SOLIDARITÉ  MAGAZINE

Bulletin Semestriel

de la Commission de la Solidarité Internationale

de Voir Ensemble

 

Numéro 43                                                 février 2015

 

Siège : Voir Ensemble, Solidarité Internationale,

  15 rue Mayet, 75006, Paris

 

Téléphone (Président) : 06 60 63 96 60

Adresse électronique : y.dunand@free.fr

 

CCP : Voir Ensemble, Solidarité Internationale, 5755065L020

 

Équipe de Rédaction : Yves DUNAND, Caty CAVAILLÈS,

Cécile GUIMBERT, Robert DIVOUX.

 

« Mieux vaut une réussite solidaire qu'un exploit solitaire. »

Albert Jacquard

 

Ce bulletin est distribué gratuitement, mais en raison des frais élevés qu'il engendre, les dons à la Commission de la Solidarité Internationale sont les bienvenus. Ces dons peuvent être adressés directement au Siège de l’association, Voir Ensemble, Commission de la Solidarité Internationale, 15 rue Mayet, 75006 Paris. Les chèques doivent être libellés à l'ordre de "Voir Ensemble, Solidarité Internationale". Nous enverrons en retour un reçu fiscal car tout don effectué à une association reconnue d'utilité publique donne droit à une déduction fiscale d’au moins 50% de son montant.

Avec nos plus chaleureux remerciements.

 

Au sommaire

 

Le Cameroun, pays pilote pour la promotion d’un travail en réseau entre des aveugles acteurs de développement  par Yves Dunand, président de la CSI

Décalogue pour la paix

Des abysses de la nuit (poème de Véronique Laurès)

Vivre oui, mais bien vivre ! par Christian Kwessi Deutia

Cameroun, la société civile s’organise

Compte-rendu de mission au Cameroun,  15-20 décembre 2014 par Martial Lesay, trésorier de la CSI

Nos attentes pour un partenariat fructueux (deuxième intervention de Martial Lesay au séminaire de l’Association Nationale des Aveugles du Cameroun)

Homme de couleurs (poème africain)

Projet cannes blanches, Venezuela 2014 (d’après un compte rendu de Julia Santolalla,  Déléguée régionale de la FIDACA)

La Maison de l’Espérance à Bethléem par Cécile Guimbert (secrétaire de la CSI)

Les outils (conte scandinave)

Échos de l’Assemblée Générale du CCFD-Terre Solidaire  par Marie-Claude Cressant

Greffier aveugle au Togo

Dis pour moi à l'Afrique (poème de Véronique Laurès)

Courrier du Sud

Rubrique humour

Recette : Parfait aux fraises


 

Le Cameroun, pays pilote pour la promotion d’un travail en réseau entre des aveugles acteurs de développement
par Yves Dunand, président de la CSI

 

Dans ce nouveau numéro de notre bulletin semestriel, le Cameroun est une fois de plus à l’honneur, puisque c’est dans ce pays que notre trésorier, Martial Lesay, a pris part en décembre 2014 à un séminaire inédit, cofinancé par le CCFD-Terre Solidaire et organisé par l’Association Nationale des Aveugles du Cameroun (ANAC). Depuis sa création au début des années 70, la Commission de la Solidarité Internationale de Voir Ensemble a en effet tissé des liens de partenariat et apporté son soutien à de nombreuses institutions camerounaises, grandement aidée en cela par Paul Tezanou qui, après en avoir été le premier bénéficiaire, a joué pour nous le rôle de facilitateur en de multiples circonstances en tant que président de l’ANAC. Aujourd'hui, en vue d'inciter toutes ces structures, fort modestes pour la plupart, à se rassembler concrètement pour œuvrer dans l'entente et la complémentarité à la promotion des aveugles et malvoyants du Cameroun, il nous est apparu nécessaire que l'ANAC soit elle-même renforcée dans ses assises et dans ses moyens d'action afin d'être réellement à même de relever les défis encore nombreux en termes d'éducation, de formation et d'insertion socioprofessionnelle de cette frange de la population particulièrement défavorisée. C’est dans ce sens que nous avons sollicité le CCFD-Terre Solidaire, dont notre mouvement est membre, pour cofinancer ce séminaire dédié à l’insertion professionnelle par l’emploi et les projets générateurs de revenus, séminaire qui n’est que la première étape d’un plan d’action voué à s’inscrire dans la durée avec l’accompagnement et l’expertise de deux ONG nationales contactées lors d’une précédente mission menée par l’un de nos membres en 2013.

Cet événement méritait donc assurément que nous lui accordions une large place en publiant le compte rendu rédigé par Martial Lesay, ainsi que le texte de la deuxième intervention qu’il a faite dans le cadre de ce séminaire. Mais il sera aussi question du Cameroun dans l’article que nous propose notre ami Christian Kwessi à propos de la journée de sensibilisation qu’il a organisée à Douala avec deux responsables d’associations locales, et aussi à travers un article paru sur le site du CCFD faisant état des transformations encourageantes que connaît la société civile camerounaise sous l’impulsion d’un syndicaliste, Jean-Marc Bikoko, à l’origine de la création du réseau « Dynamique citoyenne », qui fédère cent soixante-deux ONG, syndicats et mouvements d’Église.

Comme à l’ordinaire, ce bulletin vous fera voyager aussi dans d’autres pays où des aveugles se battent pour vivre dignement et tenir leur place dans la société, comme ce jeune Togolais qui vient d’accéder à un poste de greffier, ou comme nos amis tchadiens dont vous pourrez lire les dernières nouvelles dans notre rubrique « courrier du Sud », suite à la mission qu’a menée auprès d’eux Michel Fradin en avril dernier et dont nous vous avons largement rendu compte dans notre numéro précédent. Plus inhabituel est le détour que nous vous proposons de faire dans une petite école de Cisjordanie, dont vous comprendrez, à la lecture de l’article écrit par Cécile Guimbert, pourquoi elle a été baptisée « École de l’Espérance ».

Nous tournerons également notre regard vers un autre continent, l’Amérique latine, où la FIDACA poursuit son projet visant à fournir en machines et en aluminium de petites unités de production où les aveugles peuvent fabriquer eux-mêmes leurs cannes blanches.

Ce petit périple intercontinental sera entrecoupé comme toujours par les plages poétiques vibrantes d’humanité et d’espérance de notre chère Véro, par un conte scandinave qui donne tout son sens au mot « solidarité », par un petit clin d’œil coloré à nos amis africains et par le compte rendu de l’Assemblée Générale du CCFD rédigé par notre déléguée, Marie-Claude Cressant. Sans oublier nos inévitables rubriques humoristique et culinaire qui concluent chacun de nos numéros depuis quelque temps déjà.

Enfin, dans un contexte où la coexistence pacifique des cultures et des peuples se trouve menacée, en France comme en Afrique, par l’instrumentalisation de la religion au profit d’un fanatisme inhumain, nous reprenons ci-après cet appel œcuménique à la paix, lancé à Assise en 2002, et qui est plus que jamais d’actualité.

Avant de clore cette présentation, je me dois de vous annoncer les deux événements qui vont marquer pour nous cette année 2015 , à savoir notre week-end solidaire qui se tiendra les 19 et 20 septembre à l’Hermitage, près de Saint-Étienne, et, le 12 mars, un grand concert de variétés française et internationale que nous donnerons à l’Institut National des Jeunes Aveugles, 56 bd des Invalides, dans le septième arrondissement de Paris, à 20h. Y prendront part des élèves, anciens et actuels, de l’INJA, et des apprentis chanteurs et chanteuses de l’école Vocal Mania, qui nous avaient déjà fait l’amitié de participer au concert mémorable que nous avions organisé au siège de Voir Ensemble en novembre 2013. Nous nous étions retrouvés alors quelque peu à l’étroit, et nous espérons que vous serez cette fois-ci encore beaucoup plus nombreux à nous rejoindre dans la magnifique salle André Marchal de l’INJA. Le prix de l’entrée est de 10 euros, n’hésitez pas à me contacter pour plus d’informations au 06 60 63 96 60.

 

Villejuif, le 8 février 2015

 

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Décalogue pour la paix

 

Le 24 janvier 2002 à Assise, lors de la journée de prière pour la paix, les représentants de 14 religions différentes ont prononcé les dix engagements suivants.

Jean-Paul II avait tenu à envoyer ce nouveau Décalogue aux chefs d'État. “Je souhaite, affirme-t-il, dans son courrier, que l'esprit et l'engagement d'Assise conduisent tous les hommes de bonne volonté à la recherche de la vérité, de la justice, de la liberté, de l'amour, afin que toute personne humaine puisse jouir de ses droits inaliénables, et chaque peuple, de la paix”.

 

1. Nous nous engageons à proclamer notre ferme conviction que la violence et le terrorisme s'opposent au véritable esprit religieux et, condamnant tout recours à la violence et à la guerre au nom de Dieu ou de la religion, nous nous engageons à faire tout ce qui est possible pour éradiquer les causes du terrorisme.

2. Nous nous engageons à éduquer les personnes au respect et à l'estime mutuels, afin que l'on puisse parvenir à une coexistence pacifique et solidaire entre les membres d'ethnies, de cultures et de religions différentes.

