commun de riches expériences académiques et professionnelles. Le réseau humain de la FIPHA devra faciliter le développement d’un capital social nécessaire pour le bon fonctionnement de toute organisation d’envergure internationale.

Cependant, la FIPHA devra se garder d’un certain nombre d’écueils, parmi lesquels figure naturellement le risque d’être perçue comme un concurrent aux organisations de personnes handicapées déjà existantes sur le continent africain. Pour y remédier, la FIPHA devra bien faire preuve d’innovation dans ses approches avec les acteurs concernés. L’autre difficulté majeure sera de parvenir à conserver une certaine autonomie et durabilité financières afin d’avoir une marge de manœuvre sur les activités qu’elle compte réaliser. Là également elle doit faire montre d’imagination, surtout au moment d’élaborer un budget initial pour poser les jalons de cette œuvre. En somme, une investigation approfondie s’impose afin de choisir le statut juridique approprié de l’organisation : fondation, ONG, entreprise de consulting ?

 

5. Perspectives et séquences de mise en œuvre

 

Afin que ce projet puisse voir le jour, des actions continues sont entreprises régulièrement. Par exemple, j’ai commencé à intégrer désormais à mes voyages professionnels et privés un volet relatif à la prise de contact avec les organisations locales œuvrant dans le domaine du handicap. C’est en maintenant ce rythme constant que j’ose espérer que l’idée passera un jour de l’étape de projet à la réalité. La FIPHA pourra d’abord commencer dans le domaine du handicap visuel à l’échelle d’un pays avant de s’étendre progressivement aux autres types de handicap ainsi qu’aux autres pays africains.

 

Je remercie la CSI et Voir Ensemble pour l’opportunité qui m’a été offerte de partager ces idées ambitieuses lors de leur assemblée biennale. Tous commentaires et soutiens seront les bienvenus et pourront être adressés à gadiarra@gmail.com.

 

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La Solidarité Internationale fait
salle comble à Voir Ensemble !
par Yves Dunand

 

Dans la continuité des concerts solidaires que nous avions organisés à l’INJA en 2009, 2010 et 2011, nous avons renouvelé l’expérience le 29 novembre 2013, en choisissant, cette fois, de jouer, si j’ose dire, à domicile, au Siège même de Voir Ensemble. Un choix qui n'allait pas de soi, le lieu n'étant pas a priori adapté pour accueillir un tel événement, mais au bout du compte le succès a largement dépassé nos attentes, puisqu'à l'heure H plus de 80 personnes se pressaient au 15 rue Mayet pour assister à ce spectacle inédit, mobilisées essentiellement par une annonce diffusée sur Internet, par quelques affiches et par le bouche à oreille. Nos plus vifs remerciements vont tout naturellement à notre Directrice Générale, Marion Montessuy, qui nous a fait cette proposition alors que le lieu initialement pressenti s'avérait indisponible, et qui nous a apporté son précieux concours, assistée des salariés de son équipe. Leur accueil et leur disponibilité ont été grandement appréciés et contribueront à donner une image très positive de notre association, que certains découvraient, et que d'autres redécouvraient sous un nouveau jour.

Ce concert constituait par ailleurs une première par le style de musique proposé, puisque nous avions au programme un large répertoire de variété française et internationale, agrémenté d'un zeste de gospel et de quelques standards de jazz. Pour l’occasion, ma compagne Meryem avait réuni autour de ce projet ses amies chanteuses Jenny et Naziha, ainsi que Jérémy au piano et Pierre à la batterie, auxquels s’est joint Vincent, ami saxophoniste de notre directrice, sur deux morceaux. La performance de tous ces artistes mérite d’être soulignée lorsqu’on sait qu’ils n’ont quasiment pas eu le temps de répéter ensemble. Saluons aussi le coup de pouce providentiel que nous a apporté Véronique, directrice de l'école Vocal Mania, en nous prêtant sa sono et, plus encore, en sollicitant ses élèves chanteuses et chanteurs pour compléter notre programme au pied levé. Et je n’oublie pas non plus mon ami Pascal, qui a assuré la partie technique et l’animation de cette soirée avec la compétence et l’esprit bon enfant et facétieux qui le caractérisent.

Outre les recettes d’environ 850 euros qu’a générées ce concert au bénéfice des actions de la CSI, je me réjouis profondément de ce que nous ayons rassemblé, aussi bien parmi les artistes que parmi le public, de nombreux amis non et malvoyants d’Île-de-France qui, tout en se mobilisant pour une cause qui les interpelle, ont aussi pu se retrouver dans une ambiance conviviale et chaleureuse qu’ils m’ont dit avoir particulièrement appréciée. Tous les protagonistes étant d’ores et déjà partants pour rééditer l’expérience en corrigeant les quelques imperfections de cette première, ne nous reste qu’à déterminer une date et un lieu pour notre prochain rendez-vous de la musique et de la solidarité, pour lequel nous espérons vous retrouver aussi nombreux !

 

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La voix de l'amitié
(poème de Véronique Laurès)

 

Au nord de ses frontières,

Dès que j'entends ta voix,

Oh, ma sœur… Oh, mon frère…

C'est l'Afrique toute entière qui s'impose à moi,

Qui m'emporte sur sa terre,

Qui m'entoure de ses bras…

 

Simplement, elle me dit,

Du profond de sa vie,

Ses joies et ses combats :

Je perçois que son cri

Est un cri d'espérance,

Et qu'au moindre des pas,

Le vaste monde avance.

Elle me dit qu'aujourd'hui est un précieux trésor ;

Elle me dit que demain sera plus beau encore.

Elle me dit amplement le courage d'aimer ;

Je perçois humblement cette nécessité,

Et le bonheur immense

Que l'amour ensemence…

 

Afrique, à tes pieds,

En habit de service,

Je dépose l'amitié,

Le désir de justice,

Ces présents de mon âme dont je voudrais tant

Qu'ils brûlent jusqu'à la trame chacun de tes tourments !

 

Octobre 2009

 

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« L’union fait la force »
par Christian Kwessi Deutia

 

Je me nomme Christian Kwessi Deutia, je suis un jeune camerounais âgé de 26 ans. Aujourd'hui, je souhaite vous faire part de mon rêve et projet d’avenir. Après m'être brièvement présenté, je vous indiquerai comment ce projet m'est apparu telle une évidence. Je fais le choix de le partager avec vous car on ne dira jamais assez que "l'union fait la force".

Stagiaire à l'Institut des Jeunes Aveugles (IJA) de Toulouse depuis novembre 2009, je suis doublement handicapé. En effet, en plus de ma cécité bilatérale, je suis également très malentendant (complètement sourd de l'oreille gauche et j'entends très mal de l'oreille droite).

Au quotidien, je porte des prothèses auditives. Je souffre d'une pathologie dont l'origine demeure un mystère pour le corps médical et scientifique. Une pathologie qui nécessite pour moi des soins, m’empêchant pour le moment de vivre à nouveau dans mon pays. Suite à cela, j'ai brusquement (du jour au lendemain) perdu la vue en novembre 2007 et une grande partie de mon audition 20 mois plus tard. C'est ainsi qu’après deux années en milieu hospitalier à la recherche d'éventuelles solutions pour remédier à ce double handicap, j’ai rejoint l'Institut des Jeunes Aveugles (IJA) de Toulouse.

Au sein de ce centre, je découvre un univers qui m'est totalement étranger. Encadré par une formidable équipe de professionnels expérimentés et soutenu par ma famille, je décide de ne jamais ménager mes efforts et de maîtriser tous les outils disponibles qui me permettront de vivre de la manière la plus aisée possible avec mes handicaps. Mon cursus à l'IJA se présente comme suit :

- De novembre 2009 à juin 2011 : apprentissage du braille (intégral et abrégé), locomotion, ergothérapie et activités de la vie journalière ; cannage et petite menuiserie (pour améliorer la sensibilité du toucher) ; bureautique (initiation à l'informatique adaptée) ; et théâtre (technique d'expression corporelle et orale).

- De septembre 2011 à janvier 2013 : formation d'Agent d'Accueil et d'Information (AAI) et obtention du titre professionnel en janvier 2013.

- Depuis février 2013 : approfondissement des compétences acquises en formation AAI ; pratique intensive du braille (travail sur la vitesse de lecture) ; approfondissement du braille mathématique et de ses outils (cubarithme et boulier) ; apprentissage du logiciel de transcription DBT (à partir de janvier 2014).

 

Avant la maladie, j'étais étudiant en quatrième année finance à l'Institut Supérieur Européen de Gestion de Toulouse dans l'optique de devenir expert-comptable. J'étais alors âgé de 20 ans.

 

Je suis adhérent à l’association Voir Ensemble depuis l'été 2010, et c'est au travers de cette dernière et de sa Commission Solidarité Internationale (CSI) que je suis entré en contact avec les aveugles du Cameroun. Depuis lors, j'entretiens une correspondance régulière avec mes compatriotes. C'est au gré de nos échanges qu'ils me décrivent les conditions sociales et professionnelles de la personne handicapée - et celles du déficient visuel en particulier - dans notre pays, afin que je puisse prendre la pleine mesure de leur dénuement.

Ils doivent se débrouiller tous seuls et compter sur l'aide des associations typhlophiles. Les efforts de l’État restent très laborieux à ce jour. Cet été, je suis retourné au Cameroun pour la première fois depuis que je suis devenu aveugle. J'ai enfin pu rencontrer mes correspondants et visiter leurs centres. J’ai connu en chair et en os Martin Tchamgoué, directeur du Centre d’Accueil et de Formation des Jeunes Aveugles de Bafang (CAFJAB), mon village natal, Robert Ekabé Eyaman et Pierre-Marie Kouongne Kadji, qui président aux destinées de deux structures d’éducation et de formation pour déficients visuels à Douala. Je suis frappé par le dynamisme de ces militants aveugles. Nous avons profité de l'occasion pour renforcer les liens d'amitié et mieux faire connaissance. Hormis la vive émotion éprouvée à cause de la rencontre, c'est un immense respect et une grande admiration que j'ai ressentis á l'égard de ces responsables de centres pour handicapés de la vue. Pour permettre á des dizaines de jeunes aveugles et malvoyants d'accéder à l'éducation, ils ne disposent que de leur bonne foi, leur courage et leur générosité.

Bien sûr, l'aide de leurs proches et des organismes tels la CSI leur est vitale. Malgré le manque criant de matériel didactique (papier braille, cubarithmes, tablettes, poinçons...), de supports pédagogiques (manuels scolaires, documents pédagogiques, notation braille mathématique, cartes en relief...), ils arrivent, à force de ruse et d'imagination, à plus ou moins transmettre le savoir à leurs protégés.

Savoir ces élèves en milieu scolaire classique, bénéficiant d'un soutien quasi-nul, les voir rire, espérer, donner le meilleur d'eux pour être perçus comme "tout le monde", savoir tout cela, et ne pas agir est quelque chose que je ne peux concevoir. Je ne peux tout simplement m'empêcher de penser que j'aurais pu me retrouver à leur place. Certes, je n'aurais peut-être jamais pensé à donner un coup de main aux déficients visuels de mon pays si moi-même je n'avais été personnellement concerné. Il n'en demeure pas moins que tout homme a droit à l'éducation et que nous sommes tous égaux. C'est pour cette raison qu'en relation avec certains responsables, nous travaillons "main dans la main".

À chaque fois que cela est possible, je leur fais parvenir ce dont ils ont besoin. J'ai été très heureux de remettre une dizaine de tablettes et plusieurs livres à mes amis cet été. À ce jour, je souhaite collecter autant de matériels pédagogiques et adaptés que nécessaire afin de les acheminer par voie aérienne (un proche qui rentre) ou par voie maritime (par bateau). Aussi, je recherche des organismes susceptibles de financer des projets générateurs de revenus viables ; et je crois ne pas me tromper en affirmant que mes compatriotes en possèdent au minimum deux qui mériteraient d'être étudiés.

À titre personnel, je compte me former sur le logiciel de transcription DBT et sur l'embosseuse dans le but de pouvoir transcrire les livres à la demande pour ceux qui en auront besoin. Si mon état de santé le permet, et si cela est possible, je compte suivre des cours théoriques de pédagogie afin de former efficacement d'autres bénévoles en Afrique ou ailleurs.

Je reconnais ne posséder que très peu d'expérience en tant qu'aveugle et dans le milieu associatif, néanmoins je suis animé par une certitude inébranlable dans la réussite de mon entreprise. J’ai soif de connaître toujours plus de militants de cette cause, et je veux aller à leur rencontre. À toutes fins utiles, je vous adresse mes coordonnées :

 

Christian Kwessi Deutia,

11 bis rue d'Hyères,

31500 Toulouse,

France.

E-mail : christkwessi@gmail.com

 

Je vous remercie de l'intérêt que vous saurez porter à ce rêve qui, grâce à vous, deviendra bientôt réalité, j'en suis sûr !

 

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Rapport pour l’année scolaire 2012-2013
par Medakouang Tchoupou Herman, enseignant spécialisé au Centre des Jeunes Aveugles de Dschang

 

Présentation

 

Titulaire d’un baccalauréat d'enseignement général à 20 ans et sorti fraîchement de ITCIIG SENTTI après deux années de formation où j’ai obtenu respectivement un diplôme des instituteurs de l’enseignement primaire (CAPIEMP) et un diplôme d’enseignant spécialisé et inclusif, j’étais à la recherche d’une institution pour pouvoir mettre en pratique mes connaissances. Ayant fait mon stage de formation au CJAD, j’ai déposé une demande en septembre 2011 qui fut validée par le Directeur. J’ai ainsi pu m’initier à la maîtrise effective de l’outil informatique, découvrir pour la première fois une embosseuse braille, et maîtriser son fonctionnement sous la coordination bienveillante de Mme Delphine Tezanou qui m’a aussi appris la rigueur dans le travail. Je remercie également Madame Christiane Ngaloti, enseignante spécialisée qui m’a formé à la manipulation de la machine Perkins. Tout en travaillant au CJAD pour le suivi des élèves intégrés au Lycée Classique et Bilingue de Dschang, j’ai la chance de pouvoir poursuivre mes études en filière de psychologie, spécialité psychopathologie de l’adulte et psychologie de l’enfant, dont je prépare la licence pour l’année prochaine.

 

Introduction

 

La société camerounaise, dans le souci de promouvoir l’éducation pour tous, travail en collaboration avec les structures d’encadrement des personnes handicapées, dont le CJAD. Le Directeur m’a ainsi donné à nouveau l’opportunité de participer de manière active à l’intégration socio-économique des pensionnaires étudiant dans les deux lycées. La priorité de cette année académique était de sensibiliser davantage les administrations des différents établissements, afin qu’elles puissent s’imprégner progressivement des diverses stratégies devant permettre l’épanouissement des non et malvoyants par le développement de leurs compétences, aptitudes, et potentiels. Dans la même perspective il fallait amener les non et mal-voyants à sensibiliser les élèves des lycées à travers les activités organisées sur les plans scolaire, culturel, social et autres pour changer peu à peu les mentalités, les croyances et les préjugés du public à l’égard de ces derniers. Car nombreux sont ceux qui pensent encore qu’avoir un enfant avec un handicap visuel est une malédiction des ancêtres, que les handicapés sont inutiles à la société. Il s’agit donc de leur faire comprendre que ceux-ci ont juste besoin d’une attention particulière des différentes communautés dans lesquelles ils vivent, et aussi d’un suivi par les structures appropriées à l’instar du CJAD. Ce n’est qu’ainsi qu’on rendra l’éducation accessible à tous, y compris aux déficients visuels. Ce rapport, qui couvre la période du 6 septembre 2012 au 30 juin 2013, mettra en exergue les activités ci-dessous décrites :

- transcription des manuels au programme et des épreuves pendant les devoirs séquentiels ;

- participation aux activités du Centre.

- suivi des élèves non-voyants intégrés dans les institutions ordinaires.

 

I. L’unité d’imprimerie braille

 

Dans cet atelier, je travaille en collaboration avec Madame Delphine Tezanou, coordonnatrice de l’unité d’imprimerie braille, et Kamango Franz Stevie, chargé du suivi des pensionnaires scolarisés au Collège Notre-Dame. Notre travail consiste à numériser les documents tels que les livres au programme et les épreuves d’évaluations séquentielles, à adapter ces documents dans Word, à les transcrire via le logiciel DBT, puis à les embosser au nombre d’exemplaires exigés et à enregistrer une copie sur l’ordinateur pour archivage. Cette année, j’ai eu à ma charge 9 pensionnaires, soit 8 au Lycée Classique et 1 au Lycée Bilingue de Dschang. Dans les deux Lycées je travaille comme interlocuteur entre les élèves non-voyants et les enseignants qui ne maîtrisent pas l’écriture braille. Pour les compositions séquentielles, les deux lycées me donnent les sujets quelques jours à l’avance pour qu’ils puissent être adaptés et embossés au CJAD , ensuite je les ramène dans ces différentes institutions afin que les élèves non et mal-voyants puissent composer dans les mêmes conditions que les valides, puis après les épreuves je transcris leurs copies pour qu’elles soient remises avec les autres pour correction. Pour l’accomplissement de cette mission ô combien délicate, la confidentialité, l’honnêteté et la rigueur sont les règles d’or en vue de préserver la dignité du centre et de ces deux établissements scolaires.

 

II. Participation aux activités du CJAD

 

Le Centre des Jeunes Aveugles de Dschang propose diverses activités telles que la porciculture, l’artisanat, le secrétariat, les travaux champêtre, l’informatique adaptée à la déficience visuelle, le secrétariat et la comptabilité. Les pensionnaires peuvent ainsi suivre des formations professionnelles dans plusieurs domaines de la vie afin de devenir de plus en plus autonome. Ces activités m’ont par ailleurs permis de découvrir la diversité et la richesse des mal et Non-voyants, et surtout le dynamisme du Directeur dans la gestion des ressources humaines, matérielles et financières.

 

III. Suivi des élèves non-voyants intégrés dans les écoles ordinaires

 

La performance des élèves étant mon souci majeur, j’ai dispensé des cours de soutien en mathématiques, physique-chimie-technologie et anglais. Dans l’ensemble, les jeunes ont bien travaillé, malgré la négligence de certains.

Je remercie infiniment la Direction du Centre pour la confiance qui m’est accordée et pour l’expérience professionnelle qu’elle m’a permis d’acquérir à travers la participation au BEPC et au Probatoire.

Ces examens officiels se sont déroulés au Lycée Classique de Dschang du 3 au 7 juin pour le BEPC, et du 18 au 22 juin pour le Probatoire (première partie du bac). Le CJAD a présenté 2 candidats au BEPC et 2 au Probatoire. Le Lycée Classique dispose d’un sous-centre social pour les candidats non-voyants. Lors des examens officiels, Madame Tezanou déplace les appareils (ordinateurs et imprimantes braille) vers ce centre. Notre tâche consiste à adapter et embosser les sujets pour les remettre ensuite aux candidats afin qu’ils puissent débuter aux mêmes heures et composer dans des conditions plus ou moins acceptables. La transcription se déroulait pendant qu’ils composaient, et à la fin de chaque épreuve les copies étaient récupérées par les surveillants de la salle, mis à la disposition de notre sous-centre social par l’État. Concernant le GCE / O Level, la candidate du CJAD a composé au Centre Spécialisé de Buéa, les épreuves s’étant déroulées du 24 au 28 mai 2013.

Nous pouvons déjà nous réjouir des deux lauréats au BEPC et nous attendons impatiemment les futurs lauréats au Probatoire ainsi qu’au GCE / O Level.

 

Conclusion

 

Après 37 années d’endurance et de plaidoyer mené pour la promotion des aveugles camerounais par l’équipe du CJAD sous la houlette de son infatigable Directeur, nous constatons que l’État commence à prendre conscience du bien-fondé de cette noble cause. La présence des surveillants affectés auprès des candidats non-voyants, nos prises en charge financières par le chef du centre pendant ces deux examens officiels l’illustrent fort à propos.

 

Fait à Dschang le 19 Juillet 2013

 

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Bilan de 5 années de fonctionnement
des centres d’Alphabétisation
par Guy Yameogo, Président de l’UN-ABPAM

 

Afin de donner la chance aux adolescents et adultes vivant avec un handicap visuel d’être alphabétisés, l’Union Nationale des Associations Burkinabé pour la Promotion des Aveugles et Malvoyants (UN-ABPAM) s’est engagée en 2009 à ouvrir des centres d’alphabétisation braille dans cinq associations de personnes aveugles et malvoyantes. Il s’agit de celles de Koudougou, Kaya, Nouna, Tema-Bokin et Zorgho.

Suivent, en 2010, les centres des associations de Ouahigouya, Bobo-Dioulasso et Toessin. Le centre de l’Association de Banfora, quant à lui, a ouvert ses portes au cours de la campagne 2012. Ceux des associations de Tenkodgo, Kongoussi et Diébougou ont démarré lors de la campagne 2013.

Une campagne d’alphabétisation dure six mois au cours desquels les apprenants sont initiés à la lecture et à l’écriture du braille le matin, puis au tissage des lits de camps, des chaises, des cadres et des sacs à main l’après-midi.

Après trois ans de formation sans interruption, sur évaluation / validation par la Direction Générale compétente, les centres sont admis au Fonds National de l’Alphabétisation et de l’Éducation non Formelle (FONAEF), service du ministère de l’Éducation nationale et de l’Alphabétisation, et bénéficient de l’appui de l’État pour fonctionner. Ainsi, en 2013, quatre associations sont entrées dans le FONAEF, avec pour chacune le financement de deux centres. Quatre autres viennent d’être admis dans le FONAEF en 2014. Les associations qui bénéficient de l’appui de l’État sont maintenant huit, avec vingt centres. Quatre associations sont toujours suivies par l’UN-ABPAM et comptent chacune un centre. Au total vingt-quatre centres sont fonctionnels, 24 élèves déscolarisés de l’UN-ABPAM ayant été formés pour en assurer l’animation. Ils sont employés de janvier à juin avec un salaire de 40 000 F CFA par mois pour ceux qui sont dans les centres d’appui dépendant de l’État et 30 000 F CFA par mois pour ceux qui sont dans les centres suivis par l’UN-ABPAM. 142 aveugles et malvoyants ont ainsi été alphabétisés.

L’UN-ABPAM a obtenu ces résultats grâce à l’appui de ses partenaires que vous êtes : ABPAM-Belgique, Association Voir Ensemble, AVH, Fondation Berden, Nicole Herlin, Jeanne-Françoise et Marie-Chantal.

Les associations qui disposent d’un centre sont vivantes. Les jeunes sont enthousiastes et pleins d’envie d’apprendre.

J’ai trouvé nécessaire de vous faire ce bilan sur l’alphabétisation, afin que vous sachiez que vos appuis ont donné de l’emploi à quelques jeunes de l’UN-ABPAM, de la visibilité aux associations et participent à la lutte contre le chômage et la pauvreté.

 

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Célébration de la Journée Internationale de
la Canne Blanche au Togo :
une journée portes ouvertes
pour impliquer la population
par AYASSOU Komivi, Président de
l’Association Togolaise des Aveugles (ATA)

 

L’Association Togolaise des Aveugles (ATA), en collaboration avec l’Association des Sourds du Togo (AST) et la Fédération Togolaise des Associations de Personnes Handicapées (FETAPH), a organisé, avec l’appui financier de Plan-Togo, le mercredi 16 octobre 2013, une conférence de presse et une journée portes ouvertes sur le handicap sensoriel au Centre Saint Augustin des Aveugles de Lomé. Cette rencontre d’échange a permis d’entretenir l’assistance sur le droit à l’éducation des enfants handicapés sensoriels et sur la Journée Internationale de la Canne Blanche.

Les multiples actions menées par les associations de personnes handicapées au Togo ont pour finalité l’instauration d’une société inclusive où les personnes handicapées et non handicapées doivent participer au développement de la nation. Raison pour laquelle cette conférence de presse est venue à point nommé sensibiliser la population sur cette couche vulnérable de la société.

La célébration des journées internationales de la canne blanche et de la langue des signes (26 septembre) offre la possibilité de faire participer toutes les communautés en vue de réfléchir à des mesures incitatives et innovantes pour une meilleure application des normes et règles internationales relatives aux personnes handicapées.

Le président sortant de l’Association des Sourds du Togo (AST), M. Akuèté Kassa, a souligné les difficultés, les préoccupations et les besoins des personnes sourdes au Togo. [...] Le thème de cette année, « L’égalité pour la communauté sourde », traduit le fait que ces dernières ne doivent plus rester prisonnières de leur origine, de leur milieu et de leur statut. Pour M. Akuèté Kassa, parmi les personnes sourdes qui vont à l’école, trop peu savent lire et écrire et maîtrisent la langue des signes. [...]

« L’autonomie de la femme handicapée visuelle : comment est-elle possible », est le thème national choisi pour cette 24e édition de la célébration de la journée internationale de la canne blanche. En effet, pour M. Komivi Ayassou, président de l’Association Togolaise des Aveugles (ATA), c’est une journée qui offre l’occasion aux organisations de personnes handicapées visuelles de sensibiliser l’opinion sur un thème lié aux besoins des personnes aveugles. Il déclare également que très peu de personnes non-voyantes sont recrutées dans la Fonction publique et que la plupart des femmes non-voyantes désireuses de mener une activité génératrice de revenu n’ont pas accès aux crédits, faute de caution. M. Ayassou a déploré cet état de fait et invité les partenaires à soutenir les différentes associations qui luttent en faveur de l’épanouissement de la personne handicapée.

Le Directeur des Personnes Handicapées (Ministère de l’Action Sociale, de la Promotion de la femme et de l’alphabétisation), M. Wasiyou KARIMU, a remercié l’ATA, l’AST, la FETAPH et tous les partenaires qui ne cessent de créer, aux côtés de l’État, des conditions qui favorisent l’intégration des personnes handicapées.

Pour permettre aux étudiants handicapés visuels de poursuivre leur cursus scolaire, CBM (Christian Blind Mission) a fait un don de cannes blanches et de machines à écrire mécaniques au programme d’intégration des étudiants non-voyants de l’Université de Lomé.

La célébration a pris fin avec une visite d’expositions des articles d'artisanat fabriqués par des non-voyants et des sourds. Un rafraîchissement a été servi à tous les invités.

 

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À la croisée des chœurs : un CD où
aveugles de France et du Cameroun
chantent pour la même cause
par Jean-Paul Millier, membre de la
CSI
et Président d’Aveugles Sans Frontières

 

En 2012 je vous avais déjà fait un compte-rendu sur notre mission au Centre des Jeunes Aveugles de Dschang, au Cameroun, initiée par la CSI. L’une des trois phases de ce séjour était l’enregistrement, sur place, de la chorale « Les Oiseaux » dirigée par Mme Christiane Ngaloti. Je vous renvoie, pour cette première étape, à l’article écrit en 2012 et dans lequel je décrivais, par le menu, les péripéties de l’enregistrement. Je vous avais d’ailleurs à l’époque donné rendez-vous en octobre 2012 pour la parution de l’album. Mais c’était sans compter avec les difficultés à venir. Certes, la matière brute était en boîte et Annick, mon épouse, et moi-même disposions d’une dizaine de chansons. Mais à ce stade, rien n’était utilisable dans son intégralité.

Compte tenu des aléas locaux et d’une prise de son en plein air, les coupures de courant nombreuses, la pluie, le vent, les charrettes qui passaient en cahotant, les motos-taxis pétaradant, les oraisons funèbres bruyantes et les lamentations des pleureuses chez notre voisin ayant perdu un parent proche, nous n’avions en fait que des bribes de morceaux : là un début, ici une fin. En effet, il était rare d’avoir 3 minutes de calme pour l’enregistrement complet d’un titre. Quand nous obtenions une prise techniquement correcte, c’était, par exemple, le second couplet qui était trop approximatif pour être gravé sur disque. On peut du reste parfaitement comprendre qu’il est difficile, humainement, de se concentrer pendant une ou deux heures sans oublier un départ, un ralenti ou une bribe de texte.

Il a donc fallu, dans un premier temps, jouer du ciseau virtuel comme on dit : copier, coller… Mais très vite, une autre difficulté est apparue. Comme les musiciens, là-bas, travaillent sans métronome et sans diapason, un morceau enregistré la veille était chanté plus lentement ou plus rapidement dans sa version du lendemain. Sans compter que la vitesse d’interprétation variait et qu’enfin les participants n’étaient pas forcément les mêmes d’un jour sur l’autre !

À nouveau la technique moderne est intervenue ; il a fallu accélérer certaines strophes pour les insérer au tempo correct dans une chanson où la fin était peu satisfaisante. Certains passages ont dû, de la même manière, être rehaussés ou abaissés pour coller à une interprétation convenable, mais où un refrain était peu convaincant et qu’il fallait absolument remplacer. Bref : j’arrête là avec la technique, mais en définitive, il a fallu plus de temps que prévu pour avoir matière à mettre sur un CD. Toutefois, qu’on se rassure ! Pour avoir travaillé en studio depuis longtemps, je peux vous dire que ces prouesses techniques sont courantes et que bien des artistes d’aujourd’hui ne seraient rien, si eux-mêmes n’y avaient pas trop souvent recours ! Cela n’enlève rien à la spontanéité des voix africaines que nous présentons sur l’album.

Quoi qu’il en soit, nous avions à présent notre partie camerounaise. Il fallait maintenant la compléter avec des titres enregistrés en France. Pour alterner avec les interprétations a capella de nos jeunes Camerounais, nous avons opté pour des morceaux orchestrés, compositions originales où mon ami Bernard Gallone, chef d’orchestre au Moulin Rouge, m’a donné un précieux coup de main.

Pour ces enregistrements, nous avons fait appel à six jeunes aveugles de l’IDES à Paris, (Institut Départemental d’Éducation Sensorielle). Ils ont été préparés par M. Jean-Philippe Martin, leur professeur de musique, directeur de l’atelier vocal.

Quel contraste avec Dschang ! La technique la plus moderne était là : studio totalement insonorisé, casques et micros professionnels. Les enfants pouvaient à loisir rechanter une phrase, voire un simple mot. C’eût été pourtant trop simple ! C’était oublier qu’il fallait aussi composer avec les lourdeurs administratives bien connues dans notre pays : les autorisations parentales paraphées de plusieurs signatures, le droit à l’image et à l’exploitation sonore, les impératifs du planning scolaire, les assurances qu’on devait contracter, car nécessaires en cas d’accident extérieur à l’école… Cependant nous avons eu la joie de travailler avec des jeunes très motivés et conscients, à travers leurs enregistrements, de venir en aide à leurs frères déficients visuels en Afrique.

L’album a enfin vu le jour en octobre 2013. Ce qui est formidable, nouveau et prometteur, c’est qu’il est distribué par l’association Aveugles Sans Frontières et que l’intégralité des bénéfices est reversée pour des actions en faveur des déficients visuels en Afrique. Pour la première fois, des aveugles du Nord et du Sud, comme on dit, ont chanté pour la même cause. Mieux encore : il nous est possible d’assurer le salaire de Stevie Kamango, formateur à Dschang, en partie grâce à l’argent généré par la vente de ce CD où les jeunes de Dschang eux-mêmes ont pris une part active. La boucle est bouclée. D’une certaine manière, on peut dire que ce sont les jeunes Camerounais qui financent eux-mêmes une grande partie du salaire de ce formateur, chargé de les encadrer au quotidien dans leur scolarité. Ici, l’entraide Sud-Sud prend tout son sens.

Pour conclure, Y a-t-il un meilleur vecteur que la musique pour partager des causes internationales ? J’ai la conviction que nous avons réalisé, grâce à un effort collectif venu de tous horizons, un CD de qualité. Le coût d’un tel projet étant élevé, cela n’a été possible que grâce à nos nombreux donateurs en France. Des professionnels reconnus ont aussi donné de leur temps et de leur savoir-faire, comme Bernard Gallone, déjà cité, ou Thierry Meier, guitariste et ingénieur du son à Clamart. Je n’oublie pas naturellement nos jeunes chanteurs, tous investis dans un projet auquel ils ont cru.

Nous sommes sûrs que la fraîcheur des voix et la spontanéité des jeunes vous iront droit au cœur. Deux continents qui chantent ensemble pour la même cause, nous en sommes modestement fiers ! Une expérience que nous espérons pouvoir renouveler car la matière est inépuisable !

 

Vous pouvez écouter des extraits de l’album et visionner une vidéo tournée au studio de Clamart sur :

www.aveugles-sans-frontieres.org

Enfin, pour commander le CD, veuillez adresser un chèque d’un montant de 15 euros à l’ordre d’Aveugles Sans Frontières.

Notre adresse :

Aveugles Sans Frontières

3, rue Jean Vilar

21240 TALANT

Il est possible également, en mentionnant l’objet du don, d’effectuer un virement sur notre compte Paypal, à la rubrique « don » de notre site.

 

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La déficience visuelle en Afrique

 

Ses causes.

Selon l'OMs, on recenserait au moins 40 millions de personnes aveugles dans le monde.

En Afrique, on distingue 5 grandes causes : la cataracte, le glaucome, le trachome, l’onchocercose et la xérophtalmie.

 

1. La cataracte.

Opacification du cristallin produisant une cécité partielle ou totale.

 

2. Le glaucome.

Il est caractérisé par une augmentation de la pression intérieure de l’œil entraînant une atrophie de la tête du nerf optique et une diminution du champ visuel, pouvant aller jusqu’à la cécité.

 

3. Le trachome : du grec rudesse.

Conjonctivite granuleuse contagieuse due à un germe du genre chlamydia, et qui est endémique dans certains pays chauds. (Note : Endémie : maladie particulière à une région donnée et y existant de façon quasi permanente ; ex. : paludisme, choléra).

 

4. L'onchocercose.

Cette maladie est due à un ver filarien, un parasite, transmis à l'homme par la piqûre de mouches noires, les simulies, qui se reproduisent dans les rivières à fort courant. La pêche, la baignade, le prélèvement d'eau dans ces rivières, sont autant d'activités qui augmentent le risque d'infestation. Les premiers symptômes se manifestent un an en moyenne après la piqûre infestante par des démangeaisons traduisant l'envahissement cutané par des millions de microfilaires microscopiques. En quelques années, les microfilaires migrent vers l’œil, entraînant une inflammation, une diminution de la vue et une cécité.

 

5. La xérophtalmie, induite par la carence en vitamine A.

Dans la plupart des cas, il ne s'agit pas d'une malnutrition véritable mais d'un régime déséquilibré en profacteur A. Elle représente même la première cause de cécité infantile, atteignant 6 à 7 millions d'enfants par an dont 500 000 deviennent aveugles. Toutefois, il convient de souligner ici certaines difficultés du diagnostic clinique sur le terrain. En effet, la xérophtalmie nutritionnelle est une affection du très jeune enfant. En l'absence de dépistage systématique, la symptomatologie oculaire débutante passe habituellement inaperçue de l'entourage familial. Du fait de l'inattention, voire de la négligence des parents, l'enfant ne sera présenté à l'examen que lorsque l'affection des yeux sera devenue évidente, c'est-à-dire à un stade avancé et grave. Si la maladie est bien connue dans les pays de riziculture des tropiques (Inde, Extrême-Orient, Indonésie) ainsi qu'en Amérique latine, la xérophtalmie a fait l'objet d'une investigation relativement limitée sur le continent africain.

 

La carence vitaminique A accroît de manière considérable la mortalité infantile. En Afrique de l'Ouest, on a coutume de dire : "Comptez vos enfants après la rougeole". Par ailleurs, il était classique de dire que les pays d'Afrique de l'Ouest et de l'Afrique équatoriale étaient à l'abri de la carence en vitamine A du fait de l'abondance des fruits jaunes, des légumes à feuilles vertes, et surtout de l'huile de palme rouge. La zone centrale du Libéria est significative à cet égard : l'alimentation de base est constituée de riz à l'huile de palme rouge et de végétaux verts. Il est donc censé fournir une dose adéquate de pro-vitamine A. le lait maternel est souvent appauvri, reflet de l'état carentiel maternel. Les dangers de la diffusion de l'alimentation artificielle, mal comprise (lait écrémé pauvre en vitamine), ont été soulignés récemment en Afrique.

 

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Ensemble faisons fleurir nos différences
par Soeur Véronique Margron

 

Sœur Véronique Margron, dominicaine de la Présentation, est professeur de théologie morale à l’université catholique de l’Ouest à Angers. Elle était l’invitée de la première journée diocésaine des personnes handicapées à Toulouse. Spécialiste des questions d’éthique concernant le début de vie, la fin de vie et la vie “entre les deux”, elle a captivé l’auditoire par une intervention dense, limpide et pleine d’humanité.

 

(Extraits)

 

Dignité humaine : se faire les avocats des plus fragiles.

C’est une conquête historique, dans laquelle le christianisme – dès ses commencements – a joué un rôle considérable, que d’affirmer que toute personne qui vient au monde est de même dignité. En dehors de toute considération sociale, culturelle, de handicap, de couleur, de sexe. À partir du moment où un être vient au monde, cette dignité ne peut lui être enlevée. La dignité humaine est intrinsèque : elle ne se négocie pas.

Mais toutes les personnes n’ont pas les mêmes capacités à être au monde. Il est donc nécessaire que la communauté humaine promeuve cette dignité et cette capacité à exercer son humanité. Pour des questions de handicap psychique, moteur ou social, des personnes ont des difficultés à trouver leur place dans la société.

Afin que leur dignité ne reste pas un mot creux, il est nécessaire qu’elles trouvent des avocats, des porte-voix. Non pour faire « à leur place » mais « pour un temps » ou « pour toujours » si ces personnes n’en ont pas les moyens. On n’est jamais « à la place des autres » mais on peut se faire leur porte-voix. Comment la société, l’Église se font-elles les avocats des plus fragiles ? Nous partageons une commune humanité, nous sommes dans la même barque, la même galère. Est-ce que seuls les plus forts doivent s’en sortir ? Est-ce que seule compte la performance ?

 

 

Être auteur et acteur de sa vie

Ce n’est pas à quelqu’un d’autre ou à une institution de définir ce qui est bon pour moi. Pour avoir la meilleure vie possible, il faut pouvoir l’accomplir soi-même. Mais cela ne va pas sans soutien. Pour certains, le soutien est plus important que pour d’autres. Il ne s’agit pas de décider, de tout faire, de penser à la place de l’autre. Chacun est le sujet de son existence, n’est pas d’abord objet de soins mais sujet avant tout. Autrement dit une personne dans son unité et son mystère. L’autre n’est pas en mesure de savoir ce que je ressens : c’est « mon » corps. Il peut mettre ses compétences à mon service mais il ne vit pas à ma place. Chaque personne doit donc redevenir sujet pour retrouver sa dignité. Malgré des conditions de vie qui peuvent être très difficiles, c’est bien ma vie, et l’obligation d’une société est de pouvoir rendre possible cette singularité.

 

La vulnérabilité

Il y a une vulnérabilité propre à la condition humaine. L’homme est le mammifère le plus vulnérable de tous – neuf mois de gestation, besoin de soins dans l’enfance, temps nécessaire pour devenir adultes... Il lui est impossible de vivre de manière autarcique. Ne pas l’accepter est un leurre qui peut faire très mal. L’humain est heureux dans la performance, la réussite, l’oubli de son corps. Mais la condition même de l’humain, c’est la vulnérabilité. Le christianisme est cette étrange religion où Dieu lui-même a pris la condition humaine. La façon la plus haute d’aimer les hommes a été pour Dieu de partager leur existence vulnérable : en naissant, en souffrant, en consentant à mourir de manière violente. Il nous signifie que la condition vulnérable est une « belle » condition.

Or l’homme se situe souvent dans l’ordre du vaincre : toujours réussir un peu plus, aux dépens de ceux qui sont autour parfois jusqu’à rester, si possible, le seul vainqueur. Mais cela ne le rend pas heureux et laisse beaucoup de personnes sur le bord de la route. L’homme est-il condamné à être riche mais seul ? Où est la place des émotions ? De la fragilité ? Sans la vulnérabilité, nous ne pouvons pas nous aimer. Pour se laisser aimer, il faut consentir à être fragile.

 

La « capabilité », différente de la capacité

La capabilité répond à cette question : comment chacun d’entre nous peut-il avoir une vision de ce qu’est une « vie bonne », une « vie réussie », à partir de ce qu’il est et non pas en gommant ce qu’il est ? Si je suis en fauteuil roulant, qu’est-ce qu’une « bonne vie » pour moi ?

On réussit sa vie avec ce qu’on est. Si je suis une personne sourde, je peux avoir le désir d’apprendre la langue des signes pour partager mes émotions. L’important, c’est l’originalité que chacun porte en lui. La capabilité est la capacité de faire de sa vie une œuvre originale quelles que soient nos ressources mentales, physiques, motrices ou culturelles.

Le souci d’une communauté est de rééquilibrer les moyens pour que chacun puisse exprimer l’œuvre de sa vie et commence par dire ses peurs et ses désirs. Cette capacité ne peut pas émerger, « se faire » sans les autres : ma famille, mes amis, mes proches, la société doivent être là pour l’aider à s’exprimer. Les potentialités sont en moi, elles sont uniques. Personne n’en est exclu.

La capabilité des personnes pauvres, et notamment des femmes pauvres, dans nombre de pays du Sud est exemplaire. C’est le même enjeu pour tous, partout : chacun a un génie singulier à exprimer à la condition qu’il soit soutenu, accompagné afin de pouvoir donner le meilleur de lui-même. La capabilité est en quelque sorte ce génie singulier que porte la liberté intime de chacun au-delà des - ou malgré les - conditions de vie et de handicap.

 

Une capabilité particulière, la capacité au don

Il y a une capabilité particulière dont le christianisme est un témoin imminent dans les évangiles : c’est la possibilité d’avoir le souci d’autrui. Ce qui caractérise au plus près l’humain, avec la situation de vulnérabilité qui est la sienne – et nous sommes tous, chacun à notre manière, des bras cassés – c’est le souci d’autrui, le désir de « prendre soin » de l’autre, la capacité à se détourner de soi pour aller vers l’autre. Faire entrer en soi de l’empathie, de la sollicitude pour l’autre. Ce qui caractérise l’humain, c’est qu’il est toujours capable de don. Quelles que soient, en apparence, ses capacités, ses forces, ses limites, il est toujours potentiellement un être de don. Sa plus haute richesse consiste à donner et à se donner soi-même. « Autrement capables » : pour se rendre compte de cette capabilité particulière, il faut des rencontres, des mouvements, des associations, des pastorales des personnes handicapées, il faut que toute une société humaine soit capable de dire ce qu’il y a au cœur de l’humain.

Le pire des vols, la pire des indignités, c’est de dire qu’à cause de leurs fragilités, des personnes ne sont plus capables d’être des êtres humains. Leur rendre leur dignité, c’est rendre compte de cette force extraordinaire de l’être humain : le désir, la possibilité, la capacité de devenir des êtres de don et de don de nous-mêmes. On se situe là à l’opposé du repli sur soi de nos sociétés contemporaines.

 

 

 
Foi et Vie n° 96, décembre 2013, HANDICAP

Pour aller plus loin : « Fragiles existences », Conversation sur une éthique chrétienne. Une réflexion de sœur Véronique Margron étayée par sa longue expérience d’accompagnement de personnes en grande souffrance affective.

 

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Une aide concrète pour
57 handicapés visuels en Haïti

 

Une soixantaine de handicapés visuels ont reçu, mercredi, un chèque de 10 000 gourdes sous forme de prêt à très faible taux (1%) afin de créer des activités génératrices de revenu. Une initiative de la Société haïtienne d'aide aux aveugles (SHAA), qui vise à rendre ces derniers autonomes.

Dans le cadre de son programme de réadaptation/réhabilitation à base communautaire au profit des déficients visuels, la SHAA a organisé, mercredi, une cérémonie de remise de chèques à 57 handicapés visuels des départements de l'Ouest, du Nord, du Sud et du Sud-Est. Ces derniers, qui ont l'intention d'investir cet argent dans l'élevage et le commerce, disposent d'un délai de 18 mois pour la rembourser. Selon le coordonnateur national de la SHAA, le Dr Michel A. Péan, cette initiative vise à aider ces personnes à atteindre une certaine autonomie financière. Pour bénéficier d'un prêt, le non-voyant doit être membre de l'institution, participer au programme de réadaptation et choisir de s'impliquer dans une activité génératrice de revenu. Le Dr Péan reconnaît que les 10 000 gourdes ne représentent pas grand-chose mais peuvent néanmoins contribuer à améliorer les conditions de vie des handicapés visuels en les rendant autonomes. « Nous menons cette activité parce qu'à la SHAA, nous ne croyons pas en la charité publique mais plutôt aux droits humains et au respect de la dignité humaine », a-t-il dit, soulignant que l'institution compte 3 000 membres actifs et est présente dans huit départements. « Nous sommes des non-voyants mais cela ne veut pas dire que nous n'avons pas de bon sens », a déclaré l'un des bénéficiaires, comme pour justifier sa capacité à gérer l'argent qu'on lui confie. Il en a profité pour remercier le coordonnateur de la SHAA pour cette noble initiative ainsi que la Christian Blind Mission qui l'a financée. La Christian Blind Mission est un organisme allemand qui entretient des relations de solidarité mutuelle avec la SHAA dans les domaines de la prévention de la cécité, de la réadaptation des handicapés visuels et de l'éducation spéciale.

 

Bertrand Mercéus, Le Nouvelliste, 18 septembre 2013,

 

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Courrier du Sud

 

Courriel reçu le 30 juillet 2013 du Directeur
de l'IFRAM de Sokodé (Togo)

 

Très chers président et membres de la CSI,

Au nom de la direction, des enseignants, des parents d’élèves et des élèves, nous vous disons un grand merci pour votre soutien tant matériel que moral ainsi que financier dont nous avons bénéficié tout au long de l’année scolaire 2012-2013. Une année couronnée de succès à tous les niveaux de nos activités, preuve que vos efforts pour nous aider ne sont pas vains, loin de là !

Au volet scolaire, les résultats ont été très positifs, tant au primaire qu’au secondaire.

Au primaire par exemple, nous n’avons enregistré qu’un seul échec, en classe de CE1. Cet échec est compréhensible car l’enfant a un retard intellectuel qui nuit à sa bonne compréhension et à sa capacité de mémorisation.

Idem au secondaire (collège et lycée) où les résultats sont très satisfaisants. Nous n’avons enregistré que deux échecs : un en classe de 2nde et un en classe de 1re (à l’examen du bac I). Donc, 6 des 7 candidats présentés à cet examen ont réussi, et avec brio ! Dans les classes de passage à ce niveau, nos réussites sont couronnées de très bonnes moyennes, avec des rangs honorables. Dans certaines matières, nos élèves sont même en tête du classement.

Rappelons en outre que cette année nous avons présenté nos élèves à tous les examens d’État, tant au primaire qu’au secondaire. Au CEPD (Certificat d’Étude du Premier Degré), diplôme qui sanctionne la fin des 6 années du cycle primaire, nos deux élèves engagés ont réussi. Idem pour nos deux élèves qui se présentaient au BEPC. Sur 7 candidats présentés au bac I, diplôme donnant accès à la classe de terminale, un seul a échoué.

 

Enfin au bac II, L’examen le plus prestigieux qui sanctionne la fin des études scolaires après 13 ans sans échec et ouvre la porte aux études universitaires, nous avons présenté 2 élèves, dont malheureusement aucun n’a été admis.

Concernant le volet professionnel, la formation à l’atelier a donné un bel espoir d’avenir aux apprenants. Tous n’ont manqué de rien et ont pu se concentrer exclusivement sur leur apprentissage durant ces 3 années de formation.

Nous nous réjouissons avec vous de ces résultats qui récompensent l’aide que vous nous apportez et contribuent à renforcer le respect de la dignité de la personne handicapée dans notre région.

Par ailleurs, avec les démarches entreprises par le professeur Ricardo auprès de l’État, nous nourrissons l’espoir que très bientôt certains de nos enseignants seront engagés et pris en charge par le gouvernement. [...]

Mais en attendant que ces démarches arrivent à bon terme, nous comptons toujours sur vous pour la bonne marche de nos activités, surtout pour cette nouvelle année scolaire 2013-2014. En effet, nous rencontrerons beaucoup plus de difficultés en matériel : papier braille, tablettes, machines Perkins et dactylographiques, cubes et cubarithmes, car avec nos réussites, le nombre des élèves au secondaire a considérablement augmenté, surtout en classe de terminale. Or c’est précisément là que ce genre de matériel est beaucoup plus consommé, puisque les programmes sont très vastes et les devoirs et compositions réguliers.

Tous ces bons résultats, sans doute, sont dus à votre dévouement à nos côtés, et surtout à l’engagement du professeur de suivi en mathématiques, dont le salaire est pris en charge depuis deux ans déjà par vous. Grâce à lui, justement, les notes des enfants se sont nettement améliorées, que ce soit en devoirs, compositions ou examens. Seulement, puisque son contrat finit cette année, nous avons peur que la moyenne des élèves rechute après son départ. Priez beaucoup avec nous pour que les démarches de M. Ricardo auprès du chef de l’État aboutissent favorablement !

Tout le centre, à l’unisson, vous exprime ses remerciements, sa gratitude et ses salutations pour tout ce que vous faites pour nous année après année.

Puisse Dieu continuer à vous bénir dans toutes vos activités, et qu’il soutienne chacun d’entre vous ainsi que vos familles respectives. Nous espérons bien que nous bénéficierons encore de vos apports lors de la nouvelle année scolaire.

 

Le Directeur, Nabédé Paoubadi

 

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Rubrique humour

 

La Symphonie Inachevée

 

Un président de société reçoit en cadeau un billet d'entrée pour une représentation de la Symphonie Inachevée de Schubert. Ne pouvant s'y rendre, il passe l'invitation à Didier G., son Directeur des Ressources Humaines, à la seule condition que le DRH lui fasse un mémo sur la qualité du concert.

Le lendemain matin, le président trouve sur son bureau le rapport de Didier G., le DRH :

1. Les quatre joueurs de hautbois demeurent inactifs pendant des périodes considérables. Il convient donc de réduire leur nombre et de répartir leur travail sur l'ensemble de la symphonie, de manière à réduire les pointes d'inactivité.

2. Les douze violons jouent tous des notes identiques. Cette duplication excessive semblant inutile, il serait bon de réduire de manière drastique l'effectif de cette section de l'orchestre. Si l'on doit produire un son de volume élevé, il serait possible de l'obtenir par le biais d'un amplificateur électronique.

3. L'orchestre consacre un effort considérable à la production de triples croches. Il semble que cela constitue un raffinement excessif, et il est recommandé d'arrondir toutes les notes à la double croche la plus proche. En procédant de la sorte, il devrait être possible d'utiliser des stagiaires et des opérateurs peu qualifiés.

4. La répétition par les cors du passage déjà exécuté par les cordes ne présente aucune nécessité. Si tous les passages redondants de ce type étaient éliminés, il serait possible de réduire la durée du concert de deux heures à vingt minutes.

Nous pouvons conclure, Monsieur le Président, que si Schubert avait prêté attention à ces remarques, il aurait été en mesure d'achever sa symphonie.

 

Didier G., DRH

 

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Recette italienne : Le Tiramisu

 

Préparation : 15 mn
Ingrédients (pour 8 personnes) :
- 3 gros oeufs

- 100 g de sucre roux

- 1 sachet de sucre vanillé

- 250 g de mascarpone

- 24 biscuits à la cuillère

- 1/2 litre de café noir non sucré

- 30 g de poudre de cacao amer

 

Préparation :

Séparer les blancs des jaunes.

Mélanger les jaunes + sucre + sucre vanillé.

Rajouter le mascarpone au fouet.

Monter les blancs en neige et les incorporer délicatement à la spatule au mélange précédent.

Préparer du café noir.

Mouiller les biscuits dans le café.

Tapisser le fond du moule avec les biscuits.

Recouvrir d'une couche de crème, oeuf, sucre, mascarpone.

Alterner biscuits et crème. Terminer par une couche de crème.

Saupoudrer de cacao.

Mettre au réfrigérateur 4 heures minimum.