SOLIDARITÉ  MAGAZINE

Bulletin Semestriel

de la Commission de la Solidarité Internationale

de Voir Ensemble

 

Numéro 42                                                 premier semestre 2014

 

Siège : Voir Ensemble, Solidarité Internationale,

  15 rue Mayet, 75006, Paris

 

Téléphone (Président) : 06 60 63 96 60

Adresse électronique : y.dunand@free.fr

 

CCP : Voir Ensemble, Solidarité Internationale, 5755065L020

 

Équipe de Rédaction : Yves DUNAND, Caty CAVAILLÈS,

Cécile GUIMBERT, Robert DIVOUX.

 

« Ouvrir une école, c’est fermer une prison. »

Victor HUGO

 

Ce bulletin est distribué gratuitement, mais en raison des frais élevés qu'il engendre, les dons à la Commission de la Solidarité Internationale sont les bienvenus. Ces dons peuvent être adressés directement au Siège de l’association, Voir Ensemble, Commission de la Solidarité Internationale, 15 rue Mayet, 75006 Paris. Les chèques doivent être libellés à l'ordre de "Voir Ensemble, Solidarité Internationale". Nous enverrons en retour un reçu fiscal car tout don effectué à une association reconnue d'utilité publique donne droit à une déduction fiscale d’au moins 50% de son montant.

Avec nos plus chaleureux remerciements.


Au sommaire

 

Des missions sur le terrain, pour une solidarité internationale de proximité  par Yves Dunand, président de la CSI

Jeûner en Carême…  par Robert Divoux

Pour une Terre solidaire et fraternelle  par Marie-Claude Cressant,  déléguée de Voir Ensemble au CCFD

Rapport de mission au Togo du 2 avril au 2 mai 2014  par Nicolas Kokouma, secrétaire adjoint de la CSI

À tous les enfants des cités (poème de Véronique Laurès)

Rapport de mission au Tchad  par Michel Fradin, membre de la CSI (extraits)

Une petite entreprise au service des aveugles par Jean-Paul Millier, membre de la CSI

Rapport d’activités du président de l’Union Francophone des Aveugles (UFA) lors de sa mission  à Oslo et à Paris du 12 au 19 mai 2014 par Paul Tezanou

La France, mauvais élève de l'aide au développement

Amour bien-aimé (poème de Véronique Laurès)

Témoignage de Fouad Hassoun :  « accepter, avancer et pardonner »

La Mutuelle de Solidarité (MUSO)

Courrier du Sud

Rubrique humour

Recette : Gâteau au yaourt

 

 


Des missions sur le terrain, pour une solidarité internationale de proximité
par Yves Dunand, président de la CSI

 

Depuis quelque temps déjà, nous ressentons de plus en plus la nécessité d’aller au contact de nos partenaires sur le terrain, à la fois pour mieux nous imprégner des réalités auxquelles ils sont confrontés et pour les aider à entrer en relation avec des autorités étatiques et des ONG susceptibles de leur apporter le soutien dont ils ont besoin pour mener à bien leurs projets. Faisant suite à des comptes rendus que nous avions diffusés dans de précédents numéros, il nous est donc apparu opportun de nous faire un large écho, dans ce bulletin, des missions que deux de nos membres, Michel Fradin et Nicolas Kokouma, ont menées en avril de cette année respectivement au Tchad et au Togo.

Pour Michel Fradin, ancien militaire ayant participé à des missions humanitaires pour l’ONU, il s’agissait d’essayer d'appréhender au mieux la situation actuelle des aveugles tchadiens (scolarisation, formation professionnelle, activités génératrices de revenus, activités artistiques, vie associative...) et de faciliter leur prise de contact avec des organismes étatiques et/ou privés (nationaux et internationaux) susceptibles de leur fournir un appui technique ou financier. Il a eu l’occasion lors de cette visite d’accompagner le président de l’association « invitante », Noubadoum Mayengar, et le charismatique député non-voyant Béral Mbaikoubou à des audiences auprès de hautes autorités gouvernementales, d’ONG et de décideurs de la société civile. Leurs interlocuteurs ont paru très réceptifs à leur plaidoyer et se sont dit prêts à répondre à des demandes de subvention claires et cohérentes, c’est-à-dire répondant à des critères de rigueur que notre envoyé a tenté d’expliciter à travers un module de formation destiné à quelques dirigeants d’associations volontaires. Nous aurons d’ailleurs peut-être l’occasion de revenir plus en détail sur ce volet « formation à la rédaction de demandes de subventions et de comptes rendus d’exécution » dans notre prochain numéro. Mais d’ores et déjà, nous pouvons dire que cette mission, de notre point de vue, a pleinement atteint ses objectifs, et que les recommandations formulées par notre envoyé à l’adresse de nos partenaires tchadiens pourraient être tout aussi profitables aux dirigeants d’associations d’autres pays d’Afrique francophone confrontés aux mêmes défis.

Quant à Nicolas Kokouma, lui-même non-voyant d’origine togolaise et jeune enseignant retraité, il travaille depuis plus d’un an sur un projet de création d’un centre de formation pour enseignants spécialisés dans son pays d’origine, porté par l’association « Ton village t’appelle » et l’Association Togolaise des Aveugles (ATA), en partenariat avec la CSI. Ayant bien avancé dans l’élaboration de ce projet grâce au concours de plusieurs autres membres de notre équipe, il s’est rendu au Togo pour le présenter aux autorités gouvernementales et à des institutions nationales et internationales potentiellement intéressées et prêtes à apporter à ce projet un appui déterminant.

À la lecture de leurs comptes rendus, nous voudrions espérer que nos deux amis auront un jour l’occasion, comme ils en ont déjà exprimé le souhait, d’offrir leurs services à une Union Francophone des Aveugles rénovée, union que son président intérimaire Paul Tezanou essaie pour l’heure de remettre sur pied, comme vous pourrez le lire dans les extraits de son dernier rapport d’activité que nous avons cru utile de publier dans ce magazine.

Pour compléter cette brève présentation de ce numéro, je vous invite également à prendre connaissance du captivant article de Marie-Claude Cressant sur les journées de rencontre auxquelles elle a pris part en mai dernier autour du nouveau rapport d’orientation du CCFD-Terre Solidaire. Elle nous aide ainsi à inscrire notre action dans une démarche globale, en synergie avec d’autres ONG, d’autres mouvements soucieux d’éducation au développement. 

Nous ne doutons pas que vous soyez intéressés aussi par la contribution de Robert Divoux avec son exhortation au jeûne, (pas seulement en temps de Carême, mais tout au long de l’année), par le témoignage poignant de Fouad Hassoun, militant chrétien pour la paix, aveugle franco-libanais avec lequel nous avons déjà travaillé en 1997, par l’article du quotidien Le Monde soulignant le recul de la France pour l’aide au développement, par la découverte, grâce à Jean-Paul Millier, d’une petite entreprise dijonnaise au service des aveugles qui adapte, entre autres, des jeux aux déficients visuels, sans oublier naturellement les rubriques qui vous sont familières, les poèmes toujours aussi lumineux de Véronique Laurès, le Courrier du Sud avec les nouvelles de nos partenaires, les points humour et recette culinaire.

Toute notre petite équipe s’est mobilisée, comme à l’accoutumée, pour réaliser ce numéro. Nous espérons que vous aurez plaisir à le lire et qu’il saura alimenter votre réflexion. C’est en tout cas le vœu que nous formons.

 

Paris le 5 août 2014.

 

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Jeûner en Carême…
par Robert Divoux

 

Pour les chrétiens, le temps de carême devrait être, en particulier, un temps de jeûne. Mais avouons que cet aspect de notre cheminement chrétien (et aussi tout simplement humain car, dans ce domaine comme dans d’autres, l’Église s’est emparée de traditions plus anciennes, qui aidaient femmes et hommes adultes à maîtriser leur vie et à "grandir"), cet aspect n’est guère présent dans nos préoccupations actuelles. 

Or voici que nous vient du pays basque du sud (la partie située en Espagne) une proposition d’« Idées pour bien jeûner » qui n’est pas sans intérêt. Voici une version de ce texte :

 

Proposons-nous de…

Jeûner de juger les autres, et par contre découvrons leurs propres richesses…

Jeûner de paroles blessantes, et s’exprimer de façon bienveillante…

Jeûner de mécontentement, et ouvrir son regard au positif…

Jeûner d’irritation, et se remplir de tendresse et de patience…

Jeûner de rancunes, et choisir la réconciliation…

Jeûner de stress, et se nourrir de calme et de confiance…

Jeûner d’avancer comme un mouton, et réfléchir sur le chemin à prendre…

Jeûner de se plaindre, et apprécier les choses simples de la vie…

Jeûner d’amertume, et à chaque occasion se remplir le cœur de joie…

Jeûner d’égoïsme, et s’abreuver à la source du don de soi…

Jeûner d’étourdissement et écouter les autres afin de pouvoir dialoguer…

 

Alors on se sent plus léger ! Et l’on se sent prêt à partager.

 

Mais… cet effort personnel, indispensable, ne doit-il pas se déployer collectivement ?

Il me revient cette phrase bien connue de Don Helder Camara : « Je nourris un pauvre et l'on me dit que je suis un saint. Je demande pourquoi le pauvre n'a pas de quoi se nourrir et l'on me traite de communiste. »

Car le « pourquoi ? » va avoir des conséquences : découvrir les causes, quand on s’est efforcé de « jeûner d’avancer comme un mouton » et que l’on s’est mis à « réfléchir sur le chemin à prendre » va nous entraîner à agir plus largement qu’à notre niveau personnel. Au niveau de nos capacités, bien sûr, mais sans les sous-estimer. "L’escargot n’avance que lorsqu’il sort de sa coquille" : il ne faut pas oublier ce principe !

La pauvreté augmente dans notre pays, en particulier chez bien des personnes handicapées. Les média désignent toujours la même cause : la crise (sous-entendu : la crise économique). Or la majorité d’entre nous ne savent pas comment réagir à ce niveau.

Réalisons d’abord que c’est réduire notre champ de vision que d’envisager la crise uniquement sous sa dimension financière.

La crise est aussi « humaine ». On pourrait même dire qu’elle est d’abord humaine. C’est parce qu’on oublie l’HOMME dans la marche de nos sociétés que celles-ci se soumettent au diktat de l’argent, du pouvoir de l’argent roi. »

Jésus-Christ nous avait bien mis en garde : « Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent. » (Matthieu 6, 24). Et n’oublions pas que Dieu s’est totalement solidarisé à l’homme en Jésus-Christ.

Le pape François  vient de nommer, à la tête de son nouveau « Conseil pour l’économie » (sorte de ministère des finances) le cardinal… Marx ! Théologien très estimé, il est archevêque de Munich et vient d’être nommé président de la Conférence Épiscopale allemande. En janvier 2014 ce cardinal a rédigé un article (1) cité par le journal La Croix du 12 mars 2014. On peut y lire :

« Le capitalisme ne devrait pas devenir le modèle de la société, parce qu’il ne prend pas en compte les destins individuels des faibles et des pauvres. »

Il ne sera pas contredit par le pape François, qui a des phrases aussi dures à ce sujet dans son exhortation « La joie de l’Évangile » :

« 55 … La crise financière que nous traversons nous fait oublier qu’elle a à son origine une crise anthropologique profonde : la négation du primat de l’être humain ! Nous avons créé de nouvelles idoles. L’adoration de l’antique veau d’or (cf. Ex 32, 1-35) a trouvé une nouvelle et impitoyable version dans le fétichisme de l’argent et dans la dictature de l’économie sans visage et sans un but véritablement humain. La crise mondiale qui investit la finance et l’économie manifeste ses propres déséquilibres et, par-dessus tout, l’absence grave d’une orientation anthropologique qui réduit l’être humain à un seul de ses besoins : la consommation. »

 

Jeûnons, oui.

Toute l’année, toute notre vie…

En agissant – individuellement / collectivement – pour rendre plus humaine notre société. Cela est à la portée de tous, avec évidemment des modalités variables au cours de l’histoire personnelle de chacun. Mais il n’est pas de lieux de vie, de conditions de vie qui ne permettent d’avoir des réactions et des actions humaines.

Participons avec nos moyens à l’humanisation de notre monde.

En bonus : l’Évangile pourra s’y trouver à l’aise !

 

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Pour une Terre solidaire et fraternelle
par Marie-Claude Cressant,
déléguée de Voir Ensemble au CCFD

 

Il y a deux ans, fin août 2012, près de 400 personnes du CCFD-Terre Solidaire s’étaient réunies à La Pommeraye, près d’Angers, pour un travail de prospective, afin d’esquisser les orientations souhaitables d’engager pour les années futures. Après un long travail qui a mobilisé les salariés, les mouvements et services d’Église, les délégués de diocèses et de régions, le nouveau Rapport d’Orientation 2014-2020 a été voté à l’Assemblée Générale de décembre 2013. Le texte en a été publié, et du 9 au 11 mai, 230 membres du CCFD-Terre Solidaire se sont de nouveau rencontrés à La Pommeraye, pour s’approprier ce document afin de permettre sa mise en oeuvre dans tout le réseau de l’organisation.

 

Déroulement du forum.

 Nous sommes arrivés pour la plupart le matin. Après installation dans les locaux d’hébergement répartis dans un grand parc, les travaux ont commencé le vendredi après-midi.

Monseigneur Blacquart, notre évêque accompagnateur, nous a rappelé que le CCFD reçoit son mandat de l’Église et nous a invités à nous enraciner dans l’Évangile et dans la doctrine sociale de l’Église, nous redisant les paroles du pape François : « une Église pauvre pour les pauvres. »

C’est ensuite Ignacio Arboleya, partenaire uruguayen, qui est intervenu, affirmant l’importance pour lui de cette alliance avec le CCFD. Il a souligné l’urgence de la lutte contre les inégalités, de la prise de conscience des problèmes environnementaux, la nécessité de dépasser « l’individualisme croissant, la frivolité des sociétés, la modernité liquide ». Il a rappelé l’importance de l’éducation populaire, le rôle crucial du partenariat dans le partage des expériences, la nécessité d’intervention pour la transformation des politiques publiques. « La solidarité a un rôle de guérison pour celui qui la vit. »

Le travail s’est poursuivi en ateliers, par une réflexion autour de textes exprimant les racines et horizons du CCFD, textes tirés de l’écriture sainte, des encycliques, de travaux de théologiens, philosophes, économistes contemporains, certains issus de nos partenaires du Sud. Bien sûr, nous n’avions pas le temps de tout lire, nous travaillions en petits groupes sur un document, après quoi nous faisions une mise en commun avec des groupes ayant abordé d’autres approches. Après le repas du soir, un échange avec Guy Aurenche a permis d’exprimer les grandes idées émergeant de ces réflexions, l’espérance qui nous anime, l’enracinement de la fraternité en la personne du Christ, la volonté de s’associer avec d’autres collectifs venus d’horizons divers, pour que le monde progresse en humanité.

Le samedi matin fut consacré à l’approfondissement de la notion de transformation sociale. Là encore, travail en groupes, différents de la veille, autour de situations vécues soit en France, soit chez des partenaires.

Je me suis ainsi retrouvée écoutant un exposé sur l’action de l’organisation SEM d’inspiration bouddhiste, qui, depuis la Thaïlande, essaie de former des hommes et des femmes de milieu rural en Birmanie en vue de faciliter l’acceptation des différentes ethnies dans ce pays pour leur permettre de travailler ensemble vers plus de justice. Après ces séances d’information conduites par des salariés du CCFD compétents sur les dossiers proposés, les regroupements permettaient de chercher ce qui avait pu faire bouger les lignes dans chaque expérience, puis de faire apparaître ce qui pouvait être commun, transposable.

Le samedi après-midi, la remontée du travail en groupe a fait émerger quelques points importants : le constat de situations inacceptables et la volonté d’essayer de les changer, mais l’indignation ne suffit pas ! Il faut se rendre disponible pour entendre les cris du monde, prendre le temps d’analyser le réel, de changer notre regard. Le dialogue est difficile, les transformations individuelles et collectives se font dans la durée, les problèmes sont plus grands que les moyens dont on dispose. L’équilibre est difficile à trouver entre la tentation de reproduire le passé et l’accueil des innovations.

Ensuite nous avons réfléchi sur les stratégies à mettre en oeuvre pour des relations plus confiantes avec les instances de l’Église, avec les donateurs, pour l’appel à de nouveaux publics, pour le recrutement de bénévoles...

Le repas du samedi soir fut festif, suivi d’une soirée dansante folk animée par des musiciens locaux qui sont revenus le dimanche matin accompagner la messe.

Au cours des maigres temps libres, certains ont réalisé des dessins, affiches, qui faisaient une exposition complémentaire à celle déjà installée par une région sur les femmes dans le monde, avec des peintures d’artistes de divers pays.

Le dimanche nous nous sommes regroupés par collèges, salariés, régions ; j’ai rejoint les représentants de mouvements afin de faire émerger nos désirs. Il est manifeste que les différents mouvements d’Église souhaitent mieux se connaître et collaborer sur des actions communes localement. Certains ont insisté sur le besoin de relecture des engagements, affirmant que le CCFD peut être chemin de foi.

La messe nous a réunis autour de la méditation sur les pèlerins d’Emmaüs, belle célébration priante, au cours de laquelle un vent déchaîné me faisait penser au souffle de l’Esprit.

À l’issue de ces rencontres chaleureuses, chaque participant est reparti avec la mission d’expliquer dans le milieu qui lui est propre les nouvelles orientations pour les années à venir et de participer autant que possible dans le territoire où il vit à des actions permettant l’affirmation de notre responsabilité de citoyen et de membre de l’Église.

 

Le Rapport d’Orientation 2014-2020.

Ce n’est pas une révolution, les grands thèmes du CCFD sont toujours présents, mais il s’agit de s’adapter à l’évolution de l’actualité, du réseau, des formes de bénévolat, des attentes ressenties dans la société civile et dans l’Église.

Le nouveau Rapport d’Orientation commence par un long préambule, « Racines et Horizons » qui rappelle l’historique du CCFD, ses textes fondateurs, Évangile et doctrine sociale de l’Église, sans oublier les apports de théologiens, philosophes, économistes de notre temps.

Vient ensuite une brève analyse du monde où nous vivons, avec son contexte de crises multiples, de changements profonds.

« Le CCFD-Terre Solidaire participe dans l’espérance à la pleine humanisation du monde. Pour ce faire, il est attentif aux forces, aux espoirs et aux tristesses, aux angoisses de ce monde. »

Il peut devenir « chemin de foi » pour ses militants.

Les nouvelles inflexions du rapport sont dictées par une prise en compte de l’évolution des sociétés, ici et là-bas, de l’interdépendance des pays, de l’évolution des partenariats, des nouvelles formes d’engagement.

Les actions du CCFD se regroupent en 5 champs thématiques :

·        renforcer la sécurité et la souveraineté alimentaire.

·        S’engager pour une économie qui réponde à une exigence de justice et qui soit au service de tous les hommes et du bien commun.

·        Renforcer les sociétés civiles et l’action politique.

·        Développer l’approche internationale des migrations.

·        Travailler à l’instauration d’une paix durable au service du développement. » 

Chaque thématique doit intégrer deux enjeux transversaux :

·        La viabilité écologique et la justice environnementale.

·        L’égalité entre les femmes et les hommes.

 

Les stratégies d’action.

Désormais, à côté du partenariat international et de l’éducation au développement, le plaidoyer devient le troisième levier de l’action du CCFD-Terre Solidaire. Ceci résulte de l’importance des campagnes et de leur impact aux niveaux national et international (paradis fiscaux, pacte pour une terre solidaire proposé aux élections législatives par exemple) et du constat que des problèmes identiques sont vécus au Nord et au Sud, nos partenaires étant souvent très impliqués dans l’interpellation des décideurs politiques de leur pays.

Les alliances avec les partenaires internationaux prennent des formes diverses : s’ils sont toujours invités pour animer en France la campagne de Carême, certains sont présents à la semaine de solidarité internationale de novembre, vécue avec d’autres organisations solidaires ; dans certaines régions, des échanges en immersion se font dans les deux sens : ainsi en Normandie des Togolais ont visité des agriculteurs et des pêcheurs, tandis que des Normands ont vécu avec les organisations rurales togolaises. Ces échanges se font parfois sur plusieurs années, créant de véritables relations, par exemple entre l’Île-de-France et les pays africains des Grands Lacs, ou la région Auvergne-Limousin et la Colombie. Il en ressort que nous avons à apprendre de nos partenaires et que nous cherchons une synergie dans les actions pour répondre aux problèmes planétaires. Il en résulte une remise en question permanente, ainsi certains termes peuvent être discutés : si on parle, faute de mieux, d’« éducation au développement », comment entendre le mot « développement » dans une époque de remise en cause de la croissance économique ? Les sud-Américains, par exemple, ont une pratique de l’éducation populaire efficace pour mobiliser les citoyens, sans crainte d’affirmer leurs sources chrétiennes. Comme la précarité et la pauvreté sont très présentes chez nous, les problèmes ici et là-bas appellent des interrogations et des solutions convergentes.

Ces expériences sur la durée de rencontre entre des régions françaises et des pays du Sud ont enrichi les outils du CCFD et ont rendu l’organisation moins pyramidale. Des initiatives régionales enrichissent les mobilisations citoyennes sur des sujets d’actualité, les documents d’animation procèdent de sources diversifiées. Ainsi la prochaine campagne de Carême nous invitera à réfléchir sur la théologie de la création, la justice environnementale...

De plus, aux traditionnelles équipes locales, diocésaines, régionales, s’ajoutent des ensembles de personnes mobilisées pour des causes particulières : c’est de cette manière que se sont créés au CCFD des réseaux thématiques (Israël-Palestine, souveraineté alimentaire, responsabilité des entreprises etc.), ces couches plus informelles amènent au CCFD de nouveaux militants qui ne se retrouvent pas dans les paroisses. Reste maintenant à améliorer les lieux de formation pour ces personnes. Une attention particulière est portée à l’appel de bénévoles parmi les jeunes adultes, les nouveaux retraités qui veulent s’engager.

En cette période de crise, le CCFD est préoccupé par la diversification des ressources financières (création d’une fondation, quêtes publiques, mécénat, investissement des réseaux sociaux).

Un souci permanent est de travailler en relation avec de nombreux réseaux de solidarité internationale, cultivant les complémentarités. Ainsi des actions convergentes se font avec le Secours Catholique, et d’autres associations.

Pour conclure, je dirai qu’à Voir Ensemble, nous avons notre place pour rappeler l’expression de personnes fragiles, notre action à la solidarité internationale peut être aidée, si nous nous en donnons les moyens, par le contact au niveau local ou national avec d’autres mouvements d’Église, avec des communautés religieuses. Il serait souhaitable que dans les Groupes, une personne s’investisse au CCFD au niveau diocésain ou régional, certains le font déjà. Je terminerai par ce mot de Guy Aurenche : « nous sommes des hommes et des femmes de l’aube, de la germination, de la naissance. »

 

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Rapport de mission au Togo du 2 avril au 2 mai 2014
par Nicolas Kokouma, secrétaire adjoint de la CSI

 

Dans le cadre du projet d’école d’enseignants spécialisés pour déficients visuels, initié et élaboré par l’Association « Ton village t’Appelle » basée à Villeurbanne en France, et l’Association Togolaise des Aveugles (ATA), en partenariat avec la Commission de la Solidarité Internationale de Voir Ensemble, j’ai effectué du 2 avril au 2 mai 2014 une mission de plaidoyer, avec mon partenaire local, en faveur de l’implication et du soutien du gouvernement togolais et des organisations internationales présentes à Lomé. Cette mission m’a aussi donné l’occasion de rencontrer plusieurs structures partenaires de la CSI pour faire le point sur des projets réalisés ou en cours.

 

1. Audiences et plaidoyer.

 

Les ministres en charge de l’éducation et des personnes handicapées, le ministre de la Fonction Publique, les services techniques de l’Éducation Nationale et le comité de pilotage de la Diaspora, se sont montrés très intéressés par le projet de l’Institut Iroko, une innovation pédagogique qui vise à combler durablement une lacune maintes fois déplorée dans notre zone francophone.

C’est grâce à notre travail de pionniers, ont-ils souligné, que de manière inclusive, on peut faire en sorte que le handicap n’en soit pas un au niveau des savoirs. Nos interlocuteurs ont salué notre démarche qui prévoit le passage d’une logique de stratégie éducative nationale, à une logique d’intégration régionale, pour réaliser une formation fondée sur la prise en compte de l’intérêt général, le Togo offrant le cadre et la logistique nécessaires. Le ministre des enseignements primaire, secondaire et de l’alphabétisation nous a assurés de la volonté politique du gouvernement de nous accompagner, en s’appuyant, pour cela, sur son engagement écrit qui s’ajoute à la lettre de soutien du service de Coopération et d’Action Culturelle de l’ambassade de France au Togo.

Les organisations internationales telles que la Mission Chrétienne auprès des Aveugles (CBM), Handicap International et l’ONG Aide et Action partagent notre démarche en vue de promouvoir la formation des enseignants spécialisés. Leurs observations avisées nous ont conduits à reformuler des aspects essentiels du projet :

- limiter la durée de la formation à un an, l’École Normale des Instituteurs (ENI) prenant en charge la formation généraliste et l’Institut Iroko la formation spécialisée ;

- recruter les stagiaires parmi les instituteurs diplômés de l’École Normale, pour permettre de résoudre la question de leur intégration à la Fonction publique.

- négocier avec l’État une reconnaissance de l’expérience acquise des enseignants spécialisés actuels sur le terrain comme étant l’équivalent de la formation dispensée à l’École Normale pour faciliter leur accès à l’Institut Iroko ;

- négocier également la reconnaissance du statut d'enseignant itinérant et spécialisé, pour appuyer les enseignants dans l'accueil des enfants handicapés en milieu ordinaire.

 

 

2. Rencontres avec les partenaires.

 

Le deuxième volet de ma mission visait à entretenir et à renforcer nos relations de partenariat avec des structures ayant bénéficié du soutien de la CSI.

Parmi celles menant des activités génératrices de revenus, j’ai pu visiter les locaux de l’Association des Personnes Handicapées pour l’Élevage et la Formation Artisanale (APHEFA) de Govié-Apegame et sa fabrique de craie.

Son président, Atsou AYISSAH, a remercié la CSI pour son soutien et a souligné l’impact positif sur leurs conditions de vie : changement du regard de la population, valorisation personnelle, participation à la vie du village, sentiment d’être reconnus...

L’atelier, composé de trois pièces (une salle de production, un local de stockage et un bureau), est bien tenu et témoigne du sérieux et de la bonne organisation du groupe.

Dans les locaux du Centre Polyvalent Saint Augustin, j’ai aussi pu rencontrer l’équipe du centre d’appui aux étudiants en situation de handicap de l’Université de Lomé, pour discuter de son projet de renforcement de la cellule de transcription. Nous avons ainsi pu faire le point, avec l’équipe d’encadrement et les 27 étudiants aveugles, sur l’avancée de ce projet, pour lequel  le doyen de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines, rencontré sur le campus, s’est engagé à apporter une contribution de 2 ordinateurs.

L’Université a toujours été favorable au renforcement des capacités de la cellule de transcription, mais elle s’est heurtée à la difficulté de lui procurer les outils spécialisés. Il est à noter, parmi les actions significatives de celle-ci, la rémunération des encadreurs, la mise à disposition d’un bâtiment de trois salles et le mobilier. Le centre d’appui aux étudiants étant rattaché à la Faculté des Lettres, le Doyen s’est engagé également à l’inscrire dans le budget du département pour assurer sa pérennité.

Cette rencontre m’a aussi permis d’assister à la remise aux étudiants d’enregistreurs numériques dont l’achat sur place avait été financé par la CSI.

 

Conclusion

 

Les objectifs de la mission ont été remplis et nous avons pu mesurer l’utilité de ma venue à Lomé. Il était important de recueillir les observations des acteurs locaux  pour les intégrer à notre projet de création d’une école de formation pour enseignants spécialisés. Le projet Iroko a suscité un vif intérêt chez toutes les personnalités que nous avons rencontrées. Elles nous ont réservé un accueil enthousiaste qui facilitera certainement la mise en œuvre de cette première en Afrique francophone.

 

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À tous les enfants des cités
(poème de Véronique Laurès)

 

À tous les enfants des cités,

Je dédie ces modestes vers,

Ces quelques lignes messagères

D'un cri que je ne peux garder.

 

Vous avez de l'or dans le cœur,

Qu'il jaillisse comme la lumière

Ou soit enfoui sous la douleur

Qui vous assaille et vous enserre.

 

Vous avez la couleur du ciel,

Quelle que soit celle de votre peau,

Et quelles que soient celles des drapeaux

Dont on charge vos épaules frêles.

 

Vous avez le visage tendre,

Que la jeunesse donne à chacun,

Et que des pièges en leurs méandres

Malmènent au détour d'un chemin.

 

Ma main dans la vôtre, je sens,

Outre le poids d'un sac trop lourd,

La vie qui vous pousse en avant,

Et cet immense champ d'amour,

À cultiver passionnément…

 

Je crois en la force d'aimer,

Je crois en vous intimement,

J'ai l'espérance enracinée

Qu'un jour fleurira pleinement

L'oasis déjà amorcée.

 

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Rapport de mission au Tchad
par Michel Fradin,
membre de la CSI (extraits)

 

Introduction.

 

La Commission de la Solidarité Internationale de Voir Ensemble poursuit une politique de contacts privilégiés avec ses partenaires. Celle-ci se matérialise par de nombreux échanges téléphoniques, de courriers ou courriels et l’envoi de divers documents comme Solidarité Magazine. Mais la CSI privilégie le fait de rencontrer physiquement ces représentants d’associations avec lesquelles elle a noué des liens dans les pays francophones appartenant aux continents africain, asiatique, voire américain (Haïti). Elle invite ceux qui ont la possibilité de se rendre en France à participer à ses réunions de Comité trimestrielles, ou bien aux Rassemblements solidaires organisés tous les deux ans.

Toutefois, le point d’orgue de ces échanges a lieu lors de missions que la CSI monte dans les pays concernés, qu’il s’agisse de conduire des stages de formation au braille, ou tout simplement de missions d’observation et de prise de contact avec les principales structures et associations de personnes aveugles et malvoyantes qu’elle soutient déjà, ou envisage de soutenir. Ces déplacements, malgré leurs coûts non négligeables, sont essentiels pour permettre à la CSI, d’une part, de suivre concrètement sur le terrain les résultats tangibles des subventions qu’elle a accordées et, d’autre part, d’entretenir avec les membres de ces associations des relations humaines et personnalisées basées sur la confiance réciproque.

C’est dans ce cadre général que s’est inscrite la mission que la CSI a confiée au rédacteur de ce rapport, du 13 au 28 avril 2014, à l’invitation de M. Noubadoum Rimadoum Mayengar, président du Groupe de Déficients Visuels pour la Formation Professionnelle (GDVFP), association basée à N’Djamena, capitale du Tchad.

Ce déplacement de 15 jours avait pour objectifs de :

- Obtenir et participer à des audiences de plaidoyer ;

- Visiter des structures dont la CSI a financé des projets, ou est en passe de le faire ;

- Conduire des séances de travail portant sur l'élaboration de dossiers de demandes de subvention, sur la rédaction de rapports et/ou comptes rendus d’exécution de projets.

 

Généralités sur les aveugles tchadiens.

 

La CSI s’implique au Tchad depuis 1993. Ce pays ne lui était donc pas complètement inconnu. Cependant, des événements importants, comme une crise grave au sein du Centre de Ressources pour Jeunes Aveugles (CRJA), véritable épine dorsale de la cause des aveugles dans le pays, et la création récente du GDVFP, association « invitante », ont changé la donne. Il était donc particulièrement important de visiter ces deux structures tout en ne se limitant pas à elles seules.

Selon les indications fournies par M. Magloire, ancien directeur du CRJA, en 2005, le Tchad comptait environ 130 000 aveugles et déficients visuels. Depuis cette époque, il apparaît que ce nombre a tendance à augmenter. De jeunes enfants, en zone rurale, sont atteints de cécité faute de vaccination adéquate contre la variole et la varicelle.

Les aveugles du Tchad souffrent globalement d’un rejet de la population. Celui-ci est dû à des croyances traditionnelles fortement ancrées dans la conscience collective selon lesquelles les handicapés en général et les aveugles en particulier sont maudits, portent malheur et sont les produits d’esprits maléfiques. L’intelligentsia des handicapés est très réduite en nombre (le député Béral Mbaïkoubou constitue une exception). Cependant, cet état d’esprit évolue positivement, mais très lentement, surtout en brousse. Cette prise de conscience s’explique en partie par l’augmentation du niveau général d’éducation dans le pays, mais aussi par le fait que de plus en plus d’associations ont pris à bras le corps ce problème. Au sein du gouvernement tchadien, intégrée au Ministère de l’action sociale, il existe une Direction des handicapés qui est la clef de voûte du système.

 

Présentation de quelques structures.

 

Centre de Ressources pour Jeunes Aveugles (CRJA).

 

Cette structure, créée par le père Jean Williet en 1988, est unanimement reconnue, qu’il s’agisse des autorités gouvernementales tchadiennes, des grandes institutions internationales comme les Nations unies, l’Union européenne, les Ambassades de France et des USA ou le Lions club par exemple. Elle s’impose comme la référence en matière de prise en compte des jeunes handicapés visuels et constitue une pépinière de présidents d’associations d’aveugles du pays, ce qui facilite leur mise en réseau.

Le CRJA, qui fonctionne sous la forme d’un internat, regroupe 45 élèves (16 filles et 29 garçons) provenant majoritairement de la province. Il accueille des élèves dès la maternelle pour leur enseigner le braille et le français. Une fois ces apprentissages suffisamment maîtrisés, les élèves du primaire et du secondaire sont envoyés dans des écoles privées ou publiques pour y poursuivre leur scolarité en milieu ouvert. Les cours s’arrêtent généralement à 13h00. Aussi, quatre fois par semaine, les élèves participent l’après-midi au CRJA à des séances de soutien et de suivi qui leur sont dispensées par des répétiteurs plus ou moins bien formés aux techniques d’enseignement pour aveugles et compétents dans leur discipline. Les élèves passent les mêmes examens nationaux que les voyants et obtiennent de très bons résultats (en moyenne 75% de réussite, sauf en 2013 en raison de la crise et de l’interruption des cours qui en a résulté au CRJA). Des cours du soir sont dispensés aux volontaires pour leur enseigner des savoir-faire artisanaux (comme la vannerie par exemple), la dactylographie ou bien pour les initier à la musique.

Le Conseil d’Administration du CRJA intègre dans ses rangs un représentant du Ministère de l’action sociale. Son personnel est composé de quatre transcripteurs, deux instituteurs braille (pour les enfants de maternelle), un administrateur gestionnaire, un conducteur pour le minibus de ramassage, deux gardiens, trois cuisinières, un chargé d’activités artisanales et musicales.

Théoriquement, la scolarité est payante. Mais rares sont les parents qui s’acquittent de ces frais, aussi modestes soient-ils. Tout comme sont très rares les contacts entre parents et responsables du Centre, beaucoup d’enfants étant ainsi abandonnés par leur famille et donc quasi orphelins. Au moment de la visite, l’Union européenne, principal bailleur de fonds du Centre, avait cessé (depuis dix mois) de le subventionner en raison des problèmes de gestion et de détournement constatés. Mais sa volonté de reprendre ce soutien financier a été confirmée par son représentant en charge du dossier. L’État tchadien, partie prenante à travers son ministère de l’action sociale, ne participe aux frais de fonctionnement qu’à la marge. Aussi, pendant plusieurs mois l’encadrement du CRJA n’a touché aucun salaire.

Malgré toutes ces difficultés, qui sont en voie d’être surmontées semble-t-il, le nouveau Directeur s’est montré optimiste quant à l’avenir de l’institution, notamment en raison de l’action et de la notoriété du député Béral qui a accepté d’apparaître comme le défenseur et le porte-parole de la cause des aveugles tchadiens et du CRJA. Au-delà des besoins matériels extrêmement nombreux, suite à la crise, il souhaite obtenir des moyens plus performants en informatique pour pouvoir gérer plus aisément son institution et enseigner aux élèves, très demandeurs, ces nouvelles technologies qui leur donneraient une ouverture sur le monde. Il aimerait également disposer d’outils qui lui permettraient de faire pratiquer à ses élèves, pour leur épanouissement, des jeux de société, de la musique et du chant, des activités sportives (torball, etc…) ou culturelles (livres en braille, bibliothèque sonore). Enfin, il envisage à moyen terme de s'atteler à l’amélioration quantitative et qualitative de ses enseignants et répétiteurs, ce qui nécessitera des moyens financiers pour recruter de bons éléments et les former à leur métier très spécifique.

 

Groupe de Déficients Visuels pour la Formation Professionnelle (GDVFP).

 

Créé en 2009, le GDVFP a pour vocation première d’offrir aux aveugles non désireux, ou n’ayant pas les capacités intellectuelles suffisantes pour suivre le cursus scolaire classique, de suivre des stages de formation professionnelle aux « petits » métiers manuels dans l’optique de les insérer dans la vie active.

Le GDVFP regroupe actuellement de l’ordre de 65 membres inscrits et bénévoles. Sa composante humaine s’articule autour d’un président, d’un vice-président, d’un secrétaire et secrétaire adjoint, d’un comptable, de deux chargés culturels, deux chargés du matériel, de trois chargés d’affaires commerciales (pour la vente des produits artisanaux réalisés par les membres) et d’un assistant du président. Le GDVFP dispose également de formateurs bénévoles à la dactylographie, en menuiserie, tissage, réalisation d’éventails, etc… Sa section école primaire regroupe cinq élèves (au lieu des quinze prévus initialement). Ces enfants suivent le matin (de 7h30 à 12h00) des cours de braille et d’apprentissage de la langue française. Les après-midi sont consacrés à la formation technique professionnelle des adultes, quand des ressources sont disponibles.

En 2011, le GDVFP a organisé un stage de tissage de cinq mois au profit d’une quinzaine de participants aveugles pour la réalisation de lits, de pots de fleur, de paniers, de ceintures. La même année était monté un stage de formation en dactylographie (12 stagiaires) d’une durée d’un mois et demi grâce à une subvention de la CSI et à ses fonds propres.

En 2012, suivait un stage de formation en menuiserie qui devait durer une année pleine ; mais ce stage s’est révélé être un échec dans la mesure où le soutien des ministères tchadiens concernés a fait défaut. Ce stage, financé par la CSI, a permis néanmoins de prodiguer aux bénéficiaires une formation raccourcie pour la réalisation de bancs, de bancelles et de buffets en bois.

En ce début d’année 2014, le GDVFP a reçu de l’AVH un certain nombre de matériels pour l’apprentissage du braille, ainsi qu'un appui financier pour la participation au règlement des salaires de ses enseignants à raison de 10 mois sur 12. Il a transmis au gouvernement un projet de formation à l’informatique et de création d’une bibliothèque sonore : ce dossier est toujours en attente, bien que le Premier ministre ait donné son accord pour sa réalisation.

 

Institut Bartimée de Moundou.

 

L’école de Moundou, ou Institut Bartimée, dont le directeur est lui aussi un ancien du CRJA, a été créée en 1999. Cette structure multiconfessionnelle accueille actuellement 24 élèves (3 filles et 21 garçons dont 11 suivent des cours au collège et 13 au primaire). Elle dispose de 4 enseignants (en vannerie, menuiserie et musique) et de 4 répétiteurs. Son équipe de direction comprend, outre le directeur, une cuisinière et un gardien. Elle est supervisée et soutenue par le père catholique français Michel. L’école fonctionne sous le régime de l’internat et accueille des élèves en provenance des campagnes et villages environnants.

La scolarité est payante, mais peu de parents s’acquittent des frais, et s’intéressent en fait à leurs enfants handicapés (même problématique que pour le CRJA). Le local dans lequel elle est implantée (6 pièces, donc espace très limité) lui appartient.

L’institut Bartimée, reconnu par l’État, bénéficie du soutien matériel et financier de plusieurs organismes : CBM Kenya, la fondation Liliane des Pays bas et le Comité de Bourses pour Enfants Handicapés Nécessiteux (COMBEHN).

 

Le directeur, dans sa gestion, rencontre les difficultés principales suivantes :

- Problème de transport récurrent : l’institut ne dispose pas d’un minibus de transport scolaire ce qui l’oblige à louer les services de taxis (très chers et peu sûrs). Deux accompagnateurs amènent et vont rechercher les élèves dans les établissements (idem CRJA) ;

- La rareté des moyens pédagogiques pour apprendre et enseigner le braille (l’institut ne possède que 4 machines Perkins) ; le fait qu’il n’ait pas de bibliothèque sonore ou très peu de livres en braille ;

- L’absence du soutien de l’État hormis le salaire du directeur (NB : les autres personnels perçoivent un per diem fourni par CBM et le frère Michel) ;

- Le groupe électrogène de l’institut est en panne depuis plusieurs semaines ;

- Le manque de matériel de couchage pour les enfants qui dorment à même le sol sur une natte, et l’absence de moustiquaires, ce qui entraîne beaucoup de cas de paludisme ;

- Le besoin de stage de formation en braille pour les enseignants spécialisés, en abrégé notamment ;

- Enfin, la nécessité pour l’encadrement administratif et le directeur en particulier, d’avoir des notions précises dans la gestion d’une association.

 

 

Considérations sur les entretiens avec les autorités étatiques,
ONG et représentants de la société civile.

 

Les nombreux entretiens accordés par des autorités diverses et variées, certaines de très haut niveau, se sont tous déroulés dans une ambiance chaleureuse et compréhensive. Ces autorités ont été destinataires de la fiche technique de présentation de Voir Ensemble et de la CSI et se sont vues remettre pendant l’entretien le flyer de la CSI.

Les arguments développés à travers le plaidoyer à deux voix (celle du représentant de la CSI relayée par celle du député Béral, principalement) ont, sinon convaincu, du moins intéressé nos interlocuteurs, lesquels, pour la plupart, se sont déclarés prêts à soutenir ces initiatives.

Par ailleurs, ces rencontres ont confirmé l’idée qu’en dépit des restrictions budgétaires qui frappent actuellement les États occidentaux et les bailleurs de fonds internationaux, ces « décideurs » étaient tout à fait prêts à financer des projets cohérents et sérieux à condition de recevoir des demandes bien argumentées et correctement rédigées, qu’il s’agisse de la réalisation de micro-projets ou de dossiers plus importants et ambitieux pouvant bénéficier d’un cofinancement.

 

Principales recommandations.

 

Compte tenu de ce que le représentant de la CSI a pu constater au Tchad et s’appuyant sur son expérience des pays pauvres et post-conflits dans lesquels il a séjourné, il formule les recommandations générales ci-après :

- Les aveugles du Tchad devraient accentuer leurs efforts pour se faire connaître et reconnaître par la population et les autorités locales comme des citoyens à part entière voulant vivre dignement et participer au développement de leur pays. Ils auraient tout intérêt à être partie prenante dans les grands événements qui peuvent favoriser leur mise en valeur aux yeux de leurs concitoyens : Festnov, journée nationale des handicapés du 7 février, manifestations autour de la francophonie. De manière plus pragmatique encore, pour « ouvrir les yeux » de leurs concitoyens sur leur existence et leurs conditions de vie difficiles, les aveugles devraient, malgré les difficultés du terrain et les multiples obstacles rencontrés sur les voies publiques, utiliser des cannes blanches en même temps que des guides voyants ;

- Les responsables devraient veiller à rédiger des demandes claires et précises pour des micro-projets, profitant le plus directement possible aux aveugles, plutôt que destinées au fonctionnement interne et au paiement du salaire du personnel d’encadrement ;

- Le GDVFP devrait prendre le temps d'élaborer, en liaison avec la CSI et avec des partenaires locaux, un projet d’envergure visant à mettre sur pied un Centre moderne de formation professionnelle pour adultes aveugles qui, une fois consolidé, pourrait être exporté en province et servir de référence au Tchad voire à l’Afrique tout entière. Intégrer dans ce projet une coopérative de revente des produits réalisés par les stagiaires, une section apprentissage des techniques agricoles et d’élevage, une autre section dédiée à la découverte et à l’apprentissage des nouvelles technologies informatiques, ainsi qu'une initiation à quelques notions de gestion d’une micro-entreprise, voire d’une association ;

- Les dirigeants devraient chercher à consolider et élargir les contacts positifs noués à l'occasion de cette mission en direction du Lions club, de l’Église catholique, des grandes banques et entreprises nationales ou étrangères ;

- L’union faisant la force, les diverses associations d’aveugles auraient intérêt à se regrouper dans une nouvelle instance fédérative dont le député Béral pourrait devenir le représentant et le porte-parole). Celle-ci faciliterait les échanges d’expériences, permettrait la mutualisation de moyens et l’entraide, servirait d’interlocuteur privilégié vis-à-vis du pouvoir en place, pourrait participer à l’élaboration d’un état des lieux des besoins les plus urgents pour mieux y répondre, permettrait de lutter contre les « bandits » qui profitent du système et de la vulnérabilité des aveugles pour capter à leurs dépens les maigres subventions qui leur sont accordées, enfin pourrait représenter le Tchad à l’Union Mondiale des Aveugles et à l’Union Francophone des Aveugles (UFA);

- En coordination avec les associations d’autres catégories d’handicapés, les associations d’aveugles du Tchad ont intérêt à profiter de la vague de sympathie et de compréhension déclenchée par cette visite pour maintenir la pression sur le gouvernement pour que soit signé le décret d’application de la loi n° 007 de 2007 et pour œuvrer à la création d'un secrétariat d’État à l’intégration des handicapés, comme par exemple en Haïti.

 

Note :

1. L’intégralité du texte de ce rapport est disponible sur notre site à l’adresse
http://www.voirensemble.asso.fr/modules/kameleon/upload/rapport-mission-tchad-version-finale-22-06-2014-v2sansannexes.doc



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Une petite entreprise au service des aveugles
par Jean-Paul Millier, membre de la CSI

 

Il est bon, dans notre pays aussi, de voir fleurir de petites entreprises où ceux qui travaillent croient profondément à l'amélioration des conditions de vie des aveugles. Certes nous avons en France de grosses structures, des associations qui disposent de gros moyens ; mais trop souvent, les initiatives individuelles innovantes n'y trouvent pas leur place. Les instances, souvent centralisées et bien lourdes, ne leur permettent pas de s'épanouir.

C'est dans ce contexte que j'ai rencontré, au début de l'année, Franck Jaffiol, originaire du sud de la France et établi à Dijon. Il m'a expliqué son parcours et ses passions.

Il a tout d'abord travaillé de nombreuses années dans les milieux de la banque et de la finance. Ensuite, il a occupé un poste important chez Carrefour, grande surface connue dans le monde entier. Il a pratiqué ce métier extrêmement prenant et impitoyable pendant 6 ans. Mais ses amis lui ont vite reproché de ne parler que "boulot" et lui-même a ressenti une grande lassitude dans le poste qu'il occupait. Comme il refusait une mutation l'obligeant à quitter Dijon, on lui a fait comprendre qu'il pouvait partir et alors, ça a été le changement.

Après l'obtention d'un master en marketing, Franck a repris, en 2007, la direction de Tom's 3D.

C'est une petite entreprise d'insertion qui a développé et fait breveter un concept original de dépôt braille sur tout support. Le procédé a tout d'abord été utilisé pour permettre aux enfants aveugles d'accéder, par le toucher, à la reproduction de dessins en relief. Ainsi, ils ont pu découvrir des livres destinés à leur âge et explorer, de façon tactile, des paysages, des personnages ou des animaux conçus à partir de divers matériaux.

Mais Franck, très inventif, ne s'en est pas arrêté là et a développé un procédé de dépôt de résine qui permet aux aveugles d'accéder au relief sans risque d'effacement. Par ce nouveau système, notre créateur donne vie à sa philosophie : pouvoir mettre le braille partout où il doit être.

Certes, l'entreprise est encore jeune et manque de moyens. Mais quelques subventions, l'emploi de stagiaires et de personnes en insertion, et surtout la volonté des permanents devraient lui ouvrir des perspectives intéressantes, mises comme on l'a déjà dit au service des non-voyants.

À ce jour, Tom's 3D travaille dans plusieurs domaines; Nous n'en évoquerons que deux :

 

I. Les jeux de société en relief :

- On trouve tout d'abord le jeu classique de 52 cartes marquées en relief de résine. Naturellement, voyants et aveugles peuvent jouer ensemble.

- Le jeu de uno, également avec cartes.

- Le scrabble avec cartes.

- Le mille bornes.

- Le tic tac boom sur cartes.

- Le tarot classique de 78 lames pour jouer ou pratiquer la divination !

- 5 dés en relief sur bois et 28 dominos.

À noter que chaque boîte de jeu est accompagnée d'un CD audio au format Daisy où les règles sont décrites.

 

II. La réalisation de magnets.

Ce sont de petites plaques aimantées sur lesquelles sont inscrits en braille et en caractères ordinaires les noms des produits contenus dans des boîtes de conserve ou des bocaux par exemple. Ainsi la personne aveugle peut ouvrir, sans risque de se tromper, une boîte de petits pois ou un pot de confiture. Les magnets sont bien sûr réutilisables une fois le récipient vide. Franck fournit, à la demande, les indications qui doivent figurer sur les contenants que la personne utilise le plus souvent.

 

Tom's 3D et Aveugle sans Frontières ont en projet la conception d'un globe terrestre adapté, produit devenu rarissime faute de crédits et d'intérêt de la part des fabricants.

Pour plus d'informations, rendez visite à Tom's3D sur le site :

www.toms3d.com

 

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Rapport d’activités du président de l’Union Francophone des Aveugles (UFA) lors de sa mission
à Oslo
et à Paris du 12 au 19 mai 2014
par Paul Tezanou

 

Du 19 février 2013 au 19 mai 2014, mon équipe intérimaire et moi n’avons pas chômé. Après notre désignation le 19 février 2013, nous nous sommes donné plusieurs priorités pour soigner l’image de marque de notre chère union, notamment l’évacuation du dossier haïtien, la consolidation des liens de partenariat et de collaboration avec les anciens et nouveaux partenaires (Unions mondiale et africaine des aveugles, Conseil International pour l’Éducation des Handicapés Visuels), la redynamisation des organisations membres de l’UFA encore fragiles, la visibilité de l’UFA à travers ses actions, la mise à jour de son site web, les différentes aides aux écoles d’aveugles nécessiteuses, une stratégie de charme pour mobiliser les cotisations annuelles aussi bien auprès des associations membres qu’auprès des membres bienfaiteurs, etc.

Toutes ces réalisations ont fait l'objet de nos précédents rapports. Je voudrai m’appesantir ici sur mes récentes activités  à Oslo et  en France.

À Oslo, au Centre de Réhabilitation des Aveugles Adultes du 12 au 17 mai 2014, j’ai participé à la réunion du Comité Exécutif de l’Union Mondiale des Aveugles où 6 continents étaient représentés en délégation de 4 à 6 personnes à savoir l’Afrique, l’Asie Pacifique, l’Asie, l’Europe, l’Amérique Latine et l’Amérique du Nord.

5 membres internationaux étaient invités à cette réunion parmi lesquels l’UFA. Des nombreuses résolutions prises à l’issue des travaux, je citerai :

- La tenue de la neuvième AG de l’UMA en 2016 aux États-Unis d’Amérique organisée par la Fédération Nationale des Aveugles de ce pays.

- La prochaine réunion des membres du Bureau de l’UMA à Hong Kong en octobre 2014.

- La suppression du financement des guides voyants pour les leaders des organisations de personnes aveugles, à l'exception des guides interprètes, du fait de la crise économique qui secoue l’UMA.

- L’intensification des campagnes de sensibilisation auprès des États membres de l’UMA pour la ratification et la mise en œuvre du traité de Marrakech, ainsi que la convention des Nations unies sur les droits des personnes handicapées pour les pays qui ne l’ont pas encore fait.

- La recherche des financements pour la réalisation des nombreux programmes de l’UMA tels que : la prise en charge des délégués africains aux assises de l’UMA, les bourses d’étude (Hermoine Grant scholarship basé aux USA et celle de Pedro Zurita).

- La réduction du nombre des membres du Comité Exécutif de l’UMA par continent et du nombre des réunions de Bureau.

 

Quelques informations importantes :

 

L’Union Européenne des Aveugles dispose de deux fonds. Le premier,  intitulé « fonds de solidarité », est destiné aux projets économiques et culturels des aveugles et malvoyants d’Afrique. Sont éligibles à ce fonds les associations nationales des aveugles membres de l’UAFA. Le second fonds est destiné aux associations de non-voyants des pays pauvres d’Europe. Les demandes pour ces fonds doivent être présentées par les organisations internationales au profit des bénéficiaires concernés. L’Union Francophone des Aveugles peut effectivement jouer ce rôle. La Fondation Mondiale du Braille, ayant son siège à Toronto au Canada, dispose aussi d’une somme de 200 000 dollars américains pour trois catégories de bourses, à savoir : bourse d’étude secondaire et supérieure dans son pays, bourse d’étude pour jeunes filles non-voyantes désireuses d’étudier dans leur pays d’origine, bourse pour la formation professionnelle et musicale. Les montants varient entre 200 et 1000 dollars. Toutes les organisations d’aveugles membres de l’UMA sont éligibles à ces fonds.

Lors de cette réunion, j’ai eu une importante séance de travail avec le représentant de CBM à l’issue de laquelle il a exprimé l’intérêt de son ONG à cofinancer les projets de l’UFA dans le domaine de l’éducation, de la promotion et de la protection des droits humains des non-voyants dans les pays en développement. Ce cofinancement sera élargi aux activités de protection et de promotion des droits civiques des non-voyants au sein d’une plate-forme nationale, leur intégration dans la vie politique et leur participation au processus électoral, ainsi qu'aux initiatives de plaidoyer en vue de la ratification des textes légaux internationaux à savoir la convention des Nations unies et le traité de Marrakech.

 

Actualité de l’UFA :

 

Le 19 mai, j'ai présidé une réunion du Bureau à Paris dans les locaux du GIAA, dont les principaux points traités ont été les suivants : la suite des travaux d’équipement du studio d’enregistrement au profit de la Société Haïtienne des Aveugles, le transfert du solde à la SHAA par la trésorière de l’UFA, le dossier de demande d’aide aux écoles d’aveugles, la réactualisation de la liste des membres de l’UFA, le budget et la date de la prochaine AG de l’UFA.

S’agissant du studio d’enregistrement à Port-au-Prince, force est de constater que tout le financement a été transféré, le studio est terminé, on n'attend plus que ses techniciens en formation chez « Vues et Voix » pour son inauguration.

S’agissant des aides aux écoles d’aveugles et au regard de la place de choix qu’occupe ce volet, un comité chargé d’étude de ce dossier a été mis sur pied ; les formulaires comportant les critères de sélection ont été envoyés.

La liste des membres de l’UFA a été réactualisée ; malheureusement les coordonnées postales et email de certaines organisations ont été changées, raison pour laquelle leurs courriers nous reviennent systématiquement.

Le budget et la date de la prochaine AG de l’UFA ont été discutés. Pour améliorer la communication entre les administrateurs de l’UFA et leurs membres en Afrique, une somme de 500 euros a été allouée à chacun d’entre eux pour faciliter la communication et la mobilisation des ressources financières pour leur prise en charge partielle ou totale à la prochaine AG.

Il est à noter que le site web de l’UFA est actuellement hébergé par l’association canadienne « Vues et Voix », infiniment merci à cette organisation à travers ses autorités pour ce geste de solidarité !

Je m’en voudrais de terminer ce rapport sans rendre un vibrant hommage à mes collaboratrices pour leur disponibilité et leur engagement bénévole au service de l'UFA. Un seul mot à ce trio : CONTINUEZ !

 

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La France, mauvais élève de l'aide au développement

 

Les difficultés budgétaires de la France l'ont rendue avare de ses deniers et son aide publique au développement (APD) s'en est ressentie et a régressé de 9,8 % en 2013.

Certes, selon les chiffres publiés mardi 8 avril par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), elle demeure le cinquième donateur mondial derrière les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Allemagne et le Japon.

Mais sa contre-performance en matière de générosité envers les pays moins développés est soulignée par le niveau historique atteint l'année dernière par le total de l'APD au plan mondial : 134,8 milliards de dollars, soit une hausse de 6,1 % par rapport à 2012, après deux années de recul.

Le mauvais score de la France est d'autant plus surprenant que d'autres pays ont fait preuve d'un volontarisme budgétaire méritoire en période de difficultés budgétaires.

« Le Royaume-Uni s'était donné des objectifs très ambitieux et son APD a progressé de 27,8 %, souligne Yasmin Ahmad, chargée de statistiques à l'OCDE.

L'Italie, qui avait coupé dans ses lignes budgétaires en 2012, progresse de 13,4 %. L'effort du Japon (+ 36,6 %) s'explique par ses importantes remises de dettes à l'égard du Myanmar ».

Une « tendance un peu inquiétante » apparaît, selon Madame Ahmad : la diminution de 5,6 % de l'APD destinée à l'Afrique.

« L'aide prend de plus en plus la forme de prêts et moins de dons, explique-t-elle, or les prêts vont plutôt aux pays les moins pauvres capables de les rembourser», ce qui tarit de facto les fonds consacrés à l'Afrique.

 

« Nous assistons à une dépriorisation »

Cette situation inquiète les ONG françaises. L'OCDE vient contredire directement les autorités françaises qui, au moment du vote des budgets, ne cessent d'argumenter sur la « stabilisation » des crédits d'APD.

Or, ils sont en baisse, et très fortement, entraînant des répercussions pour les populations les plus vulnérables », déclare Christian Reboul d'Oxfam France.

Il ajoute : « Plus de ministre du développement, forte baisse des budgets : nous assistons à une dépriorisation de la solidarité internationale dans l'action gouvernementale. Changement climatique, sécurité alimentaire, crises humanitaires, développement des services publics… la France baisse-t-elle les bras ? »

Cette déception est d'autant plus forte que le décrochage de la France est en contradiction avec les promesses de François Hollande de renouer avec une trajectoire budgétaire permettant de porter l'APD française à 0,7 % du produit national brut, contre 0,4 % environ aujourd'hui, rappelle Jean-Louis Vielajus, président de Coordination Sud qui regroupe les ONG françaises.

« Nous sommes très inquiets, poursuit-il, car des rumeurs concordantes annoncent une baisse de 200 millions d'euros du budget des dons et subventions pour 2015. Nous étions déjà à un niveau extrêmement bas et même en dessous de tout ! Comment allons-nous pouvoir contribuer au recul de la pauvreté voulue par l'ONU dans le cadre des Objectifs du millénaire qui requièrent non des prêts, mais des dons et des subventions ? »

 

Alain Faujas, Le Monde.fr | 08.04.2014

 

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Amour bien-aimé
(poème de Véronique Laurès)

 

Amour, qui remplis l'univers

Jusqu'au-delà de ses frontières,

Douceur Vivante qui, sans tapage,

Recouvre d'or l'épi sauvage,

Porte l'oiseau au fil des airs,

Et donne toute sa beauté

À la nudité du désert,

Jusque dans son aridité,

 

Source d'une tendresse paisible

À la chaleur inextinguible,

Habitant les silences clairs,

Les mots bienveillants et sincères,

Les pas confiants, les bras ouverts,

Les mains qui se tiennent, se serrent,

Les coeurs qui combattent la guerre

Et tissent des liens de lumière,

 

Amant des amants immortels,

Ami des amitiés fidèles,

Frère de l'humaine ribambelle

Qui, dès qu'elle accueille ton appel,

Pare la terre, en est le sel,

Des grands champs au fond des ruelles,

Des abysses aux neiges éternelles,

 

Toi qui perçois l'imperceptible,

Qui comprends l'inintelligible,

Toi qui dans ton altérité

Te fais l'intime des oubliés,

Toi qui fais d'un soupir éteint

Le souffle d'un nouveau matin,

Amour, Amour, combien j'aspire

À partager ta vie, et par ma vie, la dire...

 

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Témoignage de Fouad Hassoun :
« accepter, avancer et pardonner »

 

En 1986, alors âgé de 17 ans, il perd la vue dans un attentat à Beyrouth, au Liban.

Artisan de la Paix entre chrétiens et musulmans, Fouad Hassoun a décidé de ne pas se laisser entraîner par la haine.

Aujourd'hui apaisé, il nous invite à suivre son chemin : accepter, avancer et pardonner.

 

J'étais chez moi, je me préparais pour aller à la fac. Intrigué par un bruit dans la rue, je me suis approché de la fenêtre. Soudain, je n'ai plus rien entendu, même pas l'explosion de la voiture piégée, qui était là pour tuer, gratuitement. Je me suis réveillé dans un lit d'hôpital, la tête recouverte de bandages, entouré de ma famille et de tous mes amis, qui se lamentaient, car je ne voyais plus rien. Moi, discrètement, je savourais mon souffle, qui me faisait prendre conscience de la valeur de la vie. Mon existence a basculé, mais la vie continuait, l'essentiel était là.

La guerre m'a volé mon adolescence, mais elle m'avait déjà dérobé mon enfance. Je suis né dans un village au cœur du mont Liban, tel qu'il est décrit dans la Bible, avec le lait et le miel... En bas de la montagne, les orangers, en haut, les cerisiers. Toute mon enfance s'est déroulée dans une harmonie presque parfaite : tout le village s'entendait bien, chrétiens comme Druzes. Je ne pensais pas qu'il pouvait y avoir des ennemis, il n'y avait ni barrière ni clôture, j'avais l'impression d'être partout chez moi. Jusqu'à ce jour où la guerre est arrivée chez nous. En 1977 (j'avais 9 ans), les Druzes ont perpétré un massacre sur les fidèles qui s'étaient rassemblés pour une messe de requiem. Mon grand-père, la figure de mon enfance, est mort sous mes yeux.

Je revois mon père emmener sa petite famille. En quelques heures, nous avons tout quitté et abandonné pour découvrir Beyrouth, la capitale, où tout est barrières et clôtures. Une ville en guerre, marquée par les combats de rue, les roquettes, les enlèvements... Régulièrement, un ou deux enfants manquaient à l'école, disparus, morts ou partis. Toute mon énergie était consacrée à tenter de construire ma vie à côté de la guerre. Je voulais devenir chirurgien ophtalmologue. J'ai commencé mes études, j'entrevoyais mon avenir. Jusqu'au jour de l'attentat.

C'est en Suisse que j'ai appris que je ne verrai plus : quelques semaines après l'attentat et ma convalescence, je suis parti me faire soigner à Genève. Une profonde révolte m'a envahi. Je criais intérieurement : « Pourquoi moi ? Pourquoi cette injustice ? Pourquoi Dieu, le Tout-Puissant, a-t-il permis tout cela ? Pourquoi tant de haine ? » Un peu comme le mauvais larron a interpellé le Christ sur la Croix, je me suis tourné vers le Seigneur : « Si tu es vraiment le Messie, sauve-toi et nous avec ! » J'exigeais de Dieu : « Puisque tu es Dieu, tu dois me sauver. »

Ce soir-là, j'ai entendu Dieu me parler, dans cet épisode de l'Évangile où Jésus apparaît à ses disciples au bord du lac. La question de Jésus à Simon-Pierre, « M'aimes-tu ? », il me l'a posée aussi. Et j'ai répondu à Dieu : « Oui, Seigneur, je t'aime, dis-moi que tout cela est un cauchemar. » « Alors si tu m'aimes, tu acceptes », semblait-il me dire. J'entendais la voix du bon larron, qui avait appelé Jésus à la miséricorde, mais j'avais du mal à la faire mienne. Accepter, mais pour quoi faire, pour aller où ? Je ne savais pas. Cette interrogation me taraudait. Que fallait-il que j'accepte ? Je ne comprenais pas, alors j'ai « accepté d'accepter ».

Après un an en Suisse, je suis arrivé en France - où je vis encore aujourd'hui - pour mes études de mathématiques appliquées. Je rencontrais plein de gens, j'étais gai, motivé, mais je sentais que je n'étais pas heureux. Malgré la réussite apparente, il me manquait l'essentiel, mais je ne savais pas quoi. Jusqu'à ce jour où j'ai appris qu'on avait retrouvé l'auteur de l'attentat. Un sentiment de haine et de violence a tout à coup refait surface. Je m'en voulais un peu. Moi qui avais reçu tant de grâces, comment n'avais-je pas réussi à me débarrasser de cette soif de vengeance ? C'est là que j'ai entendu la même parole du Christ : « M'aimes-tu ? » S'ensuivit ce dialogue : « Oui, Seigneur, je t'aime, libère-moi de tout cela. - Tu dois pardonner, toi aussi. - Non, ce n'est pas possible. » C'était une seconde bombe ! Accepter, avancer et maintenant pardonner ! J'en avais envie, mais c'était un chemin exigeant. Il m'a fallu des retraites, des guides spirituels, des discussions, des confrontations pour entrer dans le mystère du pardon, qui s'est incarné le jour où j'ai pu dire, quand on m'a demandé, sur un plateau de télévision, si j'avais vraiment pardonné à mon agresseur : « Non seulement, je lui ai pardonné, mais je l'aime. Et si un jour je le retrouve, je le prendrai dans les bras et je l'embrasserai. »

Ce pardon est invisible, mais essentiel et libérateur. Je dirige aujourd'hui des entreprises destinées à favoriser l'accès des non-voyants aux moyens technologiques en Europe, au Proche-Orient et au Canada. À l'exemple de saint Joseph, je déploie mes talents à les développer pour plus de sens et de valeur citoyenne. Je témoigne aussi régulièrement de mon chemin pour être un artisan de paix. Modestement, j'essaie de transmettre à ma famille cet amour de Dieu malgré et à travers ma cécité et cette croix que je porte et qu'ils portent avec moi. La grâce qui habite ma vie ne peut être une grâce que si elle est partagée.

 

Interview  SOPHIE  LE  PIVAIN pour LA VIE

 

Mes conseils pour pardonner

 

1 N'attendez rien en échange

Pardon signifie « au-delà du don ». Le pardon doit être donné gratuitement. L'image de l'enfant prodigue dans les bras de son père est importante pour bien comprendre ce qu'en est l'essence. Il est donné sans conditions, c'est la fête. Il doit nous prodiguer ce bonheur absolu, cette flamme qui nous fait frissonner. Il ne se donne pas dans la confrontation : « Je fais un pas si tu en fais un aussi. » Le pardon n'est pas une monnaie d'échange, il est une dynamique pour faire régner la paix. Le pardon est gratuit, mais il rapporte beaucoup.

2 Pardonnez au quotidien

Le pardon s'applique dans les petites choses comme dans les grandes. N'attendez pas pour pardonner que quelqu'un vous crève les yeux ou vous renverse en voiture. Même dans la vie ordinaire, le pardon n'est pas un geste banal. Il peut être quotidien, être donné plusieurs fois par jour, il n'est jamais anodin. C'est quelque chose de grave, le Christ nous l'a montré lors de sa Passion : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font. »

3 Changez le regard sur l'autre

Entrez dans le respect, comme Dieu changea son regard sur le jeune homme riche : « Il le regarda et l'aima. » Pour être prêt à pardonner, il faut se demander pourquoi l'autre a fait ce qu'il a fait. Le mal reste le mal, mais le pardon nous éloigne de l'indifférence, il nous rend concerné par l'autre. Le pardon sans respect n'est que condescendance. Le pardon dans le respect est justice.

4 Croyez en vous

Le pardon n'est pas seulement une exigence chrétienne, il est dans la nature de l'homme, comme le rire et les larmes. Tout le monde en est capable, il suffit d'y croire.

5 Exprimez votre pardon

Il y a la volonté de pardonner et il y a l'acte. Les deux sont bons, mais on ne peut pas s'en tenir à la volonté. Il faut passer de l'autre côté. Chacun l'exprime comme il le sent, par une parole, par un regard. Parfois même la situation exige de l'exprimer par un silence. Mais le pardon doit être exprimé, et si possible il doit l'être à la personne concernée.

 

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La Mutuelle de Solidarité (MUSO)

 

La Mutuelle de Solidarité (MUSO) est un outil de financement de proximité conçu par et pour les paysans, les artisans et les petites commerçantes du secteur informel.

Elle s'inspire de la tontine tout en introduisant des règles comptables simples. Mais, plus que la tontine qui redistribue l’argent à tour de rôle quel que soit le besoin de la personne, elle est un outil d'autonomie, de solidarité et de capitalisation pour les membres d'une communauté.

La mutuelle de solidarité s'articule autour de trois caisses de couleurs différentes : la caisse rouge pour l'assurance mutuelle, la caisse verte pour l’épargne et le crédit, et la caisse bleue pour le refinancement.

Les membres d’une MUSO (25 à 50 en général), adaptent eux-mêmes la manière dont ils appliqueront les règles générales (taux d’intérêt ou participation aux frais en zone musulmane, périodicité…) : par exemple, chaque semaine, les membres font un apport (0,25 à 0,5 € en général, jusqu’à 1 € dans certaines zones).

Une partie (10% à 25%) va dans la caisse rouge : c’est une cotisation qui permettra des actions de soutien à un membre en difficulté.

Le reste va dans la caisse verte. Cela permettra d’accorder des prêts, dans des conditions financières et pour une durée choisies par les MUSOniers, aux membres qui peuvent présenter un projet économique satisfaisant. Par exemple, 15 € pour devenir marchande de pagne (tissus) dans le village, 2 € pour acheter un panier d’oignons pour vendre au marché… Les conditions financières du prêt sont définies par la MUSO. C’est en général une participation aux frais, car un taux d’intérêt n’a pas de signification pour une population majoritairement analphabète, sans compter que, dans les zones musulmanes, le prêt avec intérêt est proscrit par le Coran.

Quand un organisme externe apporte de l’argent pour soutenir la MUSO, cela va dans la caisse bleue, et n’en sort qu’après que les MUSOniers se soient entendus sur la manière de le gérer : faudra-t-il rembourser, et si oui comment faire ? Faut-il tout verser dans la caisse verte ? Vaut-il mieux consacrer la somme à un projet collectif ?…

Ces MUSO ont été inventées par les membres de l’Union des Groupements Paysans de Meckhe, au Sénégal, en 1995. L’impact sur les populations concernées est très important, plus encore en dignité retrouvée qu’en résultat économique. Ainsi cette veuve avec 4 enfants d’un petit village sénégalais qui, devenue marchande de pagne à partir d’un prêt de 10 000 F CFA (15 €) : quand on lui demande ce que cela a changé dans sa vie, elle ne répond pas sur le plan matériel, mais dit « je ne mendie plus auprès de mes frères pour payer l’écolage de mes enfants. »

La SIDI, partenaire de l’UGPM, a diffusé cette expérience. Et aujourd’hui, il y a plus de 5 000 MUSO au Kosovo, en Haïti, en République Démocratique du Congo (Kivu), au Rwanda, au Burkina Faso etc…

La SIDI est une entreprise solidaire qui soutient des initiatives d’ouverture d’outils financiers au bénéfice des populations du Sud, généralement exclues de ce type de service. Ces initiatives sont le fait de Structures Financières de Proximité, qui savent imaginer des outils adaptés à la population qui les entoure. Actuellement, la SIDI travaille avec 97 Structures Financières de Proximité dans 32 pays.

NDLR : la SIDI, dont Voir Ensemble est actionnaire depuis 2007, est une filiale du CCFD.

 

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Courrier du Sud

 

Courriel de Robert Ekabé Eyaman en date du 10 février 2014

 

Bonjour mon cher Yves,

C’est avec plaisir que j’ai reçu Solidarité Magazine n° 41. Je vais prendre le temps de le lire et je vous ferai part de la suite.

Aussi, permettez-moi, malgré le grand retard, de vous présenter mes vœux les meilleurs pour l’année 2014.

Je vous suis infiniment reconnaissant pour tout le soutien que vous m’apportez, pour m’aider à mieux encadrer mes semblables. C’est la mission la plus importante que je me suis donnée, je le fais de tout mon cœur et de tout mon être, et Dieu me soutient dans l’accomplissement de cette lourde, mais exaltante mission.

Comme vous le savez, au Cameroun, je préside depuis quelques années déjà l’ACFISA, qui est l’association pour la Formation et l’Insertion Sociale des Aveugles, qui milite pour la création du Centre d’Alphabétisation et d’Insertion Sociale des Aveugles (en abrégé CALISA).

Nous avons pu acquérir déjà un terrain de près de 2000 m2 à Douala, nous sommes à présent à la recherche des financements pour la construction. Grâce à Dieu, je le crois, nous réaliserons ce projet qui me tient à cœur. J’aimerais, avant que je ne me fatigue, laisser un centre capable d’assurer un bon et meilleur encadrement pour les mal et non-voyants de la région du Littoral en général et de la ville de Douala en particulier. Cela est mon plus grand souci, les autres viendront assurer la continuité. Vous serez informés de tout autre évolution sur ce projet.

Salutations fraternelles à tous.

 

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Rubrique humour

 

Le bulletin scolaire de Jésus...

 

Jésus, qui est élève à l'École de Nazareth, rentre chez lui avec son bulletin scolaire. Franchement, ce n'est pas très bon. Sa mère a déjà vu un mauvais bulletin, et elle n'a rien dit, méditant toutes ces choses dans son cœur. Mais aujourd'hui, le plus difficile reste à faire : il faut le montrer à Joseph.

 

Expéditeur : École Siméon de Nazareth

Destinataires : Joseph et Marie David

Objet : Bulletin de Jésus

 

Mathématiques : ne sait quasiment rien faire, à part multiplier les pains et les poissons.

Sens de l'addition : n'est pas acquis ; affirme que son Père et lui ne font qu'un.

Écriture : n'a jamais ses cahiers et ses crayons ; est obligé d'écrire sur le sable.

Géographie : n'a aucun sens de l'orientation ; affirme qu'il n'y a qu'un chemin et qu'il conduit chez son Père.

Chimie : ne fait pas les exercices demandés ; dès qu'on a le dos tourné, transforme l'eau en vin pour faire rigoler ses camarades.

Éducation physique : au lieu d'apprendre à nager comme tout le monde, marche sur l'eau.

Expression orale : grosses difficultés à parler clairement ; s'exprime en paraboles.

Ordre : a perdu toutes ses affaires à l'école et déclare, sans honte, qu'il n'a même pas une pierre comme oreiller.

Conduite : fâcheuse tendance à fréquenter les étrangers, les pauvres, les galeux et même les prostituées.

Joseph se dit vraiment que ça ne peut pas durer, qu'il doit prendre des mesures sévères :

« Eh bien, Jésus, puisque c'est comme ça, tu peux faire une croix sur tes vacances de Pâques !... »

 

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Recette : Gâteau au yaourt

 

Pour 5 personnes

Le pot servira de mesure

 

- 1 yaourt nature

- 2 oeufs

- 1/2 pot d’huile

- 1 pot et 1/2 de sucre

- 3 pots de farine

- 1 cuillère à café de levure

 

1. Avant de commencer à préparer le gâteau, préchauffer le four pendant 15 minutes.

2. Verser le yaourt dans le saladier. Ajouter les oeufs et l'huile, puis le sucre, la farine et enfin la levure. Remuer bien avec la cuillère jusqu'à obtenir une pâte sans grumeau.

3. Huiler un moule rond et verser la pâte.

4. Mettre au four. Laisser cuire 35 à 40 minutes, thermostat 6 (180°C). Le gâteau est cuit quand la lame du couteau ressort propre et sèche.