3. Nous nous engageons à promouvoir la culture du dialogue afin que se développent la compréhension et la confiance réciproques entre les individus et entre les peuples, car telles sont les conditions d'une paix authentique.

4. Nous nous engageons à défendre le droit de toute personne humaine à mener une existence digne, conforme à son identité culturelle, et à fonder librement une famille qui lui soit propre.

5. Nous nous engageons à dialoguer avec sincérité et patience, ne considérant pas ce qui nous sépare comme un mur insurmontable, mais, au contraire, reconnaissant que la confrontation avec la diversité des autres peut devenir une occasion de plus grande compréhension réciproque.

6. Nous nous engageons à nous pardonner mutuellement les erreurs et les préjudices du passé et du présent, et à nous soutenir dans l'effort commun pour vaincre l'égoïsme et l'abus, la haine et la violence, et pour apprendre du passé que la paix sans la justice n'est pas une paix véritable.

7. Nous nous engageons à être du côté de ceux qui souffrent de la misère et de l'abandon, nous faisant la voix des sans-voix et œuvrant concrètement pour surmonter de telles situations, convaincus que personne ne peut être heureux seul.

8. Nous nous engageons à faire nôtre le cri de ceux qui ne se résignent pas à la violence et au mal, et nous désirons contribuer de toutes nos forces à donner à l'humanité de notre temps une réelle espérance de justice et paix.

9. Nous nous engageons à encourager toute initiative qui promeut l'amitié entre les peuples, convaincus que, s'il manque une entente solide entre les peuples, le progrès technologique expose le monde à des risques croissants de destruction et de mort.

10. Nous nous engageons à demander aux responsables des nations de faire tous les efforts possibles pour que, aux niveaux national et international, soit édifié et consolidé un monde de solidarité et de paix fondé sur la justice.

 

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Des abysses de la nuit
(poème de Véronique Laurès, septembre 2010)

 

Des abysses de la nuit,

Des crevasses de la terre,

Montent des cris de survie

Mêlés de larmes amères.

La misère broie les petits,

Tandis que les grands, vautrés

Sur leurs trônes dénaturés,

Promettent le paradis.

Le mensonge, vêtu de fête,

Lance à la foule : "dansez !"

Sachant qu'elle a sous les pieds

Un tapis de glace épais

Comme le froid qui s'entête.

L'indifférence, elle aussi,

Du spectacle fait partie.

 

Pourtant, plus dense et plus fort

Que le poison de la mort,

L'amour est là, magnifique,

Sève riche et authentique,

Coulant inlassablement

De tout geste bienveillant.

Le combat est sans répit.

De l'injustice mordante,

Les bases sont vacillantes.

Tenons bien en main, amis,

L'arme contre l'infamie !

Car pour tous ceux qui espèrent,

Pour ceux qui croient en la vie

Et dont les cœurs sont unis,

Il n'est de nuit sans lumière,

Ni de victoire accomplie.

 

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Vivre oui, mais bien vivre !
par Christian Kwessi Deutia

 

À mon réveil ce matin de 2007 où je suis devenu aveugle, la première question qui m’était venue à l’esprit était « mais qui a éteint la lumière ? ». J’avais tout juste 20 ans. Dès lors, j’ai complètement épousé l’idée de Jouhandeau selon laquelle « du moment que le bonheur c’est de vivre, on doit le trouver aussi bien dans la douleur que dans le plaisir et parfois jusque dans l’ennui ». Contrairement à beaucoup d’autres qui se seraient apitoyés sur leur sort, j’ai décidé de faire de chacun de mes jours sur Terre, un jour de fête. Pas le genre de fête qui est « un excès permis » selon la formule de Freud, mais plutôt une joie de vivre permanente, communicative à tous ceux qui me côtoient.

Arrivé au Cameroun en juillet 2014 dans le cadre d’une remise de dons aux aveugles pour le compte de l’association française Voir Ensemble, je me suis très vite rendu compte des dures réalités auxquelles ils sont confrontés et de la fausse perception qu’ont les « voyants » sur les non-voyants.

C’est donc dans l’optique de changer cette perception que, le mercredi 10 décembre 2014, l’association « Ici et là-bas » (dont je suis le président fondateur depuis quelques mois et qui a son siège à Douala), l’association ACFISA (Association pour la Formation et l’Intégration Sociale des Aveugles) et le CERIAV (Centre de Recyclage et d’Intégration des Aveugles) se sont réunies pour réaliser cette journée de sensibilisation à la déficience visuelle et au braille au Collège Alfred Saker de Douala.

Pas moins de cent cinquante élèves y ont pris part, rassemblés pour l’occasion dans le gymnase dudit collège. Tout a débuté avec le mot de bienvenue de M. Jérémy, représentant du chef d’établissement. Lui ont succédé M. Pierre-Marie Kadji du CERIAV, M. Robert Eyaman de l’ACFISA et moi-même pour « ICI et là-bas » afin que chacun de nous fasse une allocution pour présenter son association.

Dans le but d’entretenir les élèves sur le quotidien des personnes aveugles et malvoyantes, nous leur avons présenté les ateliers suivants :

L’Atelier braille : il s’agissait d’expliquer le principe des six points braille, puis de présenter la tablette et la machine Perkins dont nous avons montré le fonctionnement. Nous avons poursuivi avec la lecture de courts extraits de livre en braille. La méfiance de certains membres de l’assistance nous a amenés à faire des exercices qui consistaient à recopier une phrase dictée par l’un des élèves et à la faire relire par l’un d’entre nous.

L’atelier dactylographie : il a consisté à expliquer aux enfants comment s’effectue l’apprentissage du clavier et de montrer comment, sans la vue, on arrive à utiliser la machine à écrire aussi bien qu’une personne qui voit.

L’atelier informatique : j’ai personnellement animé cet atelier. J’ai expliqué le fonctionnement de l’interface vocale et insisté sur le fait qu’elle est l’une des composantes de l’application de revue d’écran, l’autre étant l’afficheur braille ou plage tactile. Après avoir montré ma plage braille, j’ai présenté des logiciels tels que Apprenti Clavier, pour l’auto-initiation à la saisie sur le clavier d’un ordinateur, et le logiciel Dic qui est un formidable gestionnaire de dictionnaires. Puis j’ai fait une démonstration pour la saisie d’un document avec Word. Enfin, des élèves m’ont demandé d’accomplir certaines tâches sur l’ordinateur, un jeu auquel je me suis prêté de bonne grâce pour leur montrer que je pouvais relever ces petits défis.

L’atelier locomotion et technique de guidage : c’est le responsable de l’ACFISA, M. Robert Eyaman, qui s’est personnellement chargé d’expliquer aux élèves le déplacement avec la canne blanche. Il a bien pris soin d’expliquer comment guider un aveugle (le laisser vous prendre le coude et marcher parallèlement à vous un pas en arrière). Il a également insisté sur le fait de ne pas hésiter à proposer de l’aide aux aveugles pour la traversée de la route, car les infrastructures routières ne sont pas adaptées à cette population. Il a conclu en exhortant nos petits camarades à prêter attention dans la rue aux personnes qui ont une canne blanche.

L’atelier cuisine et vie quotidienne : les femmes aveugles de l’ACFISA ont laissé tous les participants sans voix ! TOUR à tour, elles ont reconnu à l’aide de leur odorat les différentes épices qui leur ont été présentées. Elles ont donné des cours de cuisine, indiquant les précautions à prendre par une personne aveugle pour une sécurité maximale, et elles ont même transmis des recettes de cuisine aux élèves ! Elles nous ont aussi montré la méthode qu’elles utilisent pour reconnaître les pièces de monnaie et les billets de banque. Elles ont conclu, pas peu fières, en disant qu’elles n’étaient pas prêtes à se laisser tromper par qui que ce soit !

L’atelier vannerie : le responsable du CERIAV, M. Pierre-Marie Kadji, formateur en vannerie, a fait une démonstration de son savoir-faire. De manière très pédagogique, il a expliqué avec des mots simples et bien choisis les différentes étapes de la fabrication d’une de ses œuvres.

L’atelier sports : pour la circonstance, le responsable des sports pour personnes en situation de handicap et le responsable des activités physiques et sportives de l’ACFISA ont édifié l’assistance en parlant du céci-foot, du goal-ball et du torball.

Après un échange de questions-réponses, nous avons remercié les élèves pour toute l’attention et pour l’intérêt évident qu’ils ont manifestés.

À 14h la journée a été clôturée et nous avons remballé le matériel, non sans avoir remercié la direction du Collège Alfred Saker.

Au-delà de cette sensibilisation au braille et à la déficience visuelle, nous avons voulu montrer aux élèves voyants qu’il ne sert à rien de marginaliser les personnes non ou malvoyantes qu’ils pourraient être amenés à côtoyer dans leur entourage ou à l’école, et aussi que la vie d’une personne ne s’arrête pas parce qu’elle a perdu la vue. Au contraire, les aveugles de « Ici et là-bas », de l’ACFISA et du CERIAV ont prouvé que non seulement ils vivent, mais qu’ils vivent bien, car pour eux, comme pour Sénèque, « chaque jour est à lui seul une vie ».

 

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Cameroun, la société civile s’organise
par Laurence Estival

 

En une décennie, la société civile camerounaise a appris à s’organiser et commence à peser dans le débat public. Cette maturation a été accélérée par sa participation au programme de suivi sur l’allègement des dettes.

 

À cinquante-cinq ans, Jean-Marc Bikoko, président de la Centrale syndicale du secteur public, a derrière lui plus de vingt années de lutte pour faire respecter les droits des salariés. Mais le combat dont ce Camerounais est le plus fier est d’avoir activement participé à la naissance d’une société civile puissante dans un pays peu en pointe sur ce sujet il y a dix ans... 

« En 2002, nous avions dressé un diagnostic plutôt catastrophique, se souvient Bruno Angsthelm, chargé de mission Afrique au CCFD-Terre Solidaire. Les associations étaient rongées par les conflits ethniques et de pouvoir. Il n’y avait aucune concertation entre les différents mouvements qui organisaient leurs propres activités. Les syndicats étaient, quant à eux, marginalisés. »

Il n’aura fallu que trois ans pour inverser cette tendance. C’est en effet en 2005 que Jean-Marc Bikoko se rapproche d’autres acteurs, dont Caritas, pour créer « Dynamique citoyenne », un réseau qui fédère cent soixante-deux ONG, syndicats et mouvements d’Église organisés autour de dix coordinations régionales, qui a fait de l’interpellation des pouvoirs publics sur la gestion des deniers publics, sa marque de fabrique. « Depuis, nous remettons chaque année un rapport où nous analysons le budget de l’État et les investissements publics. Notre objectif : pointer les dysfonctionnements et rappeler au gouvernement que la lutte contre la pauvreté doit rester le principal objectif », explique celui qui n’hésite pas non plus à porter sur le devant de la scène les récriminations de la population contre la hausse des prix des aliments de première nécessité ou des carburants.

Dernière initiative en date : le lancement d’une pétition demandant au président Paul Biya de déclarer ses revenus. Elle devait être présentée au grand public, le 9 décembre, journée internationale de la lutte contre la corruption. En 2010, la société civile avait déjà inscrit à son actif la mise en place d’un Observatoire sur les droits de l’homme qui a publié son premier rapport. Impliqué au niveau local, le réseau Dynamique citoyenne est également présent dans les commissions où se discutent les investissements publics et surveille les secteurs sensibles tels les projets hydrauliques dans la région de Douala. Conséquence de la rencontre de quelques visionnaires, la montée en puissance de la société civile camerounaise a été favorisée par des événements extérieurs : en 2006, le Cameroun, un des quarante-deux pays concernés par l’initiative internationale pour l’allègement de la dette des pays pauvres les plus endettés (résultat de la mobilisation Jubilé 2000), signe avec la France son premier C2D (Contrats de désendettement et développement).

Ce dispositif, mis en place par l’Hexagone pour gérer ses propres créances après avoir discuté du montant des allègements, repose sur le principe suivant : le pays créditeur continue à rembourser ses dettes, mais les fonds collectés lui sont reversés sous forme de subventions destinées à des secteurs et actions prioritaires arrêtés conjointement. Le suivi est assuré par un Comité franco-camerounais où siègent deux représentants de la société civile, un pour chaque pays. « Il y a eu des manœuvres de la part de notre gouvernement pour nommer une association qui lui était favorable mais grâce à l’appui de la société civile française, et du CCFD-Terre Solidaire via la Plate-forme sur la dette, nous avons obtenu gain de cause », rappelle Jean-Marc Bikoko qui siège depuis 2007 dans cette instance.

 

Un contre-pouvoir citoyen

« La participation de Dynamique citoyenne à ce processus a permis à la société civile camerounaise d’évoluer : elle est passée de la contestation à un positionnement de contre-pouvoir citoyen capable de faire des contre-propositions », poursuit Bruno Angsthelm. Ces changements ne se sont toutefois pas faits en un jour...

Première étape : une formation des principaux acteurs pour développer leur expertise, notamment en matière budgétaire. « Il nous fallait montrer au gouvernement que nous étions crédibles pour instaurer un véritable rapport de force », note Jean-Marc Bikoko.

Autre priorité : construire des mécanismes de ... collaboration avec le pouvoir camerounais mais aussi avec l’administration française et les institutions financières internationales qui déploient des programmes au Cameroun. Pour la société civile camerounaise, les enjeux sont de taille : dès 2006, on sait que l’affectation de 863 millions d’euros transitant par les C2D devra être décidée dans les dix années à venir, environ 80 % de l’APD (Aide publique au développement), les sommes redistribuées ne s’ajoutant pas aux subventions accordées par l’Hexagone mais s’y substituant.

 

Effet boule de neige

Dynamique citoyenne a ainsi pu pointer l’importance disproportionnée des projets liés aux infrastructures et obtenu une plus grande prise en compte des secteurs de l’éducation, la santé ou l’agriculture. Sans pour autant remettre fondamentalement en jeu ces arbitrages. Car la société civile camerounaise ne participait pas à toutes les instances de décisions, se limitant surtout à effectuer le suivi indépendant...

Cependant, depuis octobre 2011, Jean-Marc Bikoko participe au Comité technique bilatéral du C2D où sont définies les orientations, même s’il n’a que le statut d’observateur. « Nous avons accès à l’information, ce qui nous permet de travailler sur nos propositions ou d’alerter la presse locale sur des projets qui ne seraient pas en lien avec la réduction de la pauvreté », souligne l’intéressé.

Malgré les résultats en demi-teinte, la participation de la société civile au suivi du programme sur l’allègement des dettes a créé un détonateur : en 2010, l’Union européenne décide d’accorder des fonds pour aider la création et la structuration d’une plate-forme nationale camerounaise qui fédère associations, syndicats et mouvements d’Église en une trentaine de réseaux thématiques : de l’analyse des politiques publiques aux droits humains en passant par l’étude du code électoral.

« Les campagnes sont lancées par ces réseaux qui bénéficient de l’appui de tous les membres de la plate-forme qui déclinent les actions au niveau régional et local. Cette mutualisation nous permet de gagner en visibilité. Nous avons également commencé tout un travail pour renforcer notre activité de plaidoyer », insiste Jean-Marc Bikoko.

Pour relayer ces actions, outre un site Internet, Dynamique citoyenne a une page sur Facebook. « L’arrivée de militants jeunes, branchés sur les réseaux sociaux et ouverts sur le monde, soucieux de transparence et souhaitant un État impartial, offre de nouvelles perspectives. Même si elle a réussi en partie son pari en instaurant une autre relation avec l’État et les partenaires extérieurs, la faiblesse de cette société civile est en effet de ne pas encore arriver à mobiliser au-delà des réseaux associatifs », pointe Bruno Angsthelm. « Pour faire davantage bouger les lignes, la balle est dans notre camp », reconnaît d’ailleurs Jean-Marc Bikoko. 

Pour Dynamique citoyenne, la prochaine étape serait, au-delà du Cameroun, de créer des réseaux entre sociétés civiles de pays en développement pour échanger leurs analyses et expériences afin de peser davantage dans leurs relations avec les bailleurs de fonds. Une main tendue saisie par Solange Koné, directrice d’Asapsu (Association de soutien à l’autopromotion sanitaire et urbaine), une ONG ivoirienne, membre de la plateforme Dette de Côte d’Ivoire et partenaire du CCFD-Terre Solidaire : « Ce qu’a fait le Cameroun est un exemple pour notre pays. Nous devons avancer ensemble car seuls, on ne peut pas tout faire », ajoute celle qui lance aussi un appel à la société civile française pour épauler les sociétés civiles africaines dans cette voie.

 

Article mis en ligne sur le site Web du CCFD-Terre solidaire, le 2 avril 2014

 

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Compte-rendu de mission au Cameroun,
15-20 décembre 2014
par Martial Lesay, trésorier de la CSI

 

L'Association Nationale des Aveugles du Cameroun (ANAC) a élaboré un ambitieux projet visant à faciliter l'accès à l'emploi des aveugles du pays, soit par la création de projets générateurs de revenus, soit par l'embauche en entreprises sur des métiers adaptés.

Le projet a été soumis d'abord à la Commission de la Solidarité Internationale de Voir Ensemble (CSI), qui a jugé qu'il s'inscrivait parfaitement dans l'esprit des initiatives qu'elle entend soutenir. Elle a donc participé dès l'origine à l'élaboration du projet, puis l'a présenté, en liaison avec l'ANAC, à la direction du partenariat du CCFD-Terre Solidaire. La CSI proposait alors d'être l'auxiliaire du CCFD pour l'accompagnement du projet. Ce dernier a donné son accord pour financer la première étape, à hauteur de 5 000 euros. Ce montant, augmenté d'une subvention du Haut Commissariat du Canada au Cameroun, a permis d'organiser un séminaire de cinq jours à Yaoundé en décembre 2014, réunissant des délégués de l'ANAC provenant de diverses régions, et quelques porteurs de projets déjà mis en œuvre dans le pays. Ces personnes seront ensuite appelées à devenir les promoteurs de projets nouveaux dans les régions pour l'insertion des aveugles par l'activité économique.

Envoyé par la CSI, et représentant de fait du CCFD-Terre Solidaire pour ce projet, j'ai participé à ce séminaire à Yaoundé du 16 au 20 décembre 2014.

Mon premier et bref séjour dans ce pays a été marqué par cinq éléments :

- La participation au séminaire de l'ANAC, objet principal de la mission,

- La cérémonie d'admission de Paul Tezanou, président de l'ANAC, comme membre de la Commission Nationale des Droits Humains et des Libertés,

- Une visite à l'Ambassade de France à Yaoundé,

- Les échanges avec les différents participants du séminaire, dont une dizaine sont déjà des partenaires passés ou actuels de la CSI,

- Une visite de terrain à deux écoles dans la ville de Yaoundé.

 

1. Séminaire de l'ANAC

Il a réuni 35 participants, presque tous aveugles ou malvoyants, parmi lesquels figuraient 13 femmes. Avec les consultants, les permanents de l'ANAC et les guides, le séminaire rassemblait une cinquantaine de personnes. Plusieurs jeunes déficients visuels sortant de l'université étaient présents, auxquels se pose concrètement le problème de trouver un premier emploi.

La présence à l'ouverture du séminaire du Directeur du ministère des Affaires Sociales, chargé de la protection sociale, des handicapés et des personnes âgées, doit être soulignée car elle montrait l'attention accordée par les pouvoirs publics à la cause des déficients visuels.

Le Centre Jean XXIII de Yaoundé était un cadre bien adapté pour une telle opération (salles de réunion, hébergement…). À plusieurs reprises, les travaux du séminaire ont été accompagnés par le chant puissant d'un coq du voisinage !

Le programme avait été élargi par l'inclusion d'un volet "droits des handicapés visuels" qui répondait aux priorités du co-financeur canadien.

Tous les participants se sont montrés très assidus, intéressés et désireux de s'engager sur de nouveaux projets. Ils ont apporté leur contribution aux échanges et ont déclaré ensuite avoir beaucoup appris pendant ces travaux. Ce point est d'importance puisque les participants avaient été sélectionnés pour leur aptitude à susciter, dans les régions du pays, la création de nouveaux micro-projets orientés vers l'accès à l'emploi.

Pour piloter le séminaire, deux bureaux d'études locaux apportaient leur savoir-faire : Agro-PME, spécialiste du montage de projets complexes, et Graines de Talent, expert sur l'accès à l'emploi. Il est prévu que ces deux bureaux, habitués à travailler ensemble, accompagneront les initiatives sur le terrain, de façon à en assurer autant que possible le succès et la pérennité.

Les trois journées auxquelles j’ai participé ont été bien remplies et ont été l'occasion d'aborder successivement différents chapitres :

 

En matière de projets générateurs de revenus

- La définition et le contenu d'un projet, les étapes de sa mise en œuvre,

- les aspects prioritaires et les écueils à éviter,

- Les attentes des partenaires étrangers bailleurs de fonds (Cf. ci-après le texte de mon intervention),

- La méthode à suivre pour la préparation et la mise en œuvre des projets, et quelques éléments concernant la création d'une entreprise, son financement et sa gestion

- La présentation d'un projet et la rédaction de comptes-rendus d'avancement, selon les formulaires mis au point par la CSI. (Une traduction en anglais de ces documents a été demandée par les participants de la région Sud-Ouest, anglophones).

 

En matière de Droits des handicapés visuels

- Trois intervenants qualifiés ont exposé avec compétence le cadre législatif et réglementaire de la question, d'où il ressort que plusieurs textes officiels importants camerounais et internationaux concernant les handicapés existent parfois depuis plusieurs années, mais que les décrets d'application n'ont pas été publiés ou, quand il s'agit de conventions internationales, que le Cameroun ne les a pas encore ratifiées. Les associations de handicapés sont regroupées au Cameroun dans une Plateforme, dont l’ANAC est le membre le plus actif, pour mener un plaidoyer auprès des pouvoirs publics.

- À l'issue du séminaire, deux textes de recommandations ont été établis, discutés et approuvés unanimement par les participants.

 

2. M. Paul Tezanou, nouveau membre de la Commission nationale
des Droits de l'Homme et des Libertés

 

Dans le décor prestigieux de la Cour suprême du Cameroun, dix-huit nouveaux membres de la Commission, désignés par le Chef de l'État, ont prêté serment solennellement. Parmi ceux-ci, Paul Tezanou, non-voyant, nommé en tant que représentant des ONG.

On peut imaginer l'importance, pour la cause des aveugles dans le pays, de cette mission confiée au président de l'ANAC, qui est également président par intérim de l'Union Francophone des Aveugles (UFA). Pour mettre en valeur cette promotion, une marche de déficients visuels a été organisée, partant de la Cour Suprême jusqu'au "Premier Ministère". L'arrêt de la circulation automobile et l'étonnement des passants contemplant ce cortège d’une centaine de non-voyants défilant, fanfare en tête, dans les grandes artères de la capitale, constituaient, à n'en pas douter, un événement remarquable sur le chemin de l'intégration des déficients visuels dans la société civile camerounaise.

 

3. Visite à l'Ambassade de France au Cameroun

 

Paul Tezanou, François Ndi (directeur d’une école pour non-voyants) et moi-même avons été reçus à l'Ambassade, sur notre demande, par Madame Caroline Comiti, conseillère de coopération en santé pour l'Afrique Centrale.

Nous avons informé notre interlocutrice du projet ANAC et du séminaire qui en constitue la première étape, financé par le CCFD-Terre Solidaire.

Échanges intéressants ensuite sur les priorités de l'Ambassade en matière sanitaire, qui sont la santé des femmes et la prévention du VIH.

En ce qui concerne les déficients visuels, l'Ambassade apprécie une action menée par l'association française Ophtalmos Sans Frontières, pour laquelle des spécialistes viennent périodiquement au Cameroun pour effectuer des opérations de la cataracte dans les régions du pays.

Un autre sujet évoqué a été celui des sources de financement utilisées par l'Ambassade et qui pourraient concerner les micro-projets des aveugles.

 

4. Rencontres avec les participants du séminaire

 

C'était certainement une chance de pouvoir rencontrer en un même lieu nos partenaires ainsi que les autres participants au séminaire.

Parmi les présents, je citerai la délégation importante de Dschang. Des contacts intéressants ont eu lieu avec les représentants des régions Littoral et Sud-Ouest (anglophone), notamment avec le premier vice-président de l'ANAC, Patrick Suh. De la région Nord était venu le deuxième vice-président, Joseph Rassia, lui-même à la tête d'une école pour enfants aveugles.

Pendant la semaine, j'ai rencontré six partenaires de la CSI dans le pays. Reprenant ce que j'avais expliqué dans mes interventions au cours du séminaire, j'ai insisté auprès d'eux pour qu'ils améliorent les dossiers de présentation de leurs projets et les comptes-rendus de la réalisation et du fonctionnement. Ces informations, qui manquent souvent dans les opérations actuelles, sont essentielles pour la conduite du projet, et elles sont également importantes pour le suivi par l'ANAC et par la CSI ou les autres financeurs. Les documents élaborés à cet effet par la CSI avaient fait l'objet d'une présentation détaillée pendant le séminaire.

À travers les difficultés rencontrées par certains partenaires dans la réalisation de leurs projets et/ou dans la rédaction des comptes-rendus, nous ressentons la nécessité de travailler en lien plus étroit avec l’ANAC et de lui confier une mission de suivi et de contrôle des projets soutenus par la CSI.

 

5. Visite de terrain à deux écoles dans la ville de Yaoundé.

 

En fin de semaine, accompagné par les deux permanents de l'ANAC, Léopold Assiene, directeur non-voyant et son second, Richard Békité, voyant, j'ai visité les installations du CJARC que dirige Coco Bertin Mowa. C'est une école importante qui reçoit plus de 200 élèves non-voyants et voyants, dont une trentaine en internat. Une formation professionnelle est également dispensée à des jeunes adultes. L'animateur nous parle de son action de plaidoyer au niveau des communes qui composent la capitale Yaoundé. Il parvient à obtenir des ressources financières substantielles pour son Centre, notamment de l'Union Européenne. Des travaux d'extension sont en cours.

Ensuite, une visite du poulailler ouvert depuis un an par François Ndi (CESA) m'a montré une installation encore précaire, mais qui a bien réussi sa première campagne avec 400 poulets vendus. J'ai été présenté au vétérinaire qui apporte son concours à l'opération. Ce poulailler, financé par la CSI, a été créé pour apporter des ressources à l'école de jeunes aveugles (25 élèves au niveau du primaire) que gère depuis plusieurs années le CESA. À la sortie, les élèves sont orientés vers les lycées voisins et accompagnés par le CESA, en liaison avec les enseignants de ces établissements.

 

Quelques conclusions

 

- La notoriété et le leadership de l'ANAC dans le champ de la déficience visuelle au Cameroun s'imposent de façon évidente. Manifestement, notre décision d'accompagner le projet de l'ANAC était opportune, car ce projet est bien de nature à fédérer, au-delà de tous les centres qui existent déjà, nombreux mais souvent fragiles, les nouveaux micro-projets générateurs de revenus et d'emploi, envisagés dans le cadre du présent projet ANAC.

- Le dynamisme dont font preuve des jeunes aveugles de niveau universitaire est un espoir pour l'avenir.

- Les moyens dont disposent aujourd'hui les porteurs de projets sont dérisoires et ne leur permettent pas de progresser rapidement. Le matériel adapté (tablettes, cubarithmes, machines à écrire, cannes blanches, etc.) est trop rare. En particulier le besoin d'ordinateurs est notable, d'abord au niveau de l'ANAC elle-même, mais aussi chez les jeunes issus de l'université.

- Après le séminaire, la deuxième étape du projet va maintenant être élaborée par l'ANAC et les deux consultants Agro-PME et Graines de Talent. Plusieurs régions seront choisies pour lancer des opérations pilotes, accompagnées par les consultants. Ces opérations serviront d'exemples à reproduire dans les autres régions au cours d'une troisième étape ultérieure.

- Parallèlement, une enquête sera initiée pour la détection de possibilités d'emploi pour des déficients visuels dans les entreprises du Cameroun. Ce chapitre du projet ANAC n'a pas été abordé lors du séminaire, mais Agro-PME pense mener l'enquête avec des moyens réduits (essentiellement un chargé de mission).

- La deuxième étape nécessitera un financement approprié, sans lequel rien ne pourrait se réaliser. Il est prévu que les deux consultants apportent leur concours à l'ANAC pour trouver ces ressources. À ce sujet un recours à des organisations de micro-finance qui fonctionnent au Cameroun pourrait être une piste intéressante.

 

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Nos attentes pour un partenariat fructueux
(deuxième intervention de Martial Lesay au séminaire de l’Association Nationale des Aveugles du Cameroun)


A. Que recherche l'organisme étranger en apportant son soutien ?

 

Pour comprendre ce qui anime le CCFD-Terre solidaire et Voir Ensemble, nous pouvons repérer quatre éléments qui orientent leurs choix et leurs actions

 

1. Une conviction forte.

C'est avant tout la conviction que nous devons agir au bénéfice de l'homme, de son développement, du développement de ses capacités individuelles ou collectives.

2. Une initiative locale.

Le développement ne peut pas être apporté par un autre, et en particulier par un étranger. Une initiative locale est indispensable.

3. Un principe de base : le partenariat.

Pour le CCFD-Terre solidaire, aussi bien que pour Voir Ensemble, toute action est fondée sur le principe du partenariat.

Un partenaire est une organisation avec laquelle on partage un même objectif et avec laquelle on unit ses forces pour réaliser cet objectif. Ce n'est pas, en général, une personne seule avec laquelle on s'associe pour un coup de main ponctuel, mais une équipe collective qui assume un projet.

La première question que se poseront le CCFD-Terre solidaire ou Voir Ensemble est donc la suivante : est-ce que l'organisation qui s'adresse à nous et qui nous présente son projet pourra devenir un véritable partenaire ?

Inversement, la question que l'on doit se poser est aussi : est-ce que le CCFD-Terre solidaire ou Voir Ensemble veut et peut devenir réellement un partenaire de l'organisme qui porte le projet ? En effet, les ressources et les compétences étant forcément limitées, chaque organisme étranger est conduit à délimiter le champ de ses actions.

4. Une lourde responsabilité.

L’action internationale du CCFD et celle de Voir Ensemble sont entièrement dépendantes des dons reçus du public français. Cette situation fait donc peser sur ces deux organisations une responsabilité forte, car elles doivent être en mesure d’expliquer l'emploi qui est fait des dons reçus et les résultats obtenus.

 

B. Quelles initiatives ou projets veulent soutenir
le CCFD-Terre solidaire et Voir Ensemble ?

 

- Leur intervention et leur soutien vont s'orienter vers des projets qui s'attaquent aux racines des difficultés locales, à des initiatives qui veulent construire une transformation sociale en combattant les causes de la faim, de l'analphabétisme, des injustices, du conflit, du désordre social, de l'accaparement du pouvoir par un petit nombre au détriment de la majeure partie de la société.

- Le caractère durable des opérations est également essentiel, car force est de constater que de trop nombreux projets naissent rapidement et meurent encore plus vite. Cela suppose que le porteur de projet, qui peut être une personne ou une équipe, soit prêt à consacrer l'énergie et le temps nécessaires pour construire sur des bases solides. L'organisme étranger qui va soutenir financièrement le projet espère une relation longue avec son partenaire. Il commence donc par chercher à connaître la structure qui porte le projet, son niveau d'organisation, son expérience et ses capacités, ce qu'elle a déjà réalisé, l'équipe dirigeante et également son environnement, les alliances existant avec d'autres organisations proches. Cette connaissance permettra d'établir la relation dans la durée sous la forme d'un véritable partenariat.

- Le partenaire étranger s'efforcera en outre d'obtenir un effet de levier. Cela consiste à trouver les moyens de multiplier l'impact de son action en attirant d'autres acteurs qui viennent apporter de nouvelles ressources et qui permettent ainsi d'atteindre des objectifs plus ambitieux. C'est particulièrement nécessaire dans le cas de Voir Ensemble dont les ressources sont extrêmement faibles, mais c'est aussi important pour le CCFD-Terre solidaire pour obtenir des synergies génératrices de nouveaux progrès. Avec un tel effet de levier ont pu naître en Afrique de grandes organisations de la société civile, comme Accor, Pelum, Afrique verte, etc. C'est en particulier le cas de projets sur lesquels peuvent être mobilisés des financements européens. Et c'est encore le cas lorsque celui qui a pris l'initiative du projet parvient à obtenir des ressources au niveau des autorités locales, régionales ou nationales.

- Seront privilégiés les projets solides appuyés par des compétences reconnues et disponibles. S'il s'agit de développer une activité qui demande du savoir-faire, ou une compétence particulière, un conseil extérieur devient nécessaire (exemple des projets d'élevage où il faut être préparé à lutter contre les épidémies), ou bien une formation adaptée (par exemple pour l'éducation spécialisée des personnes aveugles et malvoyantes, etc.).

- Le partenariat doit s'organiser de façon à réussir l'acquisition de l'autonomie. Le partenaire étranger sait que l'on ne change pas une situation difficile en peu de temps. Il est soucieux d'accompagner le projet dans la durée, mais il est aussi désireux de le voir devenir autonome, trouver sur place les appuis de toute nature, y compris les soutiens financiers qui permettront de prolonger sa réussite sur une longue période. En matière de formation adaptée des personnes aveugles pour une meilleure intégration dans la société, par exemple, nous sommes convaincus qu'au Cameroun, un soutien de l'État est indispensable, comme cela se passe en France (formation des enseignants, rémunération des intervenants, etc.). Dans le domaine des projets générateurs de revenus, l'équilibre financier doit être recherché avec la commercialisation de la production. Rien ne sert de produire quelque chose qui n'a aucune chance d'être vendu normalement à un prix qui pourra rémunérer le travail de l'artisan.

- Nous attachons également une grande importance au caractère réaliste du projet, dans son objet (est-ce qu'il répond à un besoin réel, sérieusement évalué ?) et dans les moyens qu'il va mettre en œuvre (est-ce qu'il prévoit correctement les moyens qu'il faut pour atteindre l'objectif recherché, moyens propres ou moyens extérieurs).

- Enfin, nos modestes soutiens doivent contribuer à susciter une implication accrue des pouvoirs publics. Il y a en effet un grand contraste entre des pays où les différentes formes de handicap reçoivent un soutien de l'État qui facilite leur intégration dans la société, et d'autres où rien n'est entrepris par les pouvoirs publics (formation des enseignants spécialisés, accès des aveugles à l'école, conditions d'emploi professionnel, etc.). Au Cameroun, la prise en compte de la responsabilité des Autorités envers une fraction importante de la population est déjà réelle puisqu'une journée du handicap est organisée dans le pays, et nous en avons eu confirmation avec la présence d'un représentant du Ministère des Affaires sociales ce matin-même. Mais pour que les pouvoirs publics se mettent en mouvement et accroissent leur soutien aux personnes aveugles, il est nécessaire que les écoles et autres organisations qui prennent en charge la cause des déficients visuels soient unies, abandonnent toute espèce de concurrence ou de divergences de vues. L'existence de l'ANAC est une chance car c'est l'interlocuteur naturel des pouvoirs publics, et il est important qu’elle reçoive la plus forte adhésion de tous. La cohésion dans le champ de la déficience visuelle, l'ampleur de l'attente, la qualité du dialogue avec les ministères concernés doivent peser sur ceux qui définissent les politiques publiques, qui préparent les lois et les font appliquer.

 

En conclusion

 

Pour résumer l'essentiel de ce que nous avons évoqué, retenons que les maîtres-mots pour les partenaires étrangers sollicités pour le soutien à un projet, et en particulier le CCFD-Terre solidaire et Voir Ensemble, seront :

1. Au départ du projet :

- Son objet : la perspective d'une transformation sociale durable

- Le sérieux de la préparation : la dimension du projet, les acteurs, le budget…

- Le calendrier du projet : les différentes étapes de sa réalisation, sa durée de vie.

- L'économie du projet : son coût de mise en œuvre et son coût de fonctionnement. Et en face des coûts : les ressources disponibles.

Tous les points ci-dessus doivent être abordés dans le document de présentation qui accompagne la demande de soutien.

2. Au cours de la mise en œuvre du projet :

- L'efficacité de la réalisation : la gestion des phases de mise en forme du projet, et ensuite la gestion sage du fonctionnement dans la durée.

- Une information régulière et transparente sur le projet, les difficultés rencontrées, les résultats obtenus. Les revenus espérés sont-ils devenus réalité ? Ont-ils modifié la situation de départ ?

- Et enfin une information sur l'organisation partenaire elle-même et les hommes et les femmes qui la dirigent : son état de santé, sa situation financière, ses projets futurs, ses succès.

 

Je vous ai parlé longuement des souhaits du CCFD-Terre solidaire et de Voir Ensemble, mais je voudrais encore ajouter un point que nous considérons essentiel : nous pensons que pour faire vivre la relation entre partenaires, il faut se connaître, et tisser des liens de solidarité par-delà les frontières et les distances de toute nature. C'est ainsi que nous pourrons travailler ensemble pour offrir à tout homme la place et le rôle qui doivent lui revenir dans un monde meilleur.

 

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Homme de couleurs
(poème africain)

 

Cher frère blanc

Quand je suis né, j’étais noir

Quand j’ai grandi, j’étais noir

Quand je vais au soleil, je suis noir,

Quand j’ai peur, je suis noir,

Quand je suis malade, je suis noir…

Quand je mourrai, je serai noir…

Tandis que toi, homme blanc,

Quand tu es né, tu étais rose,

Quand tu as grandi, tu étais blanc,

Quand tu vas au soleil, tu es rouge,

Quand tu as froid, tu es bleu,

Quand tu as peur, tu es vert,

Quand tu es malade, tu es jaune,

Quand tu mourras, tu seras gris…

Et après cela, tu as le toupet de m’appeler

« Homme de couleurs ».

 

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Projet cannes blanches, Venezuela 2014
(d’après un compte rendu de Julia Santolalla,
Déléguée régionale de la FIDACA)

 

En août dernier, Julia Santolalla s’est rendue au Venezuela dans le cadre du « Projet cannes blanches » de la FIDACA (Fédération Internationale des Associations Catholiques d’Aveugles). Elle a remis la machine à fabriquer ces cannes, accompagnée du matériel et de l’aluminium indispensables, à deux écoles d’aveugles, l’une à Caracas, l’autre à Maracaibo. Les non-voyants ont éprouvé une joie indicible, voulant aussitôt se mettre à l’ouvrage, chacun voulant fabriquer sa propre canne blanche. Radio et télévision locales, presse écrite ont salué ce geste de solidarité. Celui-ci a pris d’autant plus de poids que le pays se trouve dans une crise économique sans précédent. Ainsi, grâce à cette généreuse initiative de la FIDACA, les aveugles œuvreront par eux-mêmes à leur autonomie.

 

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La Maison de l’Espérance à Bethléem
par Cécile Guimbert (secrétaire de la CSI)

 

Lors du pèlerinage qu’ils ont effectué en Terre Sainte en octobre 2014, des membres de Voir Ensemble ont rendu visite à une école de Cisjordanie pour personnes aveugles ou trisomiques. Cet établissement de Bethléem est le seul à les accueillir, alors que 5% de la population du territoire seraient atteinte de ces handicaps. Par manque de moyens, il ne peut recevoir que 25 personnes, malgré les nombreuses demandes.

 

Ce samedi 25 octobre, nous sommes entrés dans cette maison qui m’a paru assez vaste. Nous étions 87 et nous y avons pris place, c’était très émouvant. Avant d’aller ramasser les olives, les élèves ont chanté en anglais et en arabe, trois chants qu’ils ont aussi mimés. Roger Lordong, notre aumônier national, nous a fait de l’audiodescription pour nous communiquer la culture qui y est exprimée.

Puis, avec l’aide d’une interprète, un responsable, le docteur Fadi, nous a parlé de cette Maison de l’Espérance créée par une femme de Jaffa qui a perdu la vue à l’âge de dix ans mais est titulaire d’un diplôme universitaire. D’ailleurs son portrait figure en bonne place dans « sa » maison. Il nous dit : « Elle a perdu quelque chose (la vue), mais elle a pensé que Dieu lui lançait un appel pour venir en aide à ceux qui en avaient le plus besoin. On enseigne aux enfants qui viennent ici l’amour de Dieu, on leur offre un espoir. »

Parmi les 25 élèves, le plus jeune a 9 ans, le plus âgé a 46 ans. Ceux qui le peuvent apprennent le braille, et ce qui est possible en fonction du niveau de chacun. L’un d’entre eux est à l’université. D’autres apprennent à faire des balais et d’autres objets qu’ils vendent dans une boutique qui se trouve tout près de l’établissement et où nous sommes allés chercher des souvenirs en marque de solidarité. Il y a aussi un atelier de fabrication de balais qui permet à quelques-uns de travailler.

Les élèves viennent de loin et ne revoient leur famille qu’une à deux fois par mois. Ils viennent d’Hébron et d’autres villes palestiniennes. Mourad, de Tulkarem, nous parle de sa vie à la Maison de l’Espérance où il est venu à l’âge de 13 ans. Il s’y trouve bien parce qu’on fait attention aux personnes qui ont des problèmes, on y donne les soins appropriés aux aveugles. Il est maintenant résident et fait des petits travaux et la maison lui donne un peu d’argent pour subvenir à ses besoins.

Les revenus de cet établissement sont minimes, à tel point que la compagnie d’électricité est venue couper le courant l’année dernière parce que les factures n’étaient pas acquittées... Il reçoit des dons de personnes croyantes, le directeur a sollicité des Américains, l’an dernier, qui ont fait quelques dons, mais apparemment il n’y a rien de régulier, à part la boutique et les dons des gens de passage. Pour le moment ils n’ont pas besoin de matériel pédagogique, ils ont ce qu’il leur faut, néanmoins ils ont apprécié les tablettes et le papier que nous avions apportés, de même que les médicaments. Ils ont surtout besoin d’argent pour couvrir les dépenses en nourriture, le chauffage, les factures d’eau et d’électricité. Des enfants se présentent tous les jours, des professeurs seraient prêts aussi à venir à la Maison de l’Espérance, mais les possibilités sont limitées du fait de la situation financière. La situation politique ne favorise pas non plus la venue des volontaires.

Nous avons partagé un déjeuner et avons fait une collecte, mais pour combien de jours cela les aidera-t-il ? La fragilité de la situation des Palestiniens nous interpelle ici très concrètement !

L’une des participantes au pèlerinage, Danielle Beck, fait partie de l’association « Les Enfants des Oliviers », qui vient en aide à de tels établissements. À ce titre, elle a pris contact avec le directeur de la Maison de l’Espérance qui lui a confirmé la nature de ses besoins. Tout cela ne relève pas des objectifs de la CSI, mais si toutefois vous souhaitez venir en aide à cette école, vous pouvez lui envoyer vos dons par chèque libellé à l’ordre de « Enfants des oliviers », en mentionnant vos souhaits qu’ils aillent à la Maison de l’Espérance.

Voici son adresse :

Danielle Beck

5 Avenue du Général de Gaulle

78450 Villepreux

Et celle du Président de l’Association :

Mr Christophe Droulers

69 avenue du Grand Parc

78450 Villepreux

Merci mille fois ! Nous vous tiendrons au courant de ce qui pourra être fait.

 

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Les outils (conte scandinave)

 

Puisque nous sommes tous en quête de rires et de joies, de murmure de mots doux, de délicatesse, de gestes complices, et que nous tenons à garder en nous une curiosité foisonnante de vie sans idées préconçues, faisons appel à l'inspiration des contes, pour exprimer une ode aux différences constructives.

Car les contes nous enseignent que nous avons tous quelque chose en commun, c’est que nous sommes tous différents…

Voici un conte issu de la sagesse atemporelle des terres scandinaves pour nous donner cette force de la disponibilité d'accueil, cette attention vigilante à la beauté qui se love au cœur de l'ordinaire des différences permanentes...

 

Jadis, un petit village abritait l’atelier d’un ébéniste. Un jour que l’ébéniste était absent, les outils se réunirent en grand conseil sur l'établi. Les échanges furent longs, animés, voire même véhéments et violents...

Car il s'agissait d'exclure de la communauté des outils un certain nombre de membres, trop différents et pas adaptés à la vie de l’atelier.

L'un prit la parole : « Il nous faut exclure la scie, car elle mord et grince des dents. Et ne parlons pas de son caractère grincheux, destructeur d’enthousiasme ».

Un autre dit : « Nous ne pouvons vivre avec le rabot au caractère tranchant et qui épluche tout ce qu'il touche ».

« Quant au marteau, dit une autre, je lui trouve le caractère assommant, tapageur, il cogne toujours et nous tape sur les nerfs. À exclure ! »

« Et les clous ? Peut-on vivre avec des gens qui ont le caractère aussi pointu ? Qu'ils s'en aillent ! Et que la lime et la râpe s'en aillent aussi ! À vivre avec elles, ce n'est que frottement perpétuel. Et qu'on chasse le papier de verre dont il semble que la raison d'être soit de toujours froisser! »

Ainsi discutaient en grand brouhaha les outils de l’ébéniste. Tout le monde criait en même temps. L'histoire ne dit pas si c'était le marteau qui accusait la scie et le rabot la lime, mais à la fin de la séance, tout le monde se trouvait exclu... Tous différents, non adaptés à la vie…

La réunion bruyante prit fin subitement par l'entrée surprise de l’ébéniste. On se tut lorsqu'on le vit s'approcher de la table de travail.

Il saisit une planche et la scia avec la scie qui grince. La rabota avec le rabot au ton tranchant qui épluche tout ce qu'il touche. Le ciseau qui blesse cruellement, la râpe au langage rude, le papier de verre qui froisse, entrèrent successivement en action.

L’ébéniste prit alors les clous au caractère pointu et le marteau qui cogne et fait du tapage.

Il se servit de tous ses outils au profil inadapté pour fabriquer... un berceau...

Pour accueillir une vie à venir dans toute sa simplicité d’être...

 

Alek BOUKERCHI, Guetteur de Rêves

 

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Échos de l’Assemblée Générale du CCFD-Terre Solidaire
par Marie-Claude Cressant

 

Les 13 et 14 décembre 2014 a eu lieu l’Assemblée Générale du CCFD-Terre Solidaire qui, comme de coutume, fut un moment de travail intense et de communications foisonnantes.

L’habituelle présentation du budget a été faite avec définition des stratégies prioritaires en ce moment : élargissement de la base sociale de l’organisation, renforcement des finances, resserrement des liens en confiance avec l’Église.

Un exposé très intéressant nous a informés sur les incertitudes de la zone du Moyen Orient. Grâce aux témoignages de nos partenaires et au travail approfondi des salariés, un état des lieux nous a montré la complexité des situations, si instables qu’il est impossible actuellement de dire si les frontières des états seront encore les mêmes dans quelques années. La fuite des chrétiens d’Orient et d’autres populations minoritaires a un impact sur les sociétés de nos pays où la tension politico-religieuse s’accroît. Il est important de sortir du temps émotionnel et médiatique pour essayer d’avoir une vision à plus long terme. La surenchère de chaque ethnie ou confession rend difficile tout pronostic, les problèmes des migrants de ces pays sont énormes, actuellement le Liban compte un quart de sa population composée de réfugiés venus de Syrie. Des pays comme la Turquie, l’Iran ont des positions ambiguës. Il est important de prendre en compte les souffrances de toutes les communautés, sans opposer les minorités entre elles.

Autre sujet : Une analyse de l’évolution de la société française et du public traditionnellement touché par le CCFD nous a fait sentir la fragilité des structures, populations vieillissantes, délégations diocésaines peu nombreuses, et en même temps, foisonnement d’innovations : travail direct de régions avec des partenaires, dossiers et actions préparés par des mouvements ou des réseaux thématiques très pointus sur les grands problèmes économiques et sociaux, actions de plaidoyers intenses auprès des parlementaires et du gouvernement, souvent en lien avec d’autres ONG. Comment gérer ces changements de culture ? Comment faire que les publics de tous âges s’y retrouvent et comprennent que la solidarité internationale est indispensable au bien-vivre ensemble ici et là-bas ?

Les projets pour l’an prochain ont occupé nos échanges du dimanche matin.

En effet, une transmission des salariés présents à la conférence sur le climat au Pérou nous a démontré que les résultats n’en sont pas satisfaisants, aucune mesure contraignante ne se dessine, les financements ne sont pas au rendez-vous. Cette réunion devait être une préparation à la grande conférence sur le climat prévue en décembre 2015 à Paris, rencontre qui compte beaucoup pour notre Président de la république qui veut en faire un temps fort de son mandat. Bien sûr le climat n’est pas le cœur du travail du CCFD, mais il s’agit de montrer à nos concitoyens que tout se tient, et que les changements climatiques, les migrations qu’ils peuvent engendrer, les transformations écologiques, économiques sont liées, avec toutes les conséquences qui s’enchaînent sur les sociétés. C’est donc le moment de travailler avec un bon nombre d’organismes qui mettent en commun pour réaliser un grand forum à cette occasion afin d’obliger les décideurs du monde à prendre en compte les souhaits d’une société civile de plus en plus consciente des impasses du système économique et social actuel, où domine la finance internationale.

La plaquette de Carême « Quand foi et écologie se rencontrent » va nous apporter des éléments de réflexion à un moment, en mars, où les pays doivent dire les contributions qu’ils comptent apporter pour gérer la transition écologique.

Plusieurs groupes régionaux du CCFD se sont mis en route pour profiter d’événements propres à faire de la sensibilisation : festival Alternatiba en septembre en Aquitaine, Viarhona en Rhône-Alpes, en juillet, une grande marche solidaire avec animations dans vingt villes tout le long du Rhône, etc…

Des contacts avec des organisations européennes, allemandes en particulier, font prévoir une grande marche citoyenne arrivant à Paris au moment de la conférence sur le climat en décembre. Il nous faudra être vigilants pour profiter des occasions de participer dans nos régions, les mouvements sont invités à se mobiliser, c’est aussi un moyen de se faire connaître.

Notre attention a été attirée sur la poursuite de la campagne de plaidoyer « Multinationales hors jeu », alerte sur les grandes sociétés dont les sous-traitants ne respectent pas la dignité humaine et/ou ne paient pas leurs impôts dans les pays où se réalise le travail.

Les membres du CCFD sont particulièrement inquiets de voir l’État français se désengager de l’aide au développement en la confiant aux sociétés privées.

J’ai pu glisser quelques revues « Voir Demain » à des délégués de région ou de mouvements de jeunes soucieux de mieux connaître Voir Ensemble, en espérant qu’à notre prochaine rencontre solidarité à Saint-Étienne l’équipe locale du CCFD pourra être représentée.

 

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Greffier aveugle au Togo

 

Koffi Awoukou Tamakloe a été admis à travailler à la Cour d'Appel de Lomé comme administrateur de Greffe, ajoutant une nouvelle pièce à l'intégration sociale et professionnelle des personnes handicapées dans ce pays africain.

 

Après Jérémy Yao Vidja, un non-voyant qui a participé aux élections législatives togolaises de juillet 2013 et a été élu député, c'est au tour d'une autre personne en situation de déficience visuelle de briser les barrières qui empêchent les personnes handicapées de prendre part à la vie de la société ou d'un pays pour leur épanouissement. Ainsi, après sa prestation de serment le 22 août dernier, maître Koffi Awoukou Tamakloe est actuellement administrateur de Greffe à la Cour d'Appel de Lomé.

Né en 1984 à Agou, localité située à une centaine de kilomètres de Lomé, Koffi Awoukou Tamakloe a fait ses études dans la capitale. Mais arrivé au secondaire, il a eu de sérieuses difficultés qui l'ont amené au centre des aveugles de Kpalimé (ville située à 120 km de Lomé), une institution spécialisée dans la formation des personnes déficientes visuelles. Après avoir passé une année à apprendre le braille et l'utilisation de la machine à écrire qui permet aux personnes aveugles de s'insérer académiquement dans les écoles ordinaires, il s'est inscrit au collège protestant de Kpalimé où il a obtenu un baccalauréat littéraire en 2005. Il a poursuivi ensuite à l'Université de Lomé d'où il est sorti nanti d'une licence et d'une maîtrise en droit public.

En 2011, il a été admis au cours d'entrée au Centre de Formation des Professions de Justice de Lomé (CFPJ), une grande école de la République Togolaise qui forme en carrière judiciaire notamment les magistrats, les administrateurs de Greffe et autres. « Mon entrée au CFPJ n'était pas facile car on sentait une certaine réticence des institutions, des grandes écoles à admettre les personnes en situation de handicap visuel faute de moyens didactiques, confie Koffi Awoukou Tamakloe. J'ai donc pu convaincre la directrice de l'époque, qui est une Française qui m'a favorablement accueilli, et les autorités du CFPJ et de l'École Nationale d'Administration (ENA) qui étaient associées à l'époque au concours m'ont permis de passer le concours où les épreuves, ce jour-là au moins, étaient transcrites en braille. Je les ai rendues à la machine dactylo et j'ai été admis 10e sur plusieurs centaines. »

La formation n'était pas facile car il lui fallait suivre des cours théoriques avec des documents tous en noir. « Donc je devais les adapter, soit me les faire transcrire en braille, me les faire enregistrer sur des supports numériques ou les lire avec des logiciels de revue d'écran qui permettent à la personne handicapée d'accéder aux données numériques », précise Koffi Awoukou Tamakloe. Aussi, durant cette formation, il n'y avait pas d'accompagnement en tant que tel : « J'utilisais la tablette qui permet aux personnes non-voyantes de prendre le cours en braille. Je prenais toutes mes notes en braille. Le centre avait mis néanmoins un ordinateur de bureau à ma disposition, sur lequel j'ai fait installer mon logiciel adapté pour les cours informatiques. Pour les autres choses, je me faisais assister par les camarades. »

Après deux années de formation passée au CFPJ en option Greffe et Parquet, il est sorti Administrateur de Greffe où il occupe actuellement un poste à la Cour d'Appel de Lomé. Afin de lui faciliter la tâche, les ONG Christian Blind Mission (CBM) et Visions Solidaires lui ont permis de disposer dans son bureau à la Cour d'Appel d'un ordinateur sur lequel a été installé un logiciel de synthèse vocale qui permet d'adapter les données. On a également mis à sa disposition un scanner pour numériser les documents papier. L'État compte en outre l'équiper en logistique et matériel.

Koffi Awoukou Tamakloe aspire à aller toujours plus loin dans les études : « J'aime le domaine de la recherche, je voudrais faire une thèse de troisième cycle en droit public, en relations internationales et, pourquoi pas, enseigner dans le supérieur. » Belle ambition !

 

Ali Soumaila, octobre 2014.

 

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Dis pour moi à l'Afrique
(poème de Véronique Laurès, septembre 2004)

 

Toi qui vas la rejoindre en ce prochain séjour,

Dis pour moi à l'Afrique le cri de mon amour !

Dis-lui pour moi « je t'aime et veux t'aimer toujours ! »

Dis-lui combien elle est belle et resplendissante,

Que ses fils et ses filles sont des perles vivantes,

Que ceux de ses enfants habitant nos jardins

Répandent sa musique, répandent ses parfums

Mieux que ne le feraient l'encens et le jasmin.

Dis-lui qu'elle est pour moi une sœur, un délice,

Une chaleur intime qui dans le cœur se glisse

Pour devenir brasier qu'on ne peut contenir,

Pour fixer ses racines, refuser de mourir.

Dis-lui cette émotion, ce sentiment intense,

Qui me pousse vers elle dans un élan immense.

Toi qui vas la rejoindre en ce prochain séjour,

Dis pour moi à l'Afrique le cri de mon amour !

Dis-lui pour moi « je t'aime et veux t'aimer toujours ! »

 

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Courrier du Sud

 

Courriel reçu le 26 janvier 2015 du directeur
du CEFODV (N’djamena, Tchad)

 

Mr. Fradin, bien cher Michel,

Avant de vous livrer quelques informations qui constituent l’objet de la présente correspondance, nous vous présentons toutes nos excuses pour le long silence qui a prévalu après votre mission à N’Ndjamena.

En effet, le rythme des choses n’allant pas aussi vite que nous l’aurions souhaité dans nos administrations tchadiennes, il n’y avait pas jusqu’ici d’informations singulières à vous fournir, d’où notre regrettable mutisme. Qui plus est, avec la mutation du Groupement des Déficients Visuels pour la Formation Professionnelle (GDVFP) en Centre de Formation pour Déficients Visuels (CEFODV), nous nous attelions au réajustement de nos textes de base qu’il a fallu réintroduire auprès des autorités tchadiennes compétentes. Tout ceci, ajouté à notre tournée dans le sud du Tchad pour sensibiliser et rechercher des jeunes non-voyants d’une part, et d’autre part les préparatifs de l’inauguration du CEFODV, nous ont absorbé énormément de temps et d’énergie, si bien que nos échanges de correspondances ont été quelque peu mis en veilleuse…

Aujourd’hui, conformément à la résolution que nous avions prise, nous sommes parvenus à monter un projet pilote qui, pour le moins, aura été laborieux et dont nous vous joignons ici une copie afin de recueillir, comme entendu, vos observations, remarques et suggestions qui puissent crédibiliser véritablement la chose.

Cependant, nous vous informons que d’ores et déjà, la Coopération suisse, qui est une des institutions par lesquelles nous avons été reçus en audience lors de votre séjour chez nous, a volé au secours de notre centre en nous finançant un ordinateur équipé d’un logiciel de vocalisation, une machine Perkins braille, et en s’engageant à prendre en charge notre voyage pour l’Ouganda en octobre prochain, à l’occasion de la rencontre de l’Union Africaine des Aveugles. Hormis ce geste concret, nous sommes, avec les autres institutions nous ayant reçus en audience, au stade des promesses qui, nous l’espérons, prendront forme après l’introduction de notre projet pilote. Toutefois, nous sommes déjà réconfortés par le fait que toutes les institutions qui nous ont reçus en audience se sont fait représenter à la cérémonie d’inauguration officielle du CEFODV. Il convient de souligner que c’est là encore une nouvelle preuve de la réussite de votre mission. Nous vous ferons parvenir un support visuel de la cérémonie pour que vous en preniez vous-même la mesure.

Au niveau extérieur, votre rapport de mission aura offert le privilège d’accéder à un partenariat solide avec des institutions telles que l’Union Africaine des Aveugles, l’Union Francophone des Aveugles, l’Union Mondiale des Aveugles. Dans le cas de l’Union Francophone des Aveugles, ce rapport nous aura permis d’accéder à la bourse de ladite institution grâce à laquelle nous recevrons bientôt du matériel pour un montant de deux mille (2.000) euros. C’est sans doute modeste au vu des besoins réels qui sont les nôtres, mais cela constitue un véritable ballon d’oxygène pour notre jeune structure. En effet, avec cette aide inattendue qui est venue compléter celle de l’AVH, nous avons pu recruter des encadreurs pour le CEFODV. Dans les rapports que nous nous ferons le devoir de vous envoyer en fin d’année, nous vous donnerons les détails sur l’utilisation de l’aide que nous a octroyée la CSI.

Pour finir, nous vous informons que le CEFODV dispose dorénavant de sa propre boîte postale (1412) à laquelle vous pourrez directement nous faire parvenir les revues en braille et autres matériels. Nous avons, grâce à une intense campagne de sensibilisation à travers les radios de la place, un excellent écho de nos débuts.

Nous espérons qu’avec le temps, davantage de personnes et d’institutions nous rejoindront dans le projet pour réaliser notre rêve d’éduquer et de former les personnes déficientes visuelles afin de leur permettre de vivre dignement.

En vous réitérant nos excuses pour le long silence indépendant de notre volonté, et en vous souhaitant une bonne réception, nous vous transmettons nos vœux les meilleurs pour l’année qui commence.

Pour le CEFODV, le directeur général : BERAL MBAIKOUBOU

 

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Rubrique humour

 

Le chef a toujours raison !

 

1. Quand tu mets longtemps pour accomplir une tâche, tu es lent.

Quand ton chef met longtemps, il est méticuleux.

 

2. Quand tu ne fais pas ton boulot, tu es paresseux.

Quand ton chef ne fait pas le sien, il est trop occupé.

 

3. Quand tu commets une erreur, tu es un idiot.

Quand ton chef commet une erreur, il est seulement humain.

 

4. Quand tu fais quelque chose sans qu'on te l'ait demandé, tu outrepasses ton autorité.

Quand ton chef le fait, il fait preuve d'initiative.

 

5. Quand tu maintiens ta position, tu es entêté.

Quand ton chef le fait, il est ferme.

 

6. Quand tu ne respectes pas le protocole, tu es grossier.

Quand ton chef le fait, il est original.

 

7. Quand tu contentes ton chef, tu es lèche-bottes.

Quand ton chef contente son chef, il est coopératif.

 

8. Quand tu n'es pas dans ton bureau, tu glandes.

Quand ton chef n'est pas dans son bureau, il est en affaires.

 

9. Quand tu es en congé maladie, tu es toujours malade.

Quand ton chef est en congé maladie, il doit être gravement malade.

 

10. Quand tu envoies des blagues par mail, c'est du courrier inutile.

Quand ton chef le fait, c'est de l'humour.

 

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Recette : Parfait aux fraises

 

Pour 6 personnes :

500 grammes de fraises

150 grammes de crème fraîche

100 grammes de fromage blanc

250 grammes de sucre glace

250 grammes de fraises pour la garniture

 

Laver les fruits, les équeuter, les écraser en purée, ajouter la crème, le fromage blanc et le sucre glace, battre au fouet 2 minutes pour rendre la crème mousseuse.

 

Verser dans les bacs à glace et dans l’évaporateur, éviter d’ouvrir trop souvent la porte pendant la congélation.

 

Au moment de servir, démouler en plongeant les bacs dans de l’eau froide pendant 20 secondes.

 

Garnir de fraises.

 

Remarque

La recette de ce « parfait » peut être adaptée à de nombreux autres fruits : groseilles, framboises, abricots, bananes, ananas… en ayant soin de les choisir bien mûrs et d’ajouter ½ jus de citron dans le cas de fruits peu acides. Même préparation également en employant de la pulpe de fruits préparée tout spécialement pour glaces et vendue dans le commerce